Une nouvelle liste des organismes nuisibles réglementés pour le Burundi vient d’être présentée. L’élaboration de ce registre a été possible grâce à un partenariat entre le ministère en charge de l’agriculture, le Département de la Protection des végétaux (DPV) et CABI, avec le soutien de l’ambassade des Pays-Bas au Burundi. Cet outil stratégique permettra d’améliorer la surveillance phytosanitaire, le renforcement de la sécurité alimentaire et les exportations.
Dr Samson Musonerimana, Directeur Général de l’ISABU. « Notre agriculture fait face à des menaces phytosanitaires croissantes ».
« Notre agriculture fait face à des menaces phytosanitaires croissantes. Les organismes nuisibles exotiques et endémiques représentent un danger direct pour nos récoltes. Ces ravageurs, qu’ils soient introduits par les échanges commerciaux ou exacerbés par les changements climatiques, compromettent la qualité et la quantité de nos productions agricoles. Il est crucial que nous renforcions nos mécanismes de gestion du risque phytosanitaire », a déclaré Dr Samson Musonerimana, représentant du Ministère de l’agriculture et Directeur Général de l’ISABU.
C’était lors d’un atelier de présentation de la liste des organismes nuisibles réglementés qui s’est tenu ce mercredi 26 novembre 2025 à Donatus Conference Center. Cet atelier a été organisé par le Département de la Protection des végétaux (DPV) et CABI en collaboration avec le ministère en charge de l’Agriculture, avec l’appui de l’Ambassade des Pays-Bas au Burundi.
Dans sa présentation, Dr Benoit Gnonlonfin, expert international sur les mesures phytosanitaires à CABI, a démontré qu’au Burundi, les infestations de ravageurs représentent un défi majeur. Ils causent des pertes agricoles importantes estimées à 38 % pour les pommes de terre et 37 % pour le manioc et entraînent une baisse significative des rendements. Cette situation compromet la sécurité alimentaire, touchant environ 41 % de la population et réduit les revenus des petits exploitants agricoles, fragilisant ainsi l’économie nationale. De plus, la présence des ravageurs menace les exportations agricoles, notamment vers l’Union Européenne, en raison de normes phytosanitaires strictes. Ce qui limite l’accès aux marchés internationaux.
Outil stratégique essentiel pour renforcer la surveillance phytosanitaire
Dr Gnonlonfin a expliqué que pour pallier de tels défis, la Convention Internationale pour la Protection des Végétaux (CIPV) dont le Burundi est signataire fait obligation aux parties contractantes d’établir, de maintenir et de mettre à disposition des listes d’organismes nuisibles réglementés, mais également de les actualiser tous les cinq ans en raison des nouvelles introductions qui peuvent survenir dans l’intervalle.
Même si la CIPV exige l’actualisation de ces listes tous les cinq ans, la précédente liste d’organismes nuisibles réglementés pour le cas du Burundi datait de 2006. Elle comprenait 123 espèces. Pour l’actuelle liste, 477 organismes nuisibles dont la présence au Burundi est avérée ont été classées en priorité pour la mise en quarantaine. 17 autres ont été identifiés comme prioritaires pour une réglementation en tant qu’organismes nuisibles non soumis à quarantaine.
Par un engagement collectif, il est possible de garantir durablement la sécurité alimentaire et protéger l’agriculture nationale.
Pour Dr Gnonlonfin, la mise en place de cette liste actualisée d’organismes nuisibles constitue un levier essentiel pour la protection de la population et la préservation de la santé publique. Comme il l’a expliqué, la présence des ravageurs pousse souvent les agriculteurs à recourir excessivement aux pesticides, produits hautement toxiques, exposant ainsi les populations à divers risques sanitaires. En réduisant la pression exercée par ces organismes nuisibles, l’usage des pesticides pourra être limité, diminuant ainsi les dangers pour la santé humaine.
Il a été souligné que cette liste représente également un outil précieux pour les inspecteurs phytosanitaires postés aux frontières. Lors des contrôles des marchandises entrant sur le territoire, ils pourront s’y référer pour identifier les organismes exotiques. Pour un cas suspect, l’inspecteur pourra, conformément aux textes réglementaires, décider de placer le produit en quarantaine, de le refouler ou de le détruire. Cette démarche renforcera la protection des agriculteurs et des cultures locales en empêchant l’introduction de nouveaux ravageurs.
Des avancées, mais aussi des défis
Mme Goreth Itangishaka, responsable de la Direction de la Protection des Végétaux a précisé que pour mener à bien ce combat, des experts burundais de l’ABRVEPA, de la DGMAEVA, de la DVFRD, de la DVP, de l’ONCCS, de l’Université du Burundi et de l’Université de Nairobi ont été formés aux outils CABI et à l’évaluation des risques.
Néanmoins, elle a tenu à préciser que le Burundi fait face à plusieurs défis dans la gestion des organismes nuisibles. Elle a cité entre autres : les capacités limitées en matière de diagnostic, l’insuffisance des moyens financiers et matériels nécessaires dans ce secteur. Elle a cité aussi la loi phytosanitaire en vigueur qui présente encore des lacunes. A cela s’ajoute l’absence de protocoles clairs pour la gestion des situations d’urgence ainsi qu’une digitalisation encore insuffisante des systèmes de surveillance et de gestion. Mais aussi le manque d’infrastructures de mise en quarantaine opérationnelles qui compromet les efforts de prévention à l’importation.
Par un engagement collectif, il est possible de garantir durablement la sécurité alimentaire et protéger l’agriculture nationale.
Une étape majeure pour le Burundi
Dr Isaac Macharia, représentant du Kenya Plant Health Inspectorate Service (KEPHIS), quant à lui, a félicité toutes les parties prenantes pour l’élaboration de ce registre. « Il s’agit d’un signal fort de l’engagement national du Burundi à protéger ses précieuses ressources agricoles et à sécuriser les moyens de subsistance de ses communautés agricoles », trouve-t-il. Il a partagé l’expérience du Kenya dans l’exportation de divers produits vers l’Union Européenne et d’autres marchés. Il a exprimé la volonté du KEPHIS de soutenir le Burundi dans l’établissement d’un système conforme aux exigences de l’UE et d’autres marchés.
Ida Rademaker, Secrétaire à l’Ambassade des Pays-Bas a souligné que le lancement de la liste actualisée des organismes nuisibles réglementés des végétaux constitue une étape majeure pour le Burundi et est le résultat exceptionnel et significatif du projet Plantwise Plus au Burundi qui vise a contribuer à la sécurité alimentaire en aidant les petits agriculteurs à mieux se prémunir contre les menaces croissantes qui pèsent sur la santé des végétaux,
Elle a exprimé le souhait que cette liste ne reste pas un document statique, mais qu’elle soit régulièrement mise à jour. Elle a remercié CABI et ses partenaires au Burundi et au Kenya pour le partage de leur expertise avec le Département de la Protection des Végétaux burundais.
Dr. Musonerimana a lui aussi félicité CABI pour son expertise technique et scientifique ainsi que le Royaume des Pays-Bas pour son soutien financier constant aux efforts de modernisation du secteur agricole burundais et de renforcement de la sécurité alimentaire.
Il a appelé tous les acteurs concernés à maintenir une vigilance accrue lors des inspections phytosanitaires aux frontières et dans les champs, à intensifier la surveillance de la présence des ravageurs et des maladies, notamment par l’utilisation effective du registre phytosanitaire et à respecter rigoureusement les exigences phytosanitaires en matière d’importation et d’exportation des végétaux et produits végétaux. « C’est par cet engagement collectif que nous pourrons garantir durablement la sécurité alimentaire et protéger l’agriculture nationale », conclut-il.