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La femme burundaise à la conquête de son autonomie financière

Dans la Mairie de Bujumbura, les femmes pionnières imposent déjà leur présence dans divers métiers naguère exercés par les hommes. L’art de coiffer est l’un des métiers de ce genre qui accueillent des filles courageuses. Zoom

C’est au coucher du soleil, la journée a été très ensoleillée.  Au tournant de la rue, un salon de coiffure s’ouvre sur le bord d’un caniveau. Dans une chaise tournante, une jeune fille en robe est assise, tranquille, écoutant de la musique douce. En bas de la rue, le casino attire de nombreux  jeunes avides d’argent tandis qu’à côté, aux abords de la route, une femme est assise par terre,  occupée à griller du maïs.

Oui, Odette Maniriho est là, seule dans son salon à attendre ses clients. Elle nous adresse un bienvenu chaleureux. « Vous voulez vous faire coiffer ? », demande-t-elle, souriante. A l’intérieur, du salon, deux autres chaises vides. Odette a passé  toute la journée à son poste. Elle nous indique qu’elle travaille avec deux garçons qui ne sont pas présents pour le moment. Nous lui annonçons enfin le motif de notre présence avant d’engager la conversation.  Cette fille  semble très réservée vis-à-vis des médias. Elle ne voudrait pas être publiée, informe-t-elle.

Les femmes sont déjà présentes dans différents métiers jadis réservés uniquement aux hommes

Odette Maniriho a commencé à travailler comme coiffeuse dans son salon il y a 2 ans. Aujourd’hui, elle emploie deux garçons qui l’aident à coiffer ses clients. Cette jeune fille qui approche les trente ans a décidé  de se lancer dans cette affaire pour gagner de l’argent. Elle veut subvenir à certains de ses besoins et vivre de ses efforts. « C’est impossible de demander n’importe quoi aux parents, surtout quand on est une fille. C’est très difficile de leur demander par exemple d’acheter pour vous certains produits qui touchent à l’intimité (sous-vêtements, serviettes  hygiéniques pour les périodes de menstruation,…) », explique Maniriho.

Cette fille est très engagée dans le privé. Elle affirme qu’elle peut également faire le massage  et la coiffure féminine. Elle a finalement décidé de mettre son talent de maniement de la machine à coiffer à prix. Chaque jour, des personnes de toutes catégories viennent dans son salon pour se faire coiffer.

Non aux barrières culturelles basées sur les mentalités

La culture burundaise et les mentalités basées sur les préjugés pèsent lourd dans les pièges mis sur liberté de travail pour les femmes. Les mentalités burundaises veulent que certains métiers reviennent exclusivement aux hommes. Cette réalité n’a pas pu étouffer pour longtemps l’émergence de la nouvelle tendance caractérisée  par la prise de conscience du sexe féminin.

Maniriho ne se soumet pas aux mentalités de la culture burundaise très souvent en désaccord avec les femmes œuvrant dans certains métiers. Tant pis, l’essentiel c’est de travailler. Nous avons voulu savoir si elle entend continuer le métier même après son éventuel mariage. La coiffeuse ne cède rien. Elle a l’objectif de continuer son travail. « D’abord, celui qui tombera sous mon charme aura constaté et apprécié mon travail», réplique-t-elle. Elle dit qu’elle accepterait peut-être de céder  après  des négociations au foyer. Selon ses dires, elle n’est pas prête à s’occuper des travaux ménagers. Pour elle,  il est possible de changer de travail et non d’abandonner son métier.

A la question de savoir comment elle apprécie son business, Maniriho rétorque que le problème de manque d’argent se fait sentir dans la population, d’où un désintérêt pour certains besoins, dont la coiffure. Pourtant, elle affirme que son travail lui rapporte un peu de sous. Cette fille engagée à la conquête de son autonomie financière affirme  ne pas manquer d’être sollicitée par des hommes mal intentionnés. Pour elle, cela ne peut pas être un problème. « Il y en a même qui me font des appels téléphoniques. Je refuse d’y répondre tout simplement. Tant pis si quelqu’un refuse de revenir se faire coiffer chez moi, car le travail est en dehors de ces histoires »

Maniriho n’est pas la seule à exercer ce métier. Au quartier Nyakabiga, Diane Kanyange est employée dans un salon pour hommes. Elle nous confie qu’elle connait manier la machine à coiffer. Seulement, elle ne maîtrise pas toutes les coiffures et elle trouve rarement l’occasion d’exercer ce métier pour améliorer ses performances. Elle dit qu’elle aimerait apprendre suffisamment pour enfin exercer en tant que coiffeuse. Elle aimerait  aussi travailler en association avec d’autres filles.

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