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Journée de réflexions sur les exportations : Un souhait de passer aux étapes supérieures

Les documents stratégiques pour booster les exportations existent bel et bien comme le constatent les participants à la journée de réflexion sur les exportations de ce mardi 14 mai 2024. Pour ceux-ci, il est temps de passer des paroles aux actes

Les initiatives et les documents pour augmenter les exportations ne manquent pas

« Il faut que les paroles se taisent et que les actes parlent. Par ailleurs, Thomas SANKARA disait : On ne guérit point une maladie en prononçant le médicament, mais en prenant le médicament », a déclaré Dr Révérien Nizigiyimana, directeur général de l’Agence de Développement du Burundi (ADB). C’était mardi le 14 mai 2024 lors de la journée de réflexion sur les exportations burundaises, organisée sous le thème : « Défis pour les exportations des produits burundais, quelles solutions stratégiques et durables ? ».

Dr Nizigiyimana a dit cela afin de valoriser les recommandations formulées à cette occasion. Par ailleurs, d’autres observations ont été émises stipulant que pas mal d’initiatives (forum national sur le développement, umuzinga day) ont été prises pour booster l’économie, mais que les recommandations qui en étaient issues sont restées lettre morte.

« On se répète, on fait des recommandations, mais on n’a pas encore enregistré des résultats », fait remarquer Hon.Olivier Suguru, président de la Chambre Fédérale de Commerce et de l’Industrie du Burundi (CFICB).

Abondant dans le même sens,Juvénal Sakubu, président de l’Association des Industriels du Burundi (AIB) affirme que ce ne sont pas les documents permettant de booster les exportations qui manquent. « Nous formulons des recommandations qui restent lettre morte », précise-t-il.

Christian Nibasumba, représentant pays de TradeMark Est Africa, une organisation qui a financé cette activité déplore que les exportations sont souvent reléguées au deuxième rang. Certaines gens, fait-il remarquer, disent qu’il faut produire beaucoup et exporter le surplus.

Des réformes phares pour stimuler les exportations

Hon. Olivier Suguru estime que la gouvernance matérialisée par la digitalisation des services, la suppression des barrières non tarifaires, la création d’un guichet unique pour les exportateurs et les investisseurs, les ressources humaines en quantité et en qualité suffisantes au sein du Bureau Burundais de Normalisation et de Contrôle de la qualité (BBN), la création d’un fonds d’investissement pour soutenir les innovations seraient un atout pour regonfler les exportations.

M.Sakubu, lui, propose le renforcement des équipes sur place et la promotion des gens qu’il faut là où il faut.

Gabriel Rufyiri, président de l’Observatoire de Lutte contre la Corruption et les Malversations Economiques (OLUCOME) prône la hiérarchisation et la prise en compte des recommandations, faire du secteur privé un secteur sain en évitant que les administratifs s’ingèrent dans le commerce, contrôler les exonérations…

Les opérateurs économiques Burundais confrontés à moult défis

Selon Hon. Olivier Suguru, président de la CFCIB, malgré les efforts fournis, les opérateurs économiques Burundais sont confrontés à de nombreux défis, notamment les barrières non tarifaires qui minent les échanges internationaux, les mauvaises pratiques aux frontières (pots de vin, harcèlements de tout genre…), les défis liés à la normalisation et à la certification des produits, l’insuffisance des infrastructures et de la logistique de transport, le manque de financement des projets orientés vers les exportations…

Marie Chantal Nijimbere, ministre en charge du commerce a reconnu que le respect des normes est un grand défi pour l’exportation des produits fabriqués au Burundi.

Toutefois, nuance-t-elle, le gouvernement ne cesse d’orienter les investissements vers la promotion du commerce international entre autres pour la construction des infrastructures d’appui aux exportations dont celle d’un terminal frigorifique à l’aéroport international Melchior Ndadaye, la mise en place d’un portail d’informations commerciales, le projet d’extension et de modernisation du port de Bujumbura, le projet tripartite de construction de chemin de fer à écartement standard, l’adoption d’un cadre légal et réglementaire pour la mise en place de la Zone Economique Spéciale (ZES), la mise en place des infrastructures transfrontalières (postes frontières à arrêt unique, les ponts, les marchés à la frontière)…

Un pays face à une monnaie dépréciée

Dr Révérien Nizigiyimana, Directeur Général de l’ADB indique que le pays fait face à la faible valeur de la monnaie (dépréciation).

Pour lui, des balances commerciales chroniquement déficitaires traduisent des sorties excessives de devises. Ce qui entraine la dégradation des réserves de change et des pressions sur la perte de valeur de la monnaie.

« La dépréciation de la monnaie induite par des balances commerciales chroniquement déficitaires augmente les dépenses publiques (en BIF) destinées à l’importation des biens d’équipement et, de surcroît alourdit les déficits budgétaires dont le financement nécessite de contracter de nouvelles dettes publiques (secteur des finances publiques) », explique-t-il avant de marteler qu’à défaut de contracter de nouvelles dettes extérieures, la dépréciation de la monnaie va limiter la capacité d’importation des biens d’équipements, du carburant ou des matières premières (cas BRARUDI). Ce qui ralentit l’activité économique, augmente le chômage, diminue la production et augmente les prix (secteur réel), baisse les impôts et creuse les déficits publics.

Les déficits budgétaires, continue Dr Nizigiyimana, financés par des dettes contractées auprès du secteur bancaire diminuent les crédits offerts aux privés et par conséquent la production des biens et services marchands.

Il précise que les déficits budgétaires financés par la création monétaire par la Banque centrale (sans contrepartie en termes de production) engendre la hausse des prix (ou l’inflation) des biens et des services.

Une faible valeur de la monnaie, un atout

« En principe, si la monnaie d’un pays a une faible valeur par rapport aux autres devises étrangères, ses exportations deviennent plus compétitives sur les marchés mondiaux en termes de prix (elles deviennent relativement moins chères). Ce qui devrait encourager les exportations et rééquilibrer la balance commerciale », explique Dr Nizigiyimana.

Le DG de l’ADB fait savoir que si le BIF a une faible valeur, la demande étrangère des produits burundais augmente. Pour qu’on s’en sorte gagnant, poursuit-il, la production nationale de ces biens devrait en conséquence augmenter plus que proportionnellement. Ainsi, ce qu’on a perdu en termes de prix (Effet-prix) devient plus que récupéré par l’augmentation des quantités vendues.

Et de regretter : « Malheureusement, cette arme de taux de change ne joue pour le Burundi qu’en produisant des effets contraires ».

Le BIF a une faible valeur. La demande étrangère augmente, mais la production et donc les exportations ne suivent pas. Les importations deviennent chères. Ce qui amplifie le déficit commercial. La demande excessive sur le peu de quantités disponibles fait que les frontières tendent à craquer, d’où l’inflation. Et comme si cela ne suffisait pas, la pression sur la dépréciation de la monnaie augmente et le cercle vicieux s’installe.

Exportations, le nœud du problème de ce que l’on vit

Dr Nizigiyimana notifie qu’en revisitant la structure des échanges commerciaux du Burundi, on peut bien comprendre la problématique des réserves de change et de perte de valeur de la monnaie nationale que l’on vit actuellement.

En effet, certifie-t-il, le Burundi vit un problème de faible niveau des réserves de change avec une tendance fortement baissière, soit 3,2 mois d’importations (décembre 2021), 1,8 mois d’importations (décembre 2022) et 0,5 mois d’importations (2 semaines).

Cela est ainsi au moment où les pays partenaires de la Communauté Est Africaine (CEA) ont convenu de disposer et de maintenir une quantité de réserves de change représentant 4,5 mois d’importations au titre des critères de convergence macroéconomique.

« Cette situation est l’une des causes majeures de la pénurie des biens stratégiques comme le carburant, les matières premières de certaines industries (BRARUDI, BUCECO, …), la baisse des produits manufacturés exportables… et, partant, la dépréciation de la monnaie », annonce-t-il. Dr Nizigiyimana s’inquiète de la baisse de la production des cultures traditionnelles d’exportation.

La production cumulée café parche par exemple est passée de 18,5 mille tonnes en 2020 à 7,9 mille tonnes en 2021 tandis que celle du café cerise est passée de 101 tonnes en 2017 à 33,5 tonnes en 2021. La production du coton fibre est passée de 779 tonnes en 2017 à 406 tonnes en 2021…

En 2022, la valeur des importations représentait 1260 milliards USD au moment où celle des exportations représentait 208 millions USD. La balance commerciale affichait donc un déficit de plus d’1 milliard d’USD, dixit Dr Révérien Nizigiyimana, DG de l’ADB

e taux de couverture des importations par les exportations évolue en diminuant.

Il fait savoir que le taux de couverture des importations par les exportations évolue en diminuant, soit 20,3% (2019), 18% (2020), 16% (2021), 14 % (2022) et 13 % (2023).

Le patron de l’ADB précise que la structure des exportations reste en grande partie dominée par les produits primaires, en l’occurrence le café, le thé, les minerais (or), les peaux brutes et quelques produits manufacturés dont notamment les bières et les limonades, les cigarettes, la farine de blé et les savons.

Pourtant, il existe d’autres produits d’exportation comme les fruits, les avocats, les ananas, les oranges, les pastèques, les légumes, le sucre, les poissons, les huiles, le nickel, le cobalt, la cassitérite, le wolfram, l’étain…

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