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Le métier de sage-femme face à moult défis

Dans l’exercice de leur métier, les sages-femmes burundais se heurtent à de nombreux défis. Pas de cahier des charges, pas d’ordre professionnel, chacun exerce comme il l’entend. A cela s’ajoute leur insuffisance criante dans les différentes formations sanitaires: sur environ 3.000 sages-femmes diplômés, seuls 400 ont actuellement un emploi. Pourtant, ces professionnels sont indispensables dans la réduction des décès maternels et néonatals.

Au Burundi, la définition des responsabilités des sages-femmes reste floue et leur cahier des charges n’est pas encore clairement établi.

 

« Le principal obstacle auquel les sages-femmes font face est l’absence d’une vision claire pour leur métier au Burundi. En effet, la manière dont cette profession est définie par l’OMS ne correspond pas à la réalité burundaise », explique Mme Emelyne Iyizire, présidente de l’Association Nationale des Sages-Femmes du Burundi (ANASAF).

Selon elle, l’OMS considère le métier de sage-femme comme une profession médicale alors qu’au Burundi, il est défini comme une profession paramédicale. Ce qui limite les prestations que peuvent offrir les sages-femmes. En tant que profession médicale, une sage-femme aurait le droit de prescrire des médicaments et de poser des diagnostics, mais au Burundi, elle n’a pas ces prérogatives et doit toujours travailler sous les ordres d’un autre professionnel de santé. Pourtant, selon l’OMS, les sages-femmes peuvent agir de manière autonome et ne faire appel à des niveaux supérieurs qu’en cas de complications nécessitant une expertise spécialisée. D’autres pays disposent également de maisons de naissance et de cabinets de sages-femmes alors que ce modèle n’est pas encore développé au Burundi.

Le manque d’ordre professionnel

Un autre défi majeur est l’absence d’un Ordre professionnel. Au Burundi, la définition des responsabilités des sages-femmes reste floue et leur cahier des charges n’est pas encore clairement établi. Cela engendre des difficultés dans l’exercice de leur métier, car les sages-femmes ne connaissent pas exactement leurs limites. Ce qui peut créer des confusions dans la répartition des rôles entre les différents professionnels de santé.

« Sans Ordre professionnel, il y a un risque de désorganisation. Chacun preste selon ses propres références, alors que dans les pays où il existe un Ordre des sages-femmes, la profession est bien encadrée, garantissant ainsi la sécurité tant des patients que des sages-femmes », insiste Mme Iyizire.

Elle explique également que l’existence d’un Ordre professionnel favorise la compétitivité sur le marché du travail. « Une sage-femme burundaise ne peut pas exercer à l’étranger, car l’inscription à un Ordre professionnel est une exigence mondiale pour travailler ailleurs légalement. Certaines sages-femmes ont déjà tenté de travailler ailleurs, mais elles ont été refusées faute d’un numéro d’enregistrement officiel », déplore-t-elle.

La situation se presente ainsi alors que le gouvernement burundais a créé l’Ordre des infirmiers et des sages-femmes par le décret n° 100/010 du 16 janvier 2024 régissant son organisation et fonctionnement. Malheureusement, les organes dirigeants de cette institution n’ont toujours pas été mis en place.

Insuffisance criante des sages-femmes

Le Burundi souffre également d’une insuffisance criante des sages-femmes dans les structures de santé. Bien que les universités burundaises aient déjà formé près de 3.000 sages-femmes, seulement 400 travaillent dans le secteur public. Cela représente à peine un dixième du personnel formé.

L’OMS recommande une densité minimale de 6 sages-femmes pour 10.000 habitants. Or, avec 400 sages-femmes pour une population estimée à 13 millions d’habitants, la densité actuelle au Burundi est d’environ 0,31 sage-femme pour 10.000 habitants.

Ce manque de personnel qualifié occasionne des conséquences graves dans les hôpitaux, particulièrement en santé maternelle et néonatale. Les femmes qui arrivent en situation d’urgence ont besoin de soins spécialisés, mais l’insuffisance des sages-femmes qualifiés expose les patientes à des complications obstétricales pouvant mener à des décès évitables.

Indispensables dans la réduction des décès maternels

Mme Iyizire rappelle que les sages-femmes jouent un rôle essentiel dans la réduction de la mortalité maternelle. Ils interviennent dès la communauté, sensibilisant et éduquant les femmes sur les signes avant-coureurs, afin qu’elles consultent un médecin avant qu’il ne soit trop tard. Dans les structures de soins, les sages-femmes sont capables de détecter précocement les signes de grossesses à risque et peuvent prendre des mesures immédiates ou référer la patiente à un gynécologue si nécessaire.

Lors de l’accouchement, elles sont formées à identifier rapidement les complications, permettant ainsi une prise en charge rapide. « Dans plusieurs pays qui ont réussi à réduire la mortalité maternelle, les sages-femmes sont impliqués dès la communauté jusqu’aux maternités hospitalières », dit-elle.

Cette approche favorise l’accouchement dans des structures de soins, réduisant ainsi les risques liés aux accouchements à domicile. « Nous sommes parmi les pays qui enregistrent encore un taux de mortalité maternelle et néonatale élevé. Il est important d’éveiller les consciences: aucun décès maternel ne devrait survenir. Aucune femme ne devrait mourir en donnant la vie », conclut-elle.

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