Après un débat houleux sur la mauvaise santé financière de la REGIDESO, silence radio sur les plans de redressement de cette institution. La conférence de presse initialement prévue en début d’avril 2019 a été reportée sine die. Entretemps, sur son compte twitter, la Regideso multiplie ses publications sur les cas de fraudes d’électricité sur le réseau de distribution. Le président du syndicat affirme que la direction générale et les syndicalistes tentent d’apporter des éléments de réponse à la problématique de gestion de la Regideso
En mars dernier, le ministre en charge de l’énergie, des mines et de l’hydraulique, Côme Manirakiza a dressé un bilan négatif des réalisations de la Regideso (société de production et de distribution de l’eau et de l’électricité). Il s’est attardé sur les cas de malversations économiques, de corruption et de fraude de l’électricité qui gagnent la Regideso. Le ministre Manirakiza n’est pas passé par quatre chemins pour dénoncer les fonctionnaires corrompus et le recouvrement « fantaisiste ». Il avait donné une semaine à la direction générale pour prendre des mesures qui s’imposent.
La direction générale avait annoncé une conférence de presse en date du 5 avril 2019 qui a été reportée à la dernière minute pour le début de la semaine suivante. Finalement, la conférence de presse n’a pas eu lieu. Les journalistes ont attendu Godot. En même temps, les responsables de la Regideso se sont lancés dans une chasse à l’homme. Plusieurs cas de fraude sur le réseau électrique ont été annoncés depuis l’expiration de l’ultimatum du ministre en charge de l’énergie. Burundi Eco revient sur le sujet avec Yusufu Mossi, président du Syndicat Libre des Travailleurs de la Regideso (SLTR). Il s’exprime sur les difficultés de la Regideso et propose des voies de sortie de la crise financière.
Le remaniement, nécessaire mais pas suffisant
Le remaniement en cours au sein de la Regideso se déroule normalement et suit une bonne tracée. « On a été concerté pour la mise en place de nouveaux chefs de service », précise M. Yusufu. Pourtant, il certifie que le remplacement des chefs de services à Bujumbura comme à l’intérieur du pays à elle seule ne suffit pas pour endiguer les phénomènes de corruption ou de malversations économiques. En cas de fautes professionnelles graves, Yusufu propose une enquête indépendante pour éviter qu’il y ait des victimes collatérales. Cependant, il n’encourage pas la culture de l’impunité, mais plutôt réclame des sanctions pour les coupables. Yusufu estime qu’il est indispensable de mettre en place une feuille qui répertorie succinctement les activités à mener dans le temps. L’évaluation tiendra compte des contrats de performance des employés.
Ce syndicaliste rappelle que pour maintenir en vie cette institution, il faut la contribution de toutes les parties prenantes à commencer par les employés, les dirigeants de la société, mais aussi le gouvernement. Elle vit de la production de l’eau et de l’électricité qu’elle vend. Ce qui implique que tout ce qui est vendu doit être payé. Malheureusement, il existe des clients qui ne règlent pas leurs factures, regrette Yusufu. Il annonce qu’une commission de recouvrement est à pied d’œuvre pour identifier les consommateurs défaillants afin de les contraindre à payer leur dû.
Task force pour redynamiser le service de recouvrement
Entre 2017 et 2018, des groupes d’agents temporaires ont été recrutés pour renforcer le système de recouvrement. Un calendrier de recouvrement a été mis en place. Ils sillonnaient tous les quartiers de la capitale pour effectuer des relevés et délivrer des factures. Mais les résultats de cette campagne sont mitigés, car les impayés ont augmenté au lieu de diminuer. En 2017, le directeur général de l’époque estimait les impayés à 60 milliards de FBu alors que l’Olucome a annoncé dans son communiqué de presse du 30 mars 2019, un chiffre qui dépasse 70 milliards de FBu. Le syndicaliste Yusufu affirme qu’il y a des lacunes dans le système de recouvrement des fonds.
L’importation de l’électricité augmente les charges de la Regideso
La Regideso importe de l’énergie électrique à un coût élève. Et une partie de l’énergie électrique (20 MW) utilisée au Burundi provient de la centrale thermique de la société Interpetrol. Le prix au kWh à l’achat est fonction des cours du pétrole sur le marché international. Par contre, la facturation n’est pas réajustée conséquemment. Le prix au kWh à la vente reste constant et très bas selon Yusufu. Dans ces conditions, l’accélération des travaux de construction des barrages hydro-électriques est impérative pour combler le déficit énergétique.
Paradoxalement, le ministre de l’Energie reste convaincu que l’offre en électricité est supérieure à la demande. Il argumente que toute la quantité produite n’est pas consommée. Selon l’avis de nombreux observateurs, il aurait plutôt parlé de sous-consommation à la place d’autosuffisance énergétique. Cette sous consommation, rappelons-le tire son origine de la hausse tarifaire de l’électricité (en 2017) et de la morosité économique du pays (qui prévaut depuis 2015) qui poussent les industriels à rationnaliser les dépenses énergétiques.
Quelle est la contribution des syndicalistes ?
Compte tenu des recommandations du ministre de l’Energie, le directoire du SLTR prépare une feuille de route pour que la Regideso puisse se tirer d’affaires. L’une des grandes préoccupations des syndicalistes est de savoir si toute la quantité de l’eau ou de l’électricité produite est consommée. Les syndicalistes proposent également le recrutement des agents permanents de recouvrement avec des tâches clairement définies. Ce qui facilitera le suivi-évaluation de chaque agent. En outre, M. Yusufu demande de dupliquer les mêmes modes d’encouragement des agents dénonciateurs des fraudes comme on le fait dans d’autres institutions comme l’OBR.
Dans un proche avenir, une délégation des employés de la Regideso compte échanger avec le ministre en charge de l’énergie sur les stratégies à mettre en œuvre pour faire revivifier la Regideso. L’une des stratégies phares est de travailler en commun accord avec tous les intervenants. Les difficultés de la Regideso se situent à plusieurs niveaux. C’est pourquoi tout le monde doit s’impliquer pour trouver une solution durable. « La Regideso n’appartient ni au directeur général, ni au ministre en charge de l’énergie. C’est pourquoi nous devons travailler de concert pour redresser la situation. Dans le cas contraire, ce sont les contractuels et leurs familles qui paieront un lourd tribut », alerte Yusufu.
La rédaction du journal Burundi Eco a essayé de joindre la direction générale de la Regideso pour s’exprimer sur le sujet sans succès.