L’agriculteur moyen peine à subvenir aux besoins de sa famille. Des fois, il s’endette pour satisfaire un besoin imprévisible. Il ne gagne presque rien. Toute la récolte est destinée à la consommation. Sa préoccupation majeure est de survivre. Burundi Eco vous amène à découvrir le statut socio-économique d’un agriculteur Burundais
Il est 16 heures du soir quand notre reporter arrive sur la colline Bubezi. Ce jour-là, le climat est plutôt ensoleillé il ne pleut pas comme c’est toujours le cas dans cette localité située à une vingtaine de km de la Kibira. Les habitants vaquent à leurs activités quotidiennes. Certains labourent les champs alors que d’autres restent à la maison exerçant des travaux domestiques.
Jean Mvuyekure, agriculteur résidant à la colline Bubezi de la zone Kayanza: «La terre arable se dégrade d’année en année. On a besoin de fertilisants pour avoir un meilleur rendement»
Du coup certaines habitations attirent l’attention. Les maisons n’ont pas d’enclos et les champs tout autour reflètent l’image d’un sol moins fertile et, partant, moins productif. Le motard ralentit pour faire le constat. Une femme couchée sur une natte entourée de ses trois petits enfants semble être malade. En projetant le regard de l’autre côté, on aperçoit un couple qui laboure dans un verger de caféiers. Après une brève présentation, le mari, sourire aux lèvres, réplique : « nous sommes très honoré d’avoir un visiteur parmi nous », dit-il. Sans tarder notre entretien démarre.
Les faibles revenus sapent les efforts des agriculteurs
D’après Jean Mvuyekure habitant la colline Bubezi de la zone Kayanza en commune et province Kayanza, les moyens limités le contraint à rationaliser ses besoins. Ce père de trois enfants révèle que la principale source de revenu était le café, mais que son rendement reste faible compte tenu des facteurs de production des cerises. L’entretien des vergers est cher. Il inclut les activités de sarclage pendant la saison des pluies et de paillage pendant la saison sèche. Le paillis de même que les autres intrants (produits phytosanitaires, engrais minéraux) coûtent cher. Le coût de production d’un kilo de café cerise est légèrement supérieur au prix du kilo offert par l’usine.
Dans ces conditions, Mvuyekure a décidé de remplacer le café par les cultures vivrières pour survivre. Cela prouve que les caféiculteurs à faibles revenus croupissent dans la misère malgré les efforts consentis par le gouvernement pour améliorer la productivité du café. « Le prix du kilo de café reste dérisoire et est inférieur au kilo de haricot. Comment un produit exportable génère peu de recette à tel enseigne qu’il est devancé par les denrées produites localement », s’interroge Mvuyekure. Sa femme près de lui hoche la tête-signe qu’elle confirme la version de son époux.
L’accès aux intrants, un casse-tête
Pour lui, le Programme National de Subvention des Engrais au Burundi (PNSEB) n’est pas profitable à tout le monde. Auparavant, l’agriculteur pouvait acheter une petite quantité d’engrais en fonction de ses moyens. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, la procédure actuelle impose aux agriculteurs de payer des avances à la Régie Nationale des Postes (RNP) ou à la COOPEC. La réception des engrais sera conditionnée par le paiement de la somme restante. Pour Mvuyekure, cela avantage ceux qui investissent dans le secteur agricole au grand dam des agriculteurs modestes qui ne trouvent de quoi payer les fertilisants.
A ce sujet, le ministère en charge de l’agriculture éclaire l’opinion. Tout agriculteur a droit de bénéficier des fertilisants à un coût réduit à travers le PNSEB. Il suffit de suivre toutes les étapes , y compris celle de paiement d’une caution, informe Mme Aimerance Nirera, porte-parole du ministère de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’Elevage. Pour avoir le bon d’achat, l’agriculteur doit s’acquitter la somme restante en fonction de la quantité commandée. Ceux qui sont dans l’incapacité d’acheter un sac de fertilisants peuvent constituer de petits groupes pour faire une commande cumulée, fait savoir Mme Nirera.
« Le ventre affamé n’a point d’oreilles ! »
Quand il n’y a pas assez de production, la famine frappe à tout prix. Mvuyekure en sait quelque chose. On ne mange pas à sa faim, mais on trompe la faim, s’indigne-t-il. La scolarisation des enfants se complique de plus en plus. L’ainé de la famille (un garçon) a déjà abandonné l’école faute de moyens. Il rentrait de l’école affamé alors qu’à la maison il n’y avait pas de nourriture. Et il a décidé d’abandonner l’école. Ventre affamé n’a point d’oreilles, dit-on. Pour le moment, la famille se prépare pour la saison culturale B, mais doute de la provenance des intrants agricoles.
La terre arable se dégrade d’année en année, on a besoin de fertilisants pour avoir un meilleur rendement. Sinon on n’a ni bovins, ni caprins pour produire de la fumure organique. La production agricole est minable et on est obligé de s’approvisionner sur le marché pour avoir de quoi mettre sous la dent. Auparavant, on travaillait comme ouvrier agricole pour diversifier les sources de revenus à raison de 1500 FBu par jour. Hélas, avec la crise de 2015, les investissements dans le secteur agricole se sont amenuisés. Il demande au gouvernement de voler au secours des agri-éleveurs en initiant des chaînes de solidarité bovine comme ça se fait dans d’autres localités pour relever leur niveau de vie.
Un cas qui n’est pas isolé
La famille Mvuyekure est parmi une armada d’agriculteurs Burundais qui remuent ciel et terre pour survivre. La province Kayanza est la plus peuplée du Burundi avec 800 habitants au km2 dans certaines régions. En plus de l’appauvrissement du sol, les terres arables se rétrécissent. La faible production ne permet pas aux habitants de faire des provisions. Ils sont obligés de vendre une partie de la récolte pour subvenir à d’autres besoins (se procurer de l’huile, du sel, des habits). En réalité, il ne s’agit pas de commerce, mais plutôt d’une forme de « troc ». Il n’y a pas d’échange monétaire.
Les agriculteurs échangent les produits agricoles contre d’autres produits de première nécessité. Par conséquent, durant la période de soudure, la famine frappe les ménages et l’insécurité alimentaire s’installe. Les pathologies comme le Kwashiorkor, la malaria et les maladies diarrhéiques profitent de ce désarroi pour augmenter l’effectif de décès. Ce qui fait que les familles démunies demeurent dans une spirale d’instabilité socio-économique.