L’effectif des patients souffrant de pathologies neuropsychiatriques ne cessent d’augmenter alors que les centres spécialisés en la matière sont insuffisants. Cela est prouvé par le fait qu’il y a au Burundi un seul centre spécialisé dans la prise en charge des maladies neuropsychiatriques de référence (CNPK). Malgré cela, des efforts sont en train d’être déployés à cette situation.
Très peu de décideurs s’intéressent à la santé mentale, indique Thierry Ndizeye, chargé de la communication au CNPK. Cela est prouvé par le fait que le Burundi dispose d’un seul centre neuropsychiatrique de référence (CNPK). Etant unique, beaucoup de personnes qui souffrent de pathologies neuropsychiatriques s’y rendent en quête de soins.
Thierry Ndizeye, chargé de la communication au CNPK : «Très peu de décideurs s’intéressent à la santé mentale»
Au mois de juin 2017, on a enregistré 1793 cas de consultations ,1550 cas au mois de juillet, 1721 cas au mois d’août, 1733 cas au mois de septembre, 1886 cas au mois d’octobre, 1718 cas au mois de novembre, 1807 cas au mois de décembre et 1799 cas au mois de janvier 2018. De plus, 171 malades mentaux étaient hospitalisés le 27 février 2018.
Deux structures décentralisées à l’intérieur du pays
Ndizeye fait savoir que quelques avancées sont en train d’être enregistrées. Le CNPK a initié deux autres structures décentralisées à l’intérieur du pays pour s’occuper des malades mentaux. L’un à Gitega et l’autre à Ngozi. Celui de Ngozi n’accueille que des malades ambulants. Ceux qui doivent prendre des médicaments régulièrement ne sont pas obligés de faire recours au CNPK. Ils peuvent aller dans ces autres centres.
L’intégration des services de soins de santé mentale en cours
De surcroît, le ministère de la Santé Publique et de la Lutte contre le Sida en collaboration avec l’Organisation Internationale des Migrations et le CNPK a mis en place la politique d’intégration des services de soins de santé mentale dans trois hôpitaux de la province de Rutana dont celui de Rutana, celui de Gihofi et celui de Musongati. En 2017, ça a été le tour des hôpitaux de MaKamba, de Nyanza-lac et de l’hôpital communautaire de Kayogoro dénommé «war trauma foundation». En 2018, le CNPK prévoie intégrer les services de soins de santé mentale dans les hôpitaux de Muyinga, de Gashoho, de Giteranyi, de Cankuzo et de Ruyigi. C’est dans l’optique de doter les prestataires de soins en santé mentale de capacités techniques et de rendre plus accessible les soins de santé mentale.
La pauvreté, un handicap majeur
Selon toujours lui, la pauvreté constitue un handicap majeur pour les familles qui veulent faire soigner les malades mentaux. A titre d’exemple, le CNPK demande une caution de 150 000 FBu pour soigner le malade mental. Cela se fait au moment où 90% des malades mentaux qui fréquentent le CNPK sont des indigents.
Dans un premier temps, ils peuvent payer parce que la famille a vendu une partie de la propriété. Mais, comme la maladie mentale peut être chronique, cette famille n’arrive pas à payer les médicaments. Or, ne pas prendre les médicaments à temps expose les malades à des rechutes. Il a en outre indiqué que d’autres se trouvant à l’intérieur du pays n’arrivent même pas à avoir le ticket pour se rendre au CNPK. Ils se contentent d’aller consulter les tradipraticiens sous prétexte qu’ils leur sont proches, mais aussi qu’ils demandent peu d’argent pour se faire soigner.
La stigmatisation, facteur de rechute
«J’ai été hospitalisé au CNPK», indique un malade amélioré habitant la commune Ntahangwa. A mon retour à l’école, les élèves manifestaient un esprit de dédain envers lui. Ils lui reprochaient une certaine incapacité intellectuelle. Les filles le fuyaient, car elles pensaient qu’il allait les frapper, s’inquiète-t-il. «Je me rappelle que même ma copine m’a rejeté», se lamente-t-il. Ce qui reste gravé dans sa mémoire. Il demande au ministère de la Santé Publique et de la Lutte contre le Sida d’augmenter les séances de sensibilisation sur la maladie mentale.
Si la population est bien informée sur ce que c’est exactement la maladie mentale, les rechutes vont diminuer. Et d’ajouter que ceux qui ont peur de consulter les centres de soins mentaux n’auront plus peur d’être appelés «fous». Il rappelle que la maladie mentale concerne tout le monde que ce soit les vieux ou les jeunes, les pauvres ou les riches. C’est pourquoi, au lieu de faire rechuter les malades à cause des attitudes frustrantes, il faut plutôt les aider à surmonter cette situation. Et comme la prise en charge des malades mentaux concerne tout le monde, la prévention de ces maladies est aussi une affaire de tout le monde.
Certaines causes
La santé mentale est un équilibre biologique, physique, sociale mais aussi psychologique. Elle ne se limite pas à ce que les gens appellent« des fous ». Un psychologue qui s’est entretenu avec le journal Burundi Eco fait savoir que pour parler de la bonne santé mentale, il faut jouir de l’équilibre physique, biologique, psychologique et social.
Néanmoins, les Burundais sont en train de traverser des moments de crise socio-économique causés par l’inflation, la dépréciation du franc burundais…A titre d’exemple, les parents qui n’ont pas de moyens pour donner de quoi manger à leurs enfants, assurer leurs soins de santé, payer le loyer, l’eau et l’électricité… ne peuvent pas être à l’aise. De plus, Les catastrophes naturelles, les cas de tueries qui s’observent quelquefois, les violences basées sur le genre, le taux exagéré de chômage… ajoutent le drame au drame. Certains sont devenus intolérants pour plusieurs causes. Ils en gardent rancune. Lorsqu’ ils voient qu’ils n’ont pas le droit de s’exprimer, cela peut générer des troubles mentaux.
Les signes d’un malade mental
Pour savoir si quelqu’un souffre de la maladie mentale, le comportement qu’il manifeste le montre. Il n’est pas stable, tient un langage mal coordonné .Ce qui constitue un plus dans la dépression, ce sont les dégâts qu’elle fait sur le moral et l’estime de soi. Insidieusement, un sentiment d’échec s’installe petit à petit chez la personne malade et son regard sur l’entourage est noirci par ce sentiment.
Du coup, il a tendance à se replier sur lui-même et à entretenir des idées obscures. Le soutien que ses proches lui apportent ne suffit pas, car la maladie nécessite un traitement. Cela ne veut pas dire que les proches n’ont pas de rôle majeur à jouer. Bien au contraire, un suivi médical accompagné d’un soutien de ses proches conduit vers la guérison.
Signalons qu’au CNPK, le gouvernement via le ministère de la Santé Publique et de la Lutte contre le Sida, offre des salaires au personnel qui y preste. Il paie aussi les frais de soins pour les indigents par le biais du ministère de la Solidarité nationale. Quant aux militaires, le ministère de la Défense Nationale et des ex-combattants s’en occupe.