A l’occasion de la Journée mondiale des droits des consommateurs, célébrée le 16 mars 2026 sous le thème « Des produits sûrs, des consommateurs confiants », l’Association burundaise des consommateurs (ABUCO), en collaboration avec Transparency International, a organisé un café de presse à Bujumbura pour attirer l’attention sur la présence du sucre ajouté dans les aliments destinés aux enfants.
Le président de l’Association Burundaise des Consommateurs (ABUCO), Pierre Nduwayo, indique que le Burundi fait partie des pays où certains aliments destinés aux enfants contiennent du sucre ajouté.
Lors de cette rencontre, le président de l’ABUCO, Pierre Nduwayo, a appelé à l’interdiction du sucre ajouté dans les produits alimentaires destinés aux nourrissons et aux jeunes enfants, notamment dans le lait en poudre et les céréales infantiles. Il s’est appuyé sur les résultats d’une enquête portant sur des produits commercialisés en Afrique par la multinationale Nestlé. Selon cette étude, chaque portion de la céréale infantile Cerelac analysée contiendrait près de 6 grammes de sucre ajouté, soit environ l’équivalent d’un carré et demi de sucre. Les résultats concernant le Burundi figurent parmi les plus élevés relevés sur le continent avec jusqu’à 7,3 grammes de sucre par portion, tandis que le niveau le plus élevé a été observé au Kenya avec 7,5 grammes. L’étude indique également que dans au moins sept pays africains, ces produits destinés aux nourrissons contiennent en moyenne 7 grammes de sucre par portion.
Face à cette situation, une vingtaine d’organisations de la société civile, dont l’ABUCO, ont adressé une lettre ouverte à Nestlé pour demander l’arrêt immédiat de l’ajout de sucre dans les aliments pour enfants. Elles rappellent que tous les enfants, quelle que soit leur nationalité, ont droit à une alimentation saine et équilibrée. Selon elles, l’entreprise, qui occupe une place importante sur le marché des produits laitiers en Afrique, devrait mettre fin sans délai à cette pratique.
Les normes alimentaires en question
L’ancien directeur général du Bureau Burundais de Normalisation et de contrôle de la qualité (BBN), Sévérin Sindayikengera, souligne que la protection des consommateurs doit aller de pair avec un management rigoureux de la qualité des aliments. Il rappelle que les normes alimentaires internationales sont définies dans le cadre du Codex Alimentarius Commission auquel le Burundi participe également. Selon lui, Nestlé est une entreprise reconnue dans la production du lait en poudre, mais de nombreux consommateurs dénoncent une différence entre les produits vendus en Europe et ceux commercialisés dans d’autres régions du monde, notamment en Afrique, en Asie ou en Amérique latine. D’après ces critiques, les produits destinés au marché européen ne contiendraient pas de sucre ajouté alors que ceux vendus ailleurs en contiennent. Pour Sévérin Sindayikengera, les normes devraient être identiques partout dans le monde.
Il explique par ailleurs que le sucre ajouté, comparable au sucre industriel produit localement par la SOSUMO, peut avoir des effets néfastes sur la santé. Dans l’industrie alimentaire, certaines entreprises avancent toutefois que les sucres incorporés dans les produits peuvent aussi provenir d’autres sources comme les fruits ou le miel. Néanmoins, les spécialistes rappellent que la consommation excessive du sucre est souvent associée à un risque accru d’obésité, laquelle peut à son tour favoriser des maladies comme le diabète ou certains cancers. Selon lui, ces problèmes de santé concernent également les pays africains où l’obésité touche aussi bien les adultes que les enfants.
Le ministère en charge de la santé appelle à la prudence
Représentant le ministère de la Santé Publique et de la Lutte contre le Sida lors de l’événement, le Dr Innocent Riyazimana a rappelé l’approche adoptée par les autorités sanitaires en matière d’alimentation du nourrisson et du jeune enfant. Il a notamment insisté sur l’importance des 1 000 premiers jours de la vie de l’enfant, une période durant laquelle une attention particulière doit être accordée à la nutrition et à la santé. Dans cette perspective, le ministère recommande d’éviter autant que possible l’ajout de sucre dans l’alimentation des enfants.
Le Dr Riyazimana a également réaffirmé la recommandation d’allaiter exclusivement les nourrissons pendant les six premiers mois de vie, sans leur donner d’autres aliments, le lait maternel étant considéré comme un aliment complet. Après six mois, des aliments de complément peuvent être introduits pour accompagner l’allaitement, mais il est conseillé d’éviter le sucre ajouté jusqu’à l’âge de deux ans.
Par ailleurs, les autorités sanitaires se montrent prudentes face aux substituts du lait maternel, tels que certaines céréales infantiles ou le lait en poudre. Selon le médecin, ces produits peuvent être très sucrés et risquent d’amener les nourrissons à les préférer au lait maternel. Ce qui pourrait nuire aux bonnes pratiques d’allaitement. A travers cette initiative, les organisations de défense des consommateurs espèrent ouvrir un débat plus large sur la qualité des aliments destinés aux enfants et sur la nécessité de renforcer les contrôles et les normes afin de mieux protéger la santé des plus jeunes.