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« Le prix du kilo de café cerise reste dérisoire »

En marge de la compétition des  cafés de spécialité « Cup of Excellence », édition 2018, une réunion s’est tenue entre les caféiculteurs et les acheteurs potentiels. C’était dans le but d’échanger sur les défis qui minent le secteur du café. D’une part, le prix au kilo de café cerise qui reste dérisoire, le manque d’intrants agricoles, le retard des paiements inquiètent les caféiculteurs. Et, d’autre part, les tracasseries de transport et les fluctuations des prix sur le marché international ne rassurent pas les acheteurs

Les caféiculteurs et les acheteurs échangeant sur les défis du secteur café.

Le ministre de l’Environnement de l’Agriculture et de l’Elevage, Dr Déo Guide Rurema a indiqué que le café contribue au développement socio-économique des ménages. Le café apporte plus de 60% des recettes d’exportation. Les caféiculteurs reçoivent 75% des recettes du café et le reste est orienté vers les projets de développement du pays. C’est pour cette raison que le Gouvernement a redoublé d’efforts pour redynamiser le secteur du café. Ceci pour accroître la productivité et améliorer la qualité du café. Par le biais du ministre en charge de l’agriculture, le gouvernement demande aux différents intervenants dans le secteur de redoubler d’efforts pour augmenter la production et la qualité du café. Entre autres actions à mener c’est assurer le suivi du café, car il a un goût exceptionnel, la diversification des marchés et si possible ceux qui ne dépendent pas directement du marché international du café. En ce sens celui qui serait intéressé aura le soutien du gouvernement via le corps diplomatique et consulaires accrédité dans différents pays, a annoncé Dr  Rurema.

Les caféiculteurs se lamentent

Le travail que nécessite la production du café est considérable. Les coûts en termes de main d’œuvre et d’achat des intrants (engrais, etc.) sont souvent au-delà des moyens dont disposent les paysans, affirment les caféiculteurs. Ils évoquent également le manque de matériel pour entretenir les vergers et rassembler la récolte. « Cette année suite à l’augmentation surprise de la production, j’ai manqué d’équipements pour faciliter la cueillette », déplore un caféiculteur. Là où le bât blesse, c’est au niveau du prix du café cerise. Ils estiment que le prix de 500 FBu au kilo de café cerise reste dérisoire comparativement au coût de production. Les salaires des travailleurs ne cessent d’augmenter alors que le prix du café cerise reste stable. « Le café est trop exigeant.

Du paillage au transport du café cerise en passant par la fertilisation et la cueillette du café cerise, ce sont des opérations qui demandent beaucoup d’investissements. Le travailleur journalier est payé entre 2000 et 3000 FBu. De plus, je dois acheter des intrants, disposer de  frais de transport du café cerise, etc. A mon avis, on devrait nous donner au moins 1.000 FBu par kg de café cerise, estime Venant Ndabashinze, caféiculteur de la province Ngozi.

En réalité, les recettes du café ne profitent qu’aux dépulpeurs et aux exportateurs alors que les caféiculteurs demeurent dans la misère. Les études menées sur le secteur du café démontrent à suffisance que le travail des caféiculteurs est peu valorisé. Pour le café arabica, les producteurs reçoivent moins de 4% du prix de vente final.  Les détaillants en gardent 20% et les torréfacteurs 70%. La Confédération Nationale des Associations des Caféiculteurs (CNAC) se dit préoccupée par le vécu quotidien des caféiculteurs. En ce sens, par la voix de son président, elle demande  un prix compatible avec les efforts fournis par les caféiculteurs lors de la production.

Les acheteurs demandent l’amélioration des conditions de transport

Les acheteurs étrangers ont été surpris d’entendre que certains caféiculteurs réclament encore l’augmentation des stations de lavage du café cerise. En ce qui les concerne, ils se lamentent des coûts de transport qui sont exorbitants pour acheminer le café vers les marchés internationaux. De plus, la durée est assez longue pour que les marchandises arrivent à destination.  Les frets transitent d’abord par le port de Dar-es-Salam en Tanzanie avant d’accoster sur les quais des ports asiatiques, européens ou encore américains. Ils demandent au gouvernement de redoubler d’efforts pour faire fonctionner le fret aérien jugé plus rapide et moins coûteux.  A côté des difficultés liées au transport du café, les acheteurs s’inquiètent également de l’instabilité des cours du café sur le marché international. Le prix du café connait une tendance baissière sur le marché international ces derniers temps.

Le gouvernement se dédouane

Face à toutes ces préoccupations des caféiculteurs, la réponse du ministre en charge de l’agriculture est sans appel. Dr Rurema affirme que le prix du café n’est pas relativement bas comme certains le prétendent.

« Depuis 2016, le gouvernement a fixé le prix du café cerise à 500 FBu par kg. Auparavant, il y avait des spéculations des acheteurs. Le prix oscillait entre 380 FBu et 430 FBu au kilo chez les paysans », dit-il. Et le ministre Rurema de poursuivre que le gouvernement du Burundi a plutôt pris la décision de défendre l’intérêt du caféiculteur en augmentant et en stabilisant le prix minimum à 500 FBu le kilo de café cerise.

Sur la question relative au manque de fertilisants et de produits phytosanitaires ainsi que de matériel à utiliser dans le secteur du café, le ministre rassure. « Nous n’avons plus le problème d’intrants. « Le Projet d’Appui à la Compétitivité du Secteur Café (PACSC) financé par la Banque Mondiale a liquidé cette problématique. Il va mener des activités allant dans le sens de supporter et d’encourager la population que ce soit dans le renouvellement du verger ou dans la facilité des  intrants et du matériel dont la population a besoin », fait-il savoir.

D’ailleurs, Dr Rurema en appelle aux caféiculteurs pour  continuer à œuvrer dans l’optique d’améliorer le rendement et la qualité du café. De son côté, le Gouvernement ne va ménager aucun effort pour développer la culture du café que ce soit à travers la sensibilisation des caféiculteurs, la distribution des jeunes plantules en remplacement des vieux vergers de café, la disponibilité des engrais et d’autres matériels via le projet PACSC financé par la Banque mondiale

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