Du 15 au 17 décembre 2025, l’Association des Banques et Etablissements Financiers du Burundi (ABEF) a organisé la troisième édition de la Semaine du banquier. Malgré les avancées enregistrées, la réalité des faits révèle encore de nombreuses lacunes dans le secteur bancaire burundais. A titre d’exemple, le financement de l’agriculture demeure faible, ne représentant qu’environ 10 % des crédits bancaires. Pourtant, il s’agit d’un secteur clé occupant majoritairement le citoyen lambda.
Mélance Maniragaba, rédacteur en chef.
Les constats quotidiens montrent que le secteur bancaire burundais souffre d’une faible inclusion financière. Une grande partie de la population, essentiellement rurale, n’a pas accès aux services bancaires formels. Cette situation s’explique notamment par l’éloignement géographique des agences bancaires, les exigences élevées pour l’ouverture des comptes, le faible niveau d’éducation financière et le manque de confiance envers les institutions financières.
Par ailleurs, les banques burundaises accordent peu de crédits à l’économie réelle ou imposent des conditions trop contraignantes, en particulier aux petits agriculteurs, aux jeunes entrepreneurs et aux petites et moyennes entreprises (PME). Les crédits sont le plus souvent concentrés sur un nombre restreint de clients jugés solvables, avec des taux d’intérêt élevés et des garanties difficiles à fournir pour le citoyen lambda.
Il ne faut pas non plus minimiser les insuffisances en matière de services numériques. Le mobile banking, les paiements électroniques et les crédits digitaux restent peu développés ou difficilement accessibles, notamment en raison d’une mauvaise connexion à Internet. Cette situation freine la modernisation des échanges commerciaux et entretient une forte dépendance à l’utilisation du cash.
Du côté du citoyen, la faible mobilisation de l’épargne nationale constitue une autre lacune majeure. De nombreux ménages préfèrent conserver leur argent en dehors du système bancaire, privant ainsi les banques de ressources essentielles pour financer le développement économique.
Par ailleurs, certains clients des banques se regroupent pour obtenir des crédits qu’ils utilisent ensuite à des fins migratoires, sans rembourser les montants empruntés. Bien que ces crédits soient généralement assurés, les compagnies d’assurance peinent souvent à remplir leurs obligations, invoquant la nécessité de longues enquêtes. Ce qui complique davantage le processus de recouvrement.
Qu’à cela ne tienne, le secteur bancaire burundais doit devenir un véritable levier de développement. Cela nécessite la mise en œuvre de plusieurs réformes et initiatives, entre autres le développement des services bancaires de proximité, l’encouragement du financement de l’économie productive, en particulier l’agriculture, l’artisanat et les PME, l’accélération de la digitalisation du secteur et l’investissement dans l’éducation financière.
Un secteur bancaire plus inclusif et plus dynamique permettrait au citoyen lambda de sécuriser son épargne, d’accéder plus facilement au crédit et de financer des activités génératrices de revenus. Les agriculteurs pourraient investir dans de meilleurs intrants, les jeunes lancer leurs projets entrepreneuriaux et les ménages faire face plus sereinement aux imprévus.
Il est donc impératif de développer le secteur bancaire car, à long terme, il contribue à la création d’emplois, à l’augmentation des revenus et à la réduction de la pauvreté. En structurant l’économie, il renforcerait également la stabilité financière du pays et améliorerait la confiance entre les citoyens et les institutions.