Le non-respect du code de l’eau expose la population à un danger permanent. Les habitants des quartiers comme Buterere et Carama en sont témoins. Certains ont construit des maisons dans des zones interdites. Les conséquences sont fâcheuses voire dramatiques. On ne cesse d’enregistrer des pertes en vies humaines et matérielles. La zone tampon est en train d’être envahie. Le jour où la nature se révoltera, les dégâts vont s’alourdir. Les défenseurs de l’environnement demandent aux autorités publiques (gouvernement, mairie, service de l’urbanisme) de prendre les choses en main pour inverser la tendance
Depuis plusieurs semaines, le Burundi vit au rythme des orages et des pluies abondantes. Ce n’est pas exceptionnel durant les mois de janvier et février. Malheureusement, ces pluies provoquent beaucoup de malheurs, des pertes en vies humaines, des pertes économiques par destructions de champs agricoles ou par la stagnation des eaux dans le quartier industriel avec pour conséquence un ralentissement de l’activité. Les inondations de 2014 à Gatunguru et Carama restent dans toutes les mémoires. Burundi Eco a souvent consacré des articles à ces phénomènes et ses conséquences.
Un Dossier pédagogique de 56 pages couleurs paru en mai 2019 développe de nombreux articles sur les risques des catastrophes dont les inondations. Le dossier et ses articles peuvent être consultés sur le site www.burundi-eco.com. Parmi les causes principales des catastrophes conséquentes des pluies abondantes, il faut retenir: le réchauffement climatique, la déforestation des collines et montagnes du pays, le non-entretien des rivières et bassins versants, l’exploitation des graviers dans les lits des rivières et les constructions illégales de maisons et bâtiments dans les zones inondables. Dans cet article, nous abordons principalement ce dernier point.
Pour construire, la population devrait respecter 150 m à partir du littoral du lac Tanganyika et 50 m pour les lacs du Nord. Ce qui n’est pas le cas
Le gouvernement du Burundi a pris l’initiative de faire voter des textes de lois qui ont pour but de protéger la vie, la vie des populations mais aussi la vie de l’environnement et de sa biodiversité. Cependant, il s’observe depuis belle lurette que le non-respect de ces derniers pose problème. Les gens ne cessent de s’arroger le droit de construire dans des zones interdites. Les exemples illustrant cette situation sont légion. Auparavant, les quartiers comme Buterere et Carama étaient réservés à l’agriculture. Ils étaient occupés par des champs de riz, car ils faisaient partie des zones humides.
Cependant, les situations se sont métamorphosées petit à petit suite à la démographie galopante et à la non-application des règlements d’urbanisme. Ces quartiers sont actuellement pleins d’infrastructures tant publiques que privées. Nonobstant, la nature reprend ses droits et occupe de temps à autres les espaces qui sont les siens depuis des siècles. Nos ancêtres et nos grands-parents savent tout cela, pourquoi ne sont-ils plus écoutés ? Les habitants de ces quartiers sont dans une instabilité sans pareil. S’il pleut, la situation s’aggrave. Des morts et des blessés ne cessent d’être enregistrés, emportés par l’eau. D’autres ont vidé les lieux à cause des inondations récurrentes, répétitives.
Les zones tampons envahies
De plus, les zones tampons ne sont pas protégées comme l’exige le code de l’eau dans son article 5. Pour construire, la population devrait respecter 150 m à partir du littoral du lac Tanganyika et 50 m pour les lacs du Nord. Pour les rivières qui traversent la ville de Bujumbura, il s’agit de 25 m tout autour des berges. Selon Albert Mbonerane, activiste de l’environnement, lorsque le parlement burundais a siégé pour mettre en place et voter cette loi, ce n’était pas un jeu. C’était un combat pour amener la population et les services administratifs concernés à respecter le minimum de 150 m à partir du littoral du lac.
Ce qui se passe ailleurs en cas de catastrophes naturelles
Aux Etats-Unis, lorsque les catastrophes naturelles comme les ouragans surviennent, l’autorité publique lance ce qu’on appelle une alerte précoce dans l’optique d’attirer l’attention de la population. Par contre, au Burundi, on n’alerte pas les victimes potentielles. «Nous sommes dans le sauve qui peut. On peut être surpris pendant la nuit et se retrouver dans les eaux du lac. C’est chacun pour soi et Dieu pour tous», s’inquiète-t-il. Les habitants du quartier Buterere sont dans cette situation. S’il pleut pendant la nuit, la population elle-même se débrouille pour pouvoir échapper aux inondations et aux glissements de terrains. Elle s’est organisée pour lancer des cris d’alarme afin de réveiller ceux qui ont un sommeil profond.
L’extraction des moellons et du sable ajoute le drame au drame
Les dégâts pourront s’alourdir si on ne respecte pas les zones tampons
Si on continue à construire dans les zones tampons, Mbonerane précise que les dégâts vont s’alourdir. On va demander au gouvernement de réparer les dommages, car ce sont ses services qui octroient des parcelles dans des endroits inhabitables. Ce qui est dramatique, c’est qu’on ne cesse pas d’octroyer des parcelles dans ces endroits. Demain, s’il y a des avocats spécialisés en la matière, le gouvernement va perdre les procès, car ce sont ses agents qui ont délivré les autorisations de bâtir.
Prudence au service de l’urbanisme
En principe, pour accorder ces autorisations de bâtir, on devrait analyser s’il s’agit d’une parcelle située dans un endroit habitable ou pas c’est-à-dire inondable ou pas. Si on ne cesse pas cette pratique, il fait savoir que le gouvernement est en train de se piéger. Il invite donc les services de l’urbanisme à être prudents dans leurs activités quotidiennes. Sinon, plusieurs infrastructures tant publiques que privées pourront s’effondrer dans les jours à venir. Il y aura beaucoup de sans-abris, peut-être des morts et des blessés.
Ce qui se passe au quartier Kibenga rural est dramatique
A titre illustratif, dans une descente effectuée par un reporter de Burundi Eco ce mercredi le 29 janvier 2020, pas mal d’infrastructures du quartier Kibenga rural sont érigées dans la zone tampon. Il y a des maisons situées à moins de 3 m du lac. Ce qui inquiète plus d’un est que certains habitants de ce quartier indiquent qu’ils ne savent pas qu’ils ont violé le code de l’eau.
Pour eux, ce dernier n’existe pas. S’Ils avaient été informés du contenu du code, ils disent qu’ils n’auraient pas accepter de dépenser des sommes faramineuses pour construire dans un endroit inondable. Ils indiquent que leur sécurité est menacée suite aux hippopotames qui errent dans cette localité pendant la nuit. D’autres y ont érigé des maisons. Ce sont des ignorants. Pourvu qu’ils aient leurs propres résidences dans la municipalité de Bujumbura.
Sachez que cette attitude est partagée par beaucoup de gens. Malheureusement, la nature reprend ses droits et commence à les sanctionner.
Le respect des lois, une bonne prévention
Selon Mbonerane, pour prévenir tous ces maux, il faut obliger la population à respecter les textes de loi qui protègent l’environnement en général et respecter le code de l’eau en particulier. Sinon, le danger reste imminent. Il indique que les hautes montagnes qui surplombent la ville de Bujumbura sont dénudées. Auparavant, elles étaient couvertes d’arbres de plusieurs espèces. Cela freinait la pression de l’eau au moment des pluies (la végétation retient l’eau et consolide les terres) dont la destination finale est le lac Tanganyika. S’il pleuvait, l’eau s’infiltrait dans le sol.
25 mètres tout autour des berges des rivières qui traversent la ville de Bujumbura ne sont pas respectés
Actuellement, elle coule directement vers les rivières puis le lac. A cet effet, les eaux du lac peuvent par exemple monter à tout moment comme c’est arrivé en 1963. Les eaux du lac Tanganyika étaient arrivées jusqu’au niveau des bâtiments de la Radio Nationale du Burundi. Si le lac reprend sa place comme en 1963, les dégâts seront inimaginables.
Ce qu’il faut aussi savoir sur le code de l’eau
Le code de l’eau donne aussi d’autres précisions pour préserver l’environnement et protéger la santé humaine. Selon ce dernier, la zone tampon est une région jouxtant une aire protégée dans laquelle les activités sont particulièrement limitées pour assurer une protection supplémentaire à l’aire protégée tout en apportant des avantages non négligeables aux communautés rurales du voisinage.
L’article 43 de ce dernier stipule que le périmètre de protection est un contour délimitant le domaine géographique à l’intérieur duquel est interdite toute activité susceptible de porter atteinte à la conservation qualitative des ressources en eau. Il a pour objet d’assurer la protection qualitative des eaux qui proviennent des nappes phréatiques et des rivières ainsi que des cours d’eau.
L’article 45 stipule qu’à l’intérieur des périmètres de protection, les dépôts, les installations et les activités de nature à nuire directement ou indirectement à la qualité de l’eau ou à la rendre impropre à la consommation sont interdits. L’interdiction porte principalement sur des activités précises. Ce sont entre autres les dépôts d’ordures ménagères, d’immondices et de détritus, l’épandage du fumier, l’abreuvement, le parcage ou l’élevage d’animaux, les dépôts d’hydrocarbures et de toutes les substances présentant des risques de toxicité, notamment les produits chimiques, les engrais et les pesticides. Il s’agit aussi de l’exploitation des carrières ou d’autres substances minérales à ciel ouvert, l’installation des cimetières, le dépôt des boues de vidange des fosses septiques et l’installation des canalisations des eaux usées de toute nature.
Notons que l’article 53 ajoute qu’il est interdit de jeter des cadavres dans les eaux ou de les enterrer à moins de 500 m des puits, des fontaines, des abreuvoirs publics ou des périmètres de protection de l’eau. Dans les zones où le nappe phréatique est à moins de deux mètres de profondeur, il est interdit d’installer des cimetières, d’enterrer des cadavres, de creuser des latrines, d’installer des décharges publiques ou d’y pratiquer des enfouissements de nature à entrainer la pollution de l’eau.