Le secteur informel fait face à de nombreux défis, entre autres l’emploi précaire, le manque d’équipements, le non accès au financement, les taxes arbitraires, etc. Ainsi, la Fédération Nationale des Travailleurs du secteur Manufacturier de l’Informel (FNTMI) s’est donné la mission de venir à bout de ces contraintes en refondant le secteur
La plupart des emplois dans les pays en développement se trouvent dans le secteur informel. Le Burundi ne déroge pas à cette règle. La majorité écrasante, soit 98,7% des emplois des grands secteurs d’activités relèvent de l’informel. Pourtant, le manque d’intérêt de la part des autorités sous prétexte qu’ils ne paient pas directement d’impôts inquiète plus d’un. Par contre, il n’est pas seulement une importante source d’emplois, c’est aussi une source de production de biens et de services, apprend-on de l’étude évaluative de l’économie informelle au Burundi menée en 2014.
Sylvestre Ndayikeje, représentant légal de la FNTMI : « Notre vision est de restructurer le secteur des métiers »
La FNTMI, un nouveau pas
Les travailleurs du secteur informel comprennent déjà l’importance de se regrouper en associations pour faire entendre leur voix. C’est le cas par exemple de la Fédération Nationale des Travailleurs du secteur Manufacturier de l’Informel (FNTMI). Cette dernière regroupe les travailleurs du secteur informel. «Le but ultime est d’accompagner les travailleurs du secteur informel afin qu’ils migrent vers le secteur formel», a déclaré Aimable Bakunduwukize, porte-parole de la fédération.
Pour étendre ses activités, la FNTMI a organisé vendredi le 23 novembre 2018, une rencontre avec les représentants des travailleurs du secteur manufacturier de la province Muyinga. A la même occasion, un bureau dit permanence a été inauguré avec la mise en place des représentants provinciaux et communaux de la fédération dans ladite province. La FTNMI s’est alliée à la Fédération Nationale des Travailleurs Domestiques (FNTD) et la Fédération Nationale des Travailleurs du secteur Agro-Alimentaire (FNTAA). Cela dans le but de conjuguer les efforts pour la mise en place d’une loi qui régirait les métiers du secteur informel, a indiqué M. Sylvestre Ndayikeje, représentant légal de la FNTMI.
Le travailleur informel souvent déconsidéré
Les travailleurs de l’informel déplorent le fait qu’ils sont souvent relégués au second plan au niveau de la société. « Quand tu n’es pas fonctionnaire, votre travail n’est pas valorisé. Certains clients ne respectent pas les engagements pris ou ne paient pas la totalité de la somme convenue », regrettent-ils. L’autre défi est lié au manque d’expérience pour faire face à la concurrence. « Des fois, les équipements obsolètes nous évincent du marché du textile. Il est difficile voire impossible de tenir devant l’industrie de la mode très innovatif et en pleine expansion », précise M. Jawabu Niyongabo, président du syndicat des tailleurs de Muyinga. De plus, les niveaux compétences techniques leur font défaut. D’où la nécessité d’avoir des stages de perfectionnement.
En outre, le secteur informel est caractérisé par la précarité de l’emploi, les risques professionnels élevés, l’absence de dialogue sur les conditions de travail et des revenus qui restent très faibles. En ce qui concerne le manque d’équipements, Niyongabo demande la mise en place d’une microfinance au service du secteur informel pour faciliter l’accès au financement.
Et le représentant Ndayikeje de répliquer : « Effectivement, notre vision est de restructurer le secteur des métiers ». Selon lui, rien n’est possible tant qu’il n’y a pas de profilage de tous les travailleurs du secteur manufacturier informel. En ce sens, une fiche d’identification des travailleurs du secteur de l’informel dans le domaine des métiers a été distribuée. Ce qui permettra de récolter les données sur le secteur à l’échelle nationale, confie Ndayikeje. La même enquête penchera aussi sur la question du travail des mineurs. Celui-ci n’est pas autorisé. Donc les enfants de moins de 18 ans seront réintégrés dans les écoles, a-t-il dit.
La FNTMI, un atout pour les travailleurs
Ndayikeje énumère les avantages que les travailleurs vont tirer de la fédération. La règlementation du secteur permettra aux membres de la FNTMI de s’affilier à une mutualité de santé, de jouir de l’éducation financière à travers l’épargne, d’adhérer à des sociétés d’assurance et d’assurer la bonne gestion de la main d’œuvre.
Pour Aimable Bakunduwukize, porte-parole de la fédération, la valeur ajoutée d’adhérer à la fédération est que la FNTMI plaide pour les travailleurs du secteur manufacturier de l’informel. Elle offre un cadre de dialogue adéquat à ses membres. Cela va de soi avec la mise en place d’une loi régissant le secteur informel au Burundi.
Le secteur informel, un poids lourd de l’économie ?
La disparition du secteur informel au Burundi n’est pas pour demain. Depuis les années 2007, le nombre d’unités de production industrielle (UPI) et en activité ne cesse de progresser. D’après les résultats de l’enquête sur les conditions de vie de ménages, la création des UPI est passée de 15000 UPI par an à 45 000 UPI créées entre 2008 et 2013. Parallèlement, le niveau d’activité dans le secteur informel affiche de bons indicateurs. Les données issues de l’ECVMB montrent que la production annuelle des UPI était estimée à 62,5 milliards de FBu en 2014.
La FNTMI a été créée le 17 février 2014 par la fusion de neuf syndicats des professionnels des métiers. La représentation a promis de coordonner la mise en place des coopératives dans l’optique de promouvoir le développement.