La littérature a toujours été une arme de combat. La résistance n’est pas que de prendre les armes ou le maquis. Il y a aussi les mots pour galvaniser et mobiliser les foules. Un café littéraire a été organisé par l’Institut Français du Burundi (IFB) sur le thème « Les écrits révolutionnaires : Une autre forme de résistance »
Parfois, les mots sont plus pointus que les balles. L’écriture est une arme passive, mais d’une efficacité redoutable pour mobiliser les peuples autour d’un idéal ou d’un courant de pensée. A ce titre, les poètes, les écrivains, les artistes en général sont les plus indiqués pour galvaniser les foules. D’où la censure essaie de limiter la création artistique.
L’écriture, nourrice des révolutions ?
L’écrivain n’est pas une personne apathique. Il vit ce que vit sa société. S’il se nourrit du vécu de sa société pour alimenter sa plume, les révolutions ou les résistances se nourrissent immanquablement de la littérature ou plus généralement de l’art. C’est pour cela qu’on parle des écrivains ou artistes engagés. Les relations entre la littérature et la révolution sont donc dynamiques à défaut de dire symbiotiques. C’est en partie pour cela que certains écrivains subissent les conséquences de leur prise de parole à travers leurs œuvres. Certains dirigeants n’hésitent pas à les emprisonner ou de les éliminer physiquement parce qu’ils ont la phobie de la liberté de ton de certains d’entre eux, a indiqué Axelle Kaze, animateur du dernier café littéraire dont le thème central se suffit à lui-même.
A travers Les Misérables, Victor Hugo ne met-il pas en lumière les tares de sa société pour faire prendre conscience à ses contemporains ? N’a-t-il pas attendu la chute de l’Empire pour retourner dans son pays parce qu’il était en délicatesse avec Napoléon III ? Certains écrivains ont d’ailleurs été déportés ou ont été obligés de s’exiler pour avoir dit certaines choses qui déplaisaient aux gouvernants. Voltaire a connu la prison et Rousseau n’a connu la véritable gloire qu’à titre posthume avec le transfert de ses cendres au Panthéon par les Révolutionnaires. Personne ne nierait que les philosophes des Lumières ont été à l’origine des révolutions que plusieurs pays européens ont connues.
La censure, le revers de la médaille
Si l’artiste aspire à la liberté de création, cette liberté gêne parfois les sphères du pouvoir comme on vient de le dire. Les gouvernants savent que les mots peuvent être plus pointus que les balles. La littérature et la résistance armée vont souvent ensemble. Dès lors, la censure devient le bâillon pour l’écrivain. Pour tuer la résistance dans l’œuf, les détenteurs du pouvoir n’hésitent pas à détruire les œuvres qu’ils considèrent comme un met dangereux pour les peuples. Ils les privent de cette source d’exaltation à la vaillance et à la bravoure, a indiqué l’animateur du café littéraire. En fait, l’écriture sous ses différences formes, dont la poésie (c’est-à-dire les chants, les poèmes, le lyrisme, etc.) galvanise les foules parce qu’il touche à l’émotionnel.
A ce propos, un des intervenants a rappelé que la guerre n’est pas un film muet. Il faut des mots pour l’animer et la faire vivre et les poètes ou écrivains sont les plus indiqués pour exciter les gens. On comprend bien pourquoi résister ne signifie pas seulement prendre les armes. D’où les gouvernants ont souvent recours à des méthodes radicales pour faire taire l’artiste/écrivain. Dans le temps, il y avait des livrets autodafés, c’est-à-dire brûlés (parfois avec leurs auteurs). Le modus operandi étant le même, au jour d’aujourd’hui, la censure est toujours présente dans certaines sociétés où la création des artistes n’est pas du tout du goût des dirigeants. Parfois, la terreur des dirigeants est tellement insidieuse qu’elle transforme la censure en autocensure.
L’écrivain africain ne fait pas exception
Qu’aurait été l’indépendance sans les écrivains comme Senghor ? Qui pour bien narrer les turpitudes des dirigeants post indépendance et les transformations socio-économiques des pays africains qu’Amadou Kourouma avec Le Soleil des Indépendances ?
Le charisme des écrivains africains de cette époque est tellement lié à la résistance que certains ont vite occupé des fonctions politiques après l’indépendance. D’ailleurs, certaines figures de la littérature africaine font penser plus à la résistance qu’à la littérature. Il s’agit entre autres de Wole Soyinka, de Ngungi Wa Thiong’o ou du Nigérian Chinua Achebe, auteur de Things Fall Apart. En tant qu’érudits de leurs sociétés, les écrivains ont le devoir voire l’obligation de prendre la parole. Au cas contraire, ils ne serviraient pas à grand-chose.