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Le travail des domestiques toujours fustigé

Ils sont plusieurs ces jeunes de la campagne à se présenter candidat aux services domestiques en ville. La vie difficile dans les campagnes les contraint à l’exode rural. Bujumbura, la capitale économique en abrite sans nul doute plus d’exilés de la campagne que toutes les autres villes du pays

Souvent surnommés « kadogo » par la famille hôte, ces jeunes parfois en bas âge sont inévitablement forcés à devenir plus responsables et apprennent à vivre des situations plus difficiles loin de leurs parents. Emmener les enfants à l’école, faire la cuisine, la lessive des habits, la propreté de la maison,…toutes les tâches domestiques  à leur reviennent.

Dans une famille, les garçons sont le moins sollicités. Les domestiques de sexe féminin peuvent être polyvalentes. Celles-ci souffrent davantage quand elles sont obligées de s’occuper de tous les travaux de la maison et de la garderie des enfants. Dans les familles à revenus moyens, ils peuvent avoir la chance de travailler à deux, en se partageant les tâches. Au cas contraire, la naissance d’un enfant dans une famille ayant à son service un garçon exige de changer de domestique.

Souvent surnommés « Kadogo » par la famille hôte, loin de leurs parents, ces jeunes parfois en bas âge sont forcés à devenir plus responsables

Travail trop dur pour un salaire dérisoire

Le travail des domestiques est celui de tous les maux. Il est 20 heures passé. Il vient d’apprêter le souper et nous le retrouvons pour un rendez-vous préfixé dans l’avant midi.  Frédéric Nzeyimana est un jeune originaire de la commune Busoni en province de Kirundo. Ayant déjà travaillé pour quatre ménages dans différents quartiers de la capitale, ce jeune homme semble avoir de l’expérience. Le premier salaire élevé qu’il a reçu ne dépasse pas 35000 FBu.  Il affirme n’avoir jamais été chassé par son patron par suite d’un quelconque manquement. «La première fois que j’ai été mis à la porte, la femme de mon patron attendait un bébé et on devait recruter une fille». Nzeyimana a dû attendre chez son ami avec qui il passait la nuit à l’insu de ses patrons avant d’avoir un autre job un peu plus tard.

Durant son séjour en ville comme domestique, il a eu des amis de carrière. Il en connait qui ont été chassés injustement. Il accepte toutefois qu’il y en a qui ne s’occupent pas bien de leur tâche et qui précipitent leur mis à l’écart. Pour lui, les patrons sont parfois injustes et ne veulent même pas écouter les explications des travailleurs considérant cela comme un affront porté à leur égard. Nzeyimana préfère travailler pour des célibataires. Il juge que les familles sont trop exigeantes. « Le mari et la femme peuvent des fois vous donner des ordres différents sur un même travail, chacun voulant demander ses comptes. C’est difficile », explique-t-il. Ce jeune homme dit que les travailleurs domestiques dorment souvent dans des pièces mal équipées qui ne leur permettent pas de se reposer après une longue journée de travail. Il a lui-même dormi sur une petite natte dans une cuisine sans porte.

Pour les filles, la situation devient grave quand elles tombent enceintes. Nzeyimana n’a pas beaucoup d’amis dans ce camp, mais il est au courant de certaines réalités. Quand les filles domestiques tombent enceinte, elles retournent à la campagne directement. Il y en a qui restent à déambuler dans les quartiers, à exercer de petits métiers. « Si le garçon auteur de cette grossesse n’a pas de moyens pour la prendre avec lui, il lui donne une certaine somme d’argent et elle se débrouille seule », indique-t-il.   

Leur travail n’a pas de garantie

Nzeyimana affirme qu’il existe des travailleurs qui se méconduisent dans leur travail. Mais, selon lui, il s’agit d’un travail sans aucune garantie. Le patron te met à la porte quand il veut. « Dernièrement, le renvoi de celui qui travaillait chez notre voisin m’a choqué. Son boss lui avait demandé d’attendre sa confirmation avant de mettre à terre les pommes de terre qu’il avait achetées. Quand il est revenu, il l’a accusé de n’avoir pas exécuté ses ordres. Il n’a même pas voulu l’écouter. Il l’a directement expulsé », confie-t-il. Ce jeune garçon de Busoni, jamais renvoyé de son travail n’est pas aujourd’hui rassuré. Il juge que la vieille mère pour laquelle il travaille est trop dure surtout qu’elle souffre des oreilles. Nous avons voulu savoir comment les associations qui œuvrent en faveur des domestiques interviennent. Nzeyimana fait remarquer que beaucoup de travailleurs domestiques n’y adhèrent pas parce que là-bas on exige de l’argent.

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