Le chômage est un phénomène purement urbain à raison de 17,2% des actifs en milieu urbain tandis que le sous-emploi concerne plus le milieu rural que le milieu urbain, soit plus de 50%. Cela s’inscrit dans le carnet du Centre Universitaire de Recherche pour le Développement Economique et Social (CURDES) n°20 dans une analyse intitulée « Chômage et sous-emploi au Burundi », présentée par Professeur Gilbert Niyongabo au cours de ce mois de mai 2024
Prof. Gilbert Niyongabo : « Que le gouvernement investisse dans l’occupation des jeunes formés, diplômés et qualifiés et trouve des incitations pour la création d’entreprises. Ceux-ci sont nombreux en milieu urbain ».
Pour expliquer le chômage, les variables qui ont été tenues en considération sont le ratio de dépendance, la taille du ménage, la situation matrimoniale, le niveau d’éducation, la tranche d’âge, le sexe de l’individu, le milieu de résidence, la province ainsi que le quintile de bien-être du ménage.
Pour Prof.Niyongabo, le chômage est un phénomène urbain que rural. « Par rapport aux résidents urbains, la probabilité d’être au chômage pour les ruraux baissent de 5% », explique-t-il avant d’informer que le passage de la ville de Bujumbura vers les autres provinces du pays diminue la probabilité d’être en situation de chômage.
Prof.Niyongabo notifie également une corrélation négative entre le niveau d’éducation et la probabilité d’être au chômage. Et de marteler : « Par rapport à celui qui a un niveau supérieur d’éducation, la probabilité d’être au chômage diminue de 2,9% pour celui qui a le niveau primaire contre 3% pour le niveau secondaire 1er cycle ».
La jeunesse frappée par le chômage
Prof.Niyongabo informe que le chômage touche plus les jeunes que les adultes. Il signale que par rapport à la tranche d’âge de 25-35 ans, la probabilité d’être au chômage pour ceux ayant 36-64 ans et 65 ans et plus diminue respectivement de 1,3% et 2,9%.
Il s’est référé aussi à d’autres variables pour expliquer le chômage comme le ratio de dépendance (moins de 25%), la taille du ménage (de 1 à 3 personnes par ménage), le statut matrimonial (mariages monogames), le niveau d’éducation (ceux qui n’ont pas de formation), l’âge (classe des 25-35ans), le sexe (sexe masculin) et le milieu de résidence (milieu urbain).
Selon Prof.Niyongabo, les plus dépendants (ratio de 25%) par rapport à ceux qui le sont moins sont plus exposés au chômage. « L’augmentation de la taille du ménage fait diminuer la probabilité d’être au chômage. Cela au moment où les célibataires, les unions libres et les séparés ou divorcés sont plus exposés au chômage que ne le sont les mariés monogames », précise-t-il. Et de continuer : « Les personnes les plus âgées sont moins touchées par le chômage. Il affecte plus les plus formés que les non formés, les femmes plus que les hommes ».
Le sous-emploi, la bête noire pour les milieux ruraux
Prof.Niyongabo considère le sous-emploi avec deux indicateurs, soit le sous-emploi visible lié à une durée et le sous-emploi invisible lié à une sous rémunération.
Il avise que les plus dépendants sont plus en sous-emploi visible par rapport aux moins dépendants (ration de 25%).
« La taille du ménage fait diminuer la probabilité d’être en sous-emploi visible », avoue Prof.Niyongabo avant de renchérir que les célibataires sont moins en sous-emploi visible que les mariés monogames.
Il annonce également que les polygames sont plus en sous-emploi visible que les mariés monogames. « Les personnes les plus âgées sont plus en sous-emploi visible tandis que les personnes ayant un niveau d’éducation élevé le sont moins. Les femmes sont à leur tour plus en sous-emploi visible que les hommes et les personnes du milieu rural sont plus en sous-emploi visible », fait-il savoir.
Pour ce qui est du sous-emploi invisible, Prof.Niyongabo atteste que les plus dépendants (ration de 25%) sont plus en sous-emploi invisible par rapport aux moins dépendants. Le sous-emploi invisible concerne plus les formés, les femmes plus que les hommes et les personnes du milieu urbain par rapport à ceux du milieu rural. Cela même si leurs coefficients sont plus nuls.
Et de conclure : « Le chômage est un phénomène purement urbain et concerne seulement 2,8% des actifs au niveau national et 17,2% en milieu urbain. Par contre, le sous-emploi préoccupe plus le milieu rural (avec plus de 50% des actifs occupés) que le milieu urbain ».
Prof.Niyongabo interpelle le gouvernement à investir dans l’occupation des jeunes formés, diplômés et qualifiés et à trouver des incitations pour la création d’entreprises. Pour lui, ceux-ci sont nombreux en milieu urbain. Quant au milieu rural, l’Etat en tant que régulateur du marché du travail devrait relever les salaires minima ou les taux de rémunération des services dans le milieu rural pour les porter au-delà du seuil de pauvreté.