La Banque africaine de développement (BAD) a présenté ce mercredi 25 juin 2025 à Bujumbura, son Rapport économique pays 2025. Placé sous le thème « Tirer le meilleur parti du capital du Burundi pour favoriser son développement », ce document dresse un état des lieux nuancé de l’économie burundaise. Entre signes de résilience et fragilités persistantes, le pays avance à petits pas sur le chemin du développement.
La dette publique a atteint 43,2 % du PIB. Un niveau encore acceptable selon les standards internationaux, mais la BAD alerte sur un risque élevé de surendettement.
C’est Jean Marie Vianney DABIRE, économiste-pays en chef à la BAD, qui a exposé les grandes lignes du rapport. Si plusieurs volets y sont abordés, c’est surtout la dynamique macroéconomique et les défis structurels qui retiennent l’attention dans ce rapport.
L’économie burundaise a montré une certaine capacité de résistance en 2024 avec un taux de croissance du PIB réel estimé à 3,9 % contre 3,3 % en 2023. Cette performance est attribuée à des secteurs comme les services publics, les transports, les télécommunications, la finance et l’agriculture. Les dépenses publiques ont également joué un rôle moteur.
Toutefois, cette croissance reste conjoncturelle. Elle ne parvient pas encore à générer un impact durable sur l’emploi ni à améliorer de manière significative le niveau de vie des populations. Le pays peine à enclencher une transformation structurelle de son économie.
Des équilibres macroéconomiques sous tension et une pauvreté persistante
L’inflation, bien qu’en baisse, reste élevée : elle s’est établie à 20,2 % en 2024. Le déficit budgétaire a été réduit à 4,8 % du PIB, un progrès modeste. En revanche, le déficit du compte courant, à 8,5 %, demeure préoccupant, tout comme la dépendance du pays aux importations.
La dette publique atteint 43,2 % du PIB. Un niveau encore acceptable selon les standards internationaux, mais la BAD alerte sur un risque élevé de surendettement, lié à la faible capacité de mobilisation des ressources internes et à la vulnérabilité des exportations.
Sur le plan social, les chiffres restent alarmants. Environ 65 % des Burundais vivaient en 2024 avec moins de 2,15 dollars par jour. L’indice de développement humain (IDH) du pays s’élève à 0,439, plaçant le Burundi au 187e rang mondial. Le sous-emploi touche plus de la moitié de la population active.
Pour la période 2025-2026, la BAD prévoit une croissance moyenne de 3,8 %. L’inflation devrait rester très élevée, autour de 35 %. Les déficits budgétaire et courant devraient rester respectivement à 5 % et 8,6 % du PIB. En clair, peu de changement en vue.
Un retard sur les critères régionaux et une économie vulnérable à de nombreux risques
Le Burundi reste en décalage avec les critères de convergence de la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE), notamment en matière d’inflation, de déficit public et de réserves de change. Seul le ratio dette/PIB, à 43,2 %, respecte le plafond de 50 % fixé dans la région.
Ce respect isolé d’un indicateur ne suffit pas à compenser les déséquilibres macroéconomiques persistants.
Le rapport pointe plusieurs menaces à court et moyen terme. La pénurie chronique du carburant et des devises étrangères continue de perturber l’activité économique. Le service de la dette exerce une pression constante sur les finances publiques.
A cela s’ajoutent des facteurs extérieurs : insécurité régionale, instabilité géopolitique mondiale, effets du changement climatique et recul progressif de l’aide internationale, encore cruciale pour le Burundi.
Quid des réformes proposées par la BAD ?
Face à ces défis, la BAD formule plusieurs recommandations. A court terme, elle préconise une politique monétaire rigoureuse avec un encadrement du marché des changes et un resserrement des taux d’intérêt pour maîtriser l’inflation.
Une meilleure coordination entre politiques budgétaire et monétaire est également recommandée. Le secteur des hydrocarbures, en particulier la gestion des stocks et de la distribution, doit être réformé de toute urgence.
La Banque appelle à la mise en œuvre effective de la stratégie nationale de réforme des finances publiques pour 2025-2031. Il s’agit notamment de digitaliser le recouvrement fiscal, d’élargir l’assiette fiscale, de mieux contrôler les exonérations et de lutter contre la fraude.
Elle insiste également sur l’importance de renforcer la gouvernance, de rendre l’environnement des affaires plus attractif et de lutter contre la corruption pour regagner la confiance des investisseurs.
Agriculture, mines et infrastructures : des leviers à activer
Dans le secteur agricole, la BAD plaide pour une diffusion massive des technologies climato-intelligentes afin d’augmenter la productivité. Elle recommande aussi de continuer les réformes dans les filières d’exportation comme le café et le thé.
Le secteur minier, encore peu structuré, recèle un fort potentiel. La Banque suggère de mieux l’encadrer pour accroître les recettes en devises. Enfin, de lourds investissements sont nécessaires dans les infrastructures de transport (routes, chemin de fer, ports) pour faciliter l’intégration régionale et stimuler le commerce.