Les autorités administratives et politiques multiplient les mesures contre les boissons alcoolisées fortement dosées, notamment la marque Kick. Saisies, destructions, restrictions de vente et appels à la fermeture des unités de production se succèdent, alors même que ces boissons rapportent plusieurs milliards de francs burundais à l’Etat.
Les autorités locales multiplient les actions contre la commercialisation et la consommation des boissons fortement alcoolisées, dont Kick.
La croisade contre les boissons alcoolisées fortement dosées se poursuit dans plusieurs régions du Burundi. Le 05 juin 2026 à Matongo en commune Nyabihanga de la province de Gitega, des boissons de marque Kick et d’autres produits connus sous le nom de Nyawera ont été détruits lors d’une opération dirigée par le chef de zone Antoine Nimubona. A cette occasion, l’autorité administrative a affirmé que la lutte contre ces boissons allait se poursuivre. Il a appelé la population à respecter les décisions prises par les autorités et a averti que toute personne impliquée dans la production, la commercialisation ou la distribution de ces boissons s’exposerait à des sanctions prévues par la loi.
Dans la province de Buhumuza, la commune Butaganzwa a également pris des mesures fermes contre la production et la commercialisation de ces boissons. Dans un communiqué signé le 12 mai 2026, l’administrateur communal Onésime Ngendandumwe a interdit, à partir du 18 mai, la vente et la consommation des boissons qualifiées d’« ubusarabwayi », y compris la boisson dénommée Kick. La décision est motivée par les risques pour la santé publique, les accidents parfois mortels qui leur sont attribués et leurs conséquences sur la productivité et la cohésion sociale.
Des restrictions motivées par les plaintes de la population
Dans la ville de Gitega, certaines autorités à la base ont opté pour des mesures moins radicales. Dans le quartier Shatanya, les commerçants ont été informés qu’ils ne pouvaient plus vendre la boisson Kick ni d’autres boissons similaires avant 17 h 30. Selon Asman Ndayishimiye, chef de ce quartier, cette décision fait suite aux nombreuses plaintes des habitants et des commerçants. Les autorités dénoncent notamment la baisse de rendement des travailleurs journaliers après la consommation de ces boissons. D’autres consommateurs passeraient une grande partie de leur journée en consommant de l’alcool au détriment des activités économiques. Les autorités locales préviennent que tout commerçant qui enfreindra cette mesure risque la fermeture de son établissement.
Parallèlement, le Bureau Burundais de Normalisation et de contrôle de la qualité (BBN) défend une approche axée davantage sur la régulation que sur l’interdiction. Dans une conférence de presse tenue le 22 avril 2026, son directeur général, Samuel Ndayiragije, a estimé que le principal problème réside dans le faible prix de ces boissons qui les rend accessibles à une large partie de la population malgré leur forte teneur en alcool. Selon lui, les analyses techniques réalisées par le BBN montrent que ces produits répondent généralement aux normes en vigueur, mais que leur consommation excessive constitue un véritable défi de santé publique.
Un débat national entre recettes fiscales et santé publique
Ce problème a récemment fait l’objet des débats à l’Assemblée Nationale. Invité là-bas, le ministre en charge des finances, Alain Ndikumana, a indiqué que la boisson Kick avait rapporté plus de six milliards de BIF au trésor public durant la première moitié de l’exercice budgétaire 2025-2026. Ce qui en fait l’un des produits les plus rentables pour les finances publiques. Malgré cette contribution fiscale importante, plusieurs députés réclament l’arrêt de la production et de la commercialisation de ces boissons. Le président de l’Assemblée Nationale, Daniel Gélase Ndabirabe, a estimé que les intérêts économiques ne devraient pas primer sur la santé de la population. Selon lui, aucune nation ne devrait tolérer des investissements susceptibles de nuire à la santé de ses citoyens.
Face à ces critiques, le ministre Ndikumana a expliqué que le gouvernement n’envisageait pas nécessairement la fermeture des unités de production concernées, mais cherchait plutôt à réduire la consommation par le biais d’une fiscalité plus élevée. L’objectif serait de rendre ces boissons moins accessibles, notamment aux consommateurs à faibles revenus. Cependant, sur le terrain, la commercialisation de la boisson Kick et d’autres boissons similaires se poursuit dans différents coins du pays. Des camions continuent d’assurer leur transport et les produits restent largement disponibles sur les marchés. A ce jour, aucune décision officielle du BBN n’a interdit leur production ou sa vente sur l’ensemble du territoire national.