Dans la capitale économique du Burundi, la pénurie de l’eau distribuée par la Regideso a encore frappé les ménages. Ces coupures répétitives perturbent la vie des ménages et constituent un danger sanitaire. Ce mercredi 22 janvier, certains des quartiers sont encore perturbés. Reportage
A 10 heures passé, nous traversons les quartiers Bwiza et Nyakabiga. A Bwiza, au bord de la route, des garçons sont occupés à laver les voitures. L’eau de la Regideso coule à flot. Nous nous dirigeons vers un d’eux pour nous informer sur la source de cette eau. Le « laveur de véhicules » arrête son travail un moment pour nous répondre. « L’eau est en train de couler ici. Nous ne sommes pas confrontés à ce problème», répond-t-il tout en se remettant au travail.
En peu plus loin, à l’intérieur du quartier, une femme lessive un gros tas d’habits. A ses côtés, un groupe de femmes et d’enfants causent et semblent peu soucieux. A quelques pas de là, nous décidons d’entrer dans un petit atelier de couture. Voulant savoir s’ils ont connu la pénurie de l’eau chez eux, l’un des deux couturiers donne une réponse directe. Là-bas, la situation est normale.
Dans un cafétériat situé au quartier Nyakabiga, on affirme que la Regideso distribue habituellement de l’eau dans le quartier. « Même maintenant, l’eau coule au robinet », répond une jeune fille rencontrée sur les lieux. Les employés d’un petit restaurant d’à côté infirme l’information. Cette fois, nous nous dirigeons vers le Nord de la capitale.
Certains des habitants de Gikungu se rabattent sur la rivière Ntahangwa en cas de pénurie d’eau
La population de la zone Gihosha fortement touchée
A 10h 45, nous arrivons à Gikungu. En bas du grand sanctuaire Mont Sion et au carrefour des rues, nous décidons d’attendre pour quelques cinq minutes. Il faut décider où nous diriger. Il y a beaucoup de fourmillements à cet arrêt-bus. Un groupe de six enfants attire notre attention. Ces fillettes portent de petits bidons et semblent hésiter quant à la direction à prendre. D’un pas rapide, nous les suivons. L’une d’entre elles nous répond. «Nous n’avons pas d’eau à la maison. Nous allons la rechercher là-haut», montre-t-elle de son petit doit. Elle sait qu’il y a dans les environs un robinet public, mais ignore où précisément.
Nous nous dirigeons alors vers le Nord du quartier. Une maman est debout devant son portail ouvert à moitié. Après les habituelles salutations, elle nous appelle à l’intérieur. Une grande maison de luxe. Il s’agit de ces familles les moins défavorisées de Bujumbura. « L’eau n’est pas revenue depuis hier. Nous avons encore un peu d’eau en réserve, mais beaucoup de gens sont en désarroi. Vous pouvez peut-être intercéder pour nous », expliquent la femme inquiète. Voulant visiter les robinets publics, nous lui demandons où vont puiser les habitants de la localité qui n’ont pas d’eau à la maison. Elle indique qu’il y a un public robinet à l’endroit communément appelé Gikungu-Rural. Rebroussant chemin, nous croisons un jeune garçon, un de ces travailleurs de ménage avec un bidon vide à la main. A cette heure de la journée, ils sont nombreux à arpenter les pavées en quête de l’eau alors que le soleil brille ardemment. Après salutation, nous lui demandons où il va puiser de l’eau. « Nous n’avons pas d’eau depuis hier. Un ami m’a promis de remplir un seul bidon pour moi. », dit-il.
Une autre fille attend devant un portail. Elle va quémander de l’eau chez les voisins qui tardent à lui ouvrir la porte. Cette fille affirme qu’il y a un robinet public dont l’eau ne tarit pas dans les enceintes de Mont Sion. Arrivés là-bas, nous constatons tout le contraire. Nous découvrons plutôt des gens calmes en train de prier. D’autres font la propreté des lieux. Un employé de l’abbaye que nous croisons explique: « Nous n’avons pas de robinet public ici. Nous avons juste un peu d’eau en réserve que nous utilisons en cas de pénurie ». Cet homme nous indique un itinéraire que nous pouvons suivre pour retrouver un robinet public.
Chemin faisant, nous croisons plusieurs personnes errant à la recherche de l’eau. Une femme que nous questionnons ne sait même pas où elle va en trouver. « Je suis nouveau dans la localité, mais on m’a dit que l’eau a tari au robinet. Je vais en chercher dans d’autres ménages qui ont des réserves d’eau », dit-elle en s’éloignant. Une fille de petite taille avec un bidon vide dit qu’elle va circuler dans tout le quartier. Elle ne sait pas où exactement trouver de l’eau. Elle vient d’être déçue. Elle attendait comme d’autres personnes en file d’attente au robinet public dont l’eau vient de tarir.
La pénurie de l’eau met en danger la santé des populations
Au bout de quelques minutes de marche, nous découvrons enfin ce robinet qui constituait la manne pour cette pauvre population vivant dans cette zone charnière entre l’urbain et le rural. Là-bas, la précarité saute aux yeux de tout passant. Devant le robinet, plusieurs bidons vides sont rangés. Soudain, personne n’est plus là. L’eau vient de tarir, mais les pauvres ont quand même le courage d’attendre.
A quelques pas de là se tient une vieille dame vendeuse de charbon de bois. Nous lui demandons quand l’eau a cessé de couler. Selon les informations fournies par cette femme, ce robinet ne tarit pas au même moment que les autres. Le matin, on puisait encore. Elle nous dit pourtant que le surnombre de ceux qui viennent y puiser de l’eau a poussé une foule de gens à se rabattre sur le bas du quartier pour puiser l’eau de la rivière Ntahangwa. « Aller plutôt voir du côté de la rivière Ntahangwa. Une foule de gens y puisait l’eau ce matin». Cette dame affirme que cette eau est très sale. « Il y en a même qui défèquent dedans », commente-t-elle à haute voix.
Le mal se fait sentir au niveau de cette localité. Très rapidement, nous nous rendons sur les lieux. Un sentier avec beaucoup de détours entre les maisons visiblement précaires mène à notre destination. A 11h 45 min, la rivière Ntahangwa s’étend devant nos yeux. A cette heure, il n’y a plus beaucoup de monde. Une jeune fille est occupée à laver les habits dans cette rivière aux eaux troublées visiblement très sales. Les gens viennent y puiser un à un et remontent la pente surplombant la rivière. Le mal est réel, menaçant. Ces gens pauvres qui n’ont pas d’eau en réserve ne sont pas à mesure de se payer un bidon d’eau dont le prix atteint facilement 1000 FBu en cas de pénurie.
En cas de pénurie d’eau, les gens s’approvisionnent aux sources peu crédibles quant à la proprété de l’eau qui en est issue
Quid de l’eau qui coule des tuyaux d’évacuation?
A presque 600 pieds du Mont Sion, à l’endroit connu sous le nom de Kugakende, une eau dont la source n’est pas connue a attiré l’attenton des passants. le sentier qui y mène passe par un dépotoir. Une odeur suffocante y règne et les ordures d’aliments pourris n’entament pas le moral des pauvres gens en quête d’eau. Ils y sont venus nombreux puiser l’eau depuis le matin. L’origine de cette eau qui coule ne fait pas l’unanimité. Certaines personnes affirment qu’elle serait évacuée des ménages des environs, d’autres pensent qu’elle provient d’une source souterraine.
A notre arrivée, deux garçons étaient en train de prendre une douche en plein air. L’un d’eux a dit qu’il n’a pas pris une douche depuis la veille et qu’il se sentait incapable de tenir. Interrogé sur l’origine de cette eau, un habitant d’à côté dit ignorer d’où elle vient. Il pense pourtant qu’elle proviendrait des ménages environnants et qu’elle serait très sale.
Le même scénario s’observe au niveau du boulevard Mwezi Gisabo tout près de l’Hôpital Militaire. Vers 14h 15 min, deux garçons employés dans les ménages de Gihosha puisent l’eau dans un caniveau où un tuyau déverse l’eau. Ils indiquent que le matin, il y avait beaucoup de gens. « Même les gens du quartier Cibitoke viennent jusqu’ici», fait remarquer l’un d’eux.
Certaines localités souffrent de coupures intempestives d’eau
A Gasenyi, les habitants disent avoir connu des coupures d’eau à intervalles irréguliers. Arrivés sur les lieux à 13 heures passées, nous avons visité un robinet public qui se trouve tout près du Lycée municipal de Gasenyi. Selon les informations recueillies sur place, ce robinet appartient à la Regideso. Mais, les responsables le ferment quand ils veulent s’en aller. Il n’y a pas d’horaire fixe pour l’ouverture et la fermeture de ce robinet.
Au Lycée Municipal de Gasenyi, nous avons tenté de contacter la Directrice. A notre étonnement, celle-ci s’est désistée à répondre à nos questions, arguant qu’elle doit d’abord recevoir l’autorisation écrite du Directeur Communal de l’Enseignement (DCE).
Sur son compte Twitter, la Regideso avait informé l’opinion depuis le 21 janvier 2020 que certains de ses machines sont à l’arrêt suite à une panne électrique. Ce géant distributeur d’eau au Burundi avertissait les habitants de la capitale économique Bujumbura qu’il y aurait des perturbations dans l’alimentation en eau potable tout en rassurant que ses services techniques s’occupaient déjà du problème.