Comme leurs pairs entendants, les sourds (ils ne supportent pas qu’on les appelle des sourds-muets car, selon eux, ils ne sont pas muets. Ils ont leur manière de parler : langue des signes) ont le droit de communiquer avec l’entourage. Etant incompris par la plupart de la société, leur langage constitue une barrière leur empêchant de jouir pleinement de leurs droits humains. Cependant, l’intégration des sourds dans les écoles devrait être couplée avec l’intégration de la langue des signes
La langue des signes (LS) n’est pas universelle comme on peut le croire. Il existe en fait, tout comme pour le langage oral, autant de langues des signes que de communautés différentes de sourds, chaque langue des signes ayant son histoire, ses unités signifiantes et son lexique. Le développement d’une langue des signes dépend de la vivacité de la communauté des personnes qui la composent comme pour une langue vocale. (Henri Wittmann, 1991).
Le Burundi ne disposant pas de langue des signes propre à lui, les usagers burundais font recours au mélange des différentes langues des signes. Ce qui rend la tâche de plus en plus compliquée lorsqu’il s’agit d’apprendre cette langue. Il est donc évident qu’un sourd burundais se perde facilement face à un sourd d’un autre pays ou tout simplement d’un autre sourd burundais, tous les deux parlant la langue des signes.
La langue des signes, une nécessité pour tous
La langue des signes est peu considérée au Burundi. La plupart des entendants ne trouvent pas d’intérêt à l’apprendre. Pourtant, les sourds sont nos frères et sœurs, nos voisins, nos collègues, des connaissances…En tous cas, c’est quasiment impossible de ne pas nous nous retrouver un jour en contact avec un sourd.
« La connaissance de la langue des signes constitue pour moi une immense fierté. Elle m’aide tant pour aider mes pairs sourds dans leurs besoins quotidiens, mais aussi pour prêcher la bonne nouvelle à cette catégorie de personnes méprisées par la société, mais qui compte énormément devant Jéhovah. Nous avons même un culte en langue des signes », fait savoir Esaïe Dushime, un témoin de Jéhovah.
Sidonie Nduwimana : «Tous les jours, nous sommes confrontés à des problèmes de communication avec les entendants».
Les sourds ont les mêmes besoins que les entendants
Comme leurs pairs entendants, les sourds sollicitent tous les services tant publics que privés. Malheureusement, leurs cas sont souvent traités superficiellement car ceux qui devraient les traiter ne comprennent rien à la langue des signes.
« Nous sommes trop peu à pouvoir interpréter le langage des signes. Nous nous retrouvons débordés, incapables d’accompagner les sourds comme nous étions censés le faire. Ils nous appellent quand ils ont besoin de voir un médecin par exemple, comparaître en justice ou tout simplement pour les aider à résoudre des problèmes familiaux », ajoute-t-il.
Malheureusement, il y a aussi des sourds qui ne connaissent pas le langage des signes. Comme l’a fait savoir Coudra un interprète des sourds. Cela constitue un gros défi, car ils se retrouvent incompris ni par les sourds comme lui, ni par son entourage parlant.
Les sourds témoignent
Depuis la 7ème année jusqu’ à la fin de ses études universitaires, Bernadette Ndayisenga partage la classe avec les entendants. Cela n’a jamais été facile, car elle devait se débrouiller tous les jours. A l’Université par exemple, puisque les notes sont souvent dictées, elle était obligée de toujours copier chez son voisin. « Lors de mon rapport de stage, on m’a obligé de déposer mon rapport sans toutefois l’exposer. J’ai réclamé mon droit de le défendre publiquement. J’ai dû chercher un interprète. Vous comprenez la complexité de ce circuit », témoigne-t-elle.
« Tous les jours, nous sommes confrontés à des problèmes de communication avec les entendants. Par exemple une sourde est allée se faire dépister un jour. Le médecin lui a livré une ordonnance médicale sur laquelle était simplement mentionné qu’elle a le VIH.
A cause de la barrière linguistique, le médecin l’a laissée partir sans aucune forme d’explication pour la tranquilliser. Nous devons toujours être accompagnés par des interprètes si nous sollicitons un service que ce soit à l’hôpital, à la justice, ou ailleurs », la complète Sidonie Nduwimana une autre sourde.
Selon Coudra, la tâche de servir d’interprète aux sourds n’a jamais été facile. « Nous ne pouvons pas être polyvalents. Par exemple moi, je me débrouille mieux en ce qui est de l’économie ou de la gestion.
Mais imaginez si un jour on m’appelle pour interpréter une thèse doctorale d’un médecin sourd. Vous comprenez bien qu’il y a sûrement des termes techniques que je ne peux pas comprendre. C’est la même chose qu’en justice. Comment puis-je connaître les termes techniques juridiques ? » déplore cet interprète.
Signalons qu’à part les sourds et les autres entendants qui ont bénéficié des formations en langue des signes à titre individuel, il y a des policiers qui ont été formés pour pouvoir aider les sourds. Le souhait des sourds et de leurs interprètes est que le gouvernement puisse organiser des formations de langues des signes à l’endroit des agents des services tant privés que publics.