L’ignorance, le manque d’équipements et de moyens financiers suffisants, l’absence d’un centre de surveillance des feux de brousse, etc., autant de défis qui expliquent les incendies répétitives des réserves floristiques et faunistiques burundais. Pourtant, cela s’observe malgré l’existence des textes réglementaires on ne peut plus clairs à ce sujet. Léonidas Nzigiyimpa, Représentant légal de l’association Conservation et Communauté de Changement(3C) nous décrit la situation
« Plus de 200 ha partis en fumée au niveau de Rukambasi en commune Nyanza-lac », explique Léonidas Nzigiyimpa, Représentant légal de Conservation et Communauté de Changement se référant au rapport des agents de l’Office Burundais pour la Protection de l’Environnement. Il déplore que la réserve naturelle de Vyanda prend feu presque toutes les saisons sèches. Selon lui, on a observé ces derniers temps des feux de brousse dans la réserve naturelle de Bururi où plus de 50 ha sont partis en fumée. Il qualifie cela de fléau. Un phénomène inquiétant parce que les ravages occasionnés par ces feux de brousse sont extrêmement nombreux et néfastes d’autant plus que ce sont des feux tardifs contrairement aux feux précoces.
Nuance entre feux précoces et feux tardifs
Les feux précoces sont des feux de gestion. On les observe au mois d’avril et de mai quand il y a encore de la pluie pour gérer les pâturages, pour créer de l’herbe fraîche. Dans les aires protégées où il y a des mammifères tels que les bovidés, les petits et grands mammifères, c’est là où il faut pratiquer ces feux parce qu’il faut des pâturages pour ces animaux. Par contre, souligne Nzigiyimpa, vous devez lutter farouchement contre les feux tardifs. On les observe aux mois de juin, juillet, août, septembre et même début octobre. Il faut les éviter parce que ce sont des feux ravageurs et violents. Pendant la saison sèche, l’herbe est déjà sèche, la biomasse est sèche et quand il y a des feux, ils dévastent tout, détruisent tout. Toute la biodiversité floristique et faunistique est détruite par ces feux. Par contre les feux précoces sont moins violents. C’est pourquoi on dit que c’est un outil de gestion des écosystèmes naturels des aires protégées. Les gestionnaires de cet espace circonscrivent la zone à brûler quand il faut brûler avec des objectifs bien précis pour créer des pâturages. Il précise que c’est ce qui a été fait au niveau du parc national de la Ruvubu quand il y avait maîtrise de la gestion de cet espace pour créer des pâturages pour les buffles qui subsistent dans ces aires protégées.
Au moins 50 hectares ont été dévastés par le feu dans la réserve naturelle de Bururi.
Des châteaux d’eau mis en question
« Presque toutes les aires protégées du Burundi sont des châteaux d’eau », rassure Nzigiyimpa. Il précise que quand vous allumez les feux tardifs, la couverture végétale est éliminée. Par conséquent, pendant la saison de pluie, les eaux ne sont plus retenues et ne s’infiltrent pas dans les bas-fonds. L’autre conséquence évoquée, est que quand les gaz à effet de serre, notamment le gaz carbonique (CO2) sont renvoyés dans l’atmosphère, vous contribuez dans l’aggravation des effets néfastes dues au changement climatique. Pourtant, le code forestier empêche la destruction des forêts par les feux de brousse. Des amendes sont prévues jusqu’à plus de 2 millions de FBU et des cas d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à 5 ans. Il déplore que la mise en application de ces lois reste problématique. M. Nzigiyimpa témoigne avoir connu des cas de gens qui ont été appréhendés pour avoir brûlé une réserve naturelle et qui ont été vite relâchés.
Défis de technicité, d’équipements et de fonds
« La protection de l’environnement, la lutte contre les feux de brousse, exigent des moyens. Les agents chargés de la protection des aires protégées ne sont pas suffisamment outillés, n’ont pas suffisamment d’équipement. Ce sont des va-nu-pieds. Ils ne peuvent pas intervenir rapidement. Ils n’ont pas de moyens de déplacement ou de communication. Ils n’ont pas matériels pour éteindre de feu alors qu’il y a des matériels appropriés pour ce genre d’activités. », regrette le représentant légal de 3C. A cela s’ajoute le manque d’un centre de surveillance des feux de brousse comme il est d’usage dans les autres pays.
Maintenant, les nouvelles technologies de l’information et de communication sont mises à profit pour contribuer à la lutte contre les feux de brousse à travers la surveillance et la prévention. Il déplore que dans notre pays, ils n’y a pas de technologie qui permet à chaque instant de détecter le feu par des images satellitaires à partir d’un bureau où on surveille toute l’étendue de la République. Quand on évoque les superficies et les récurrences de ces feux de brousse, on constate que les chiffres qui ne reflètent pas la réalité. Les agents de protection des aires protégées n’ont pas les moyens d’aller sur les lieux où est survenu l’incendie pour relever les données exactes. Très peu d’agents forestiers disposent de GPS (Global Positioning System) alors que chacun devrait en avoir un.
Qualité et capacité du personnel précaires
« Il n’y a pas de police de l’environnement ». Le représentant légal de 3C rappelle qu’à un certain moment, une police de l’environnement a été créée et que par après il a été supprimé. L’OBPE (Office Burundais pour la Protection de l’Environnement) utilise des gardes forestiers et des Eco gardes. Ceux-ci ne sont pas organisés comme ils le sont dans les autres pays. Dans d’autres pays, souligne-t-il, les services des eaux et forêts s’appellent les paramilitaires ou les corps habillés. Ce sont des gens qui comparativement à nos gardes forestiers sont plus outillés, qui font une formation paramilitaire pour faire face aux défis qui se posent par rapport à la protection de la biodiversité floristique et faunistique. Dans notre pays, ce sont des gens non équipées qui travaillent comme les autres fonctionnaires. Les infractions qui surviennent dans ces espaces se commettent à tout moment et ils n’ont pas les moyens d’y faire face. Sur le plan quantitatif, ajoute-t-il, ils sont moins nombreux et sur le plan qualitatif, ils n’ont pas suffisamment de compétence. Encore ils ne sont pas suffisamment motivés. Les salaires sont très bas. Ce qui ne leur permet pas de pouvoir se sacrifier pour ce travail combien noble, combien difficile. Il suggère une conservation de la biodiversité des réserves naturelles qui prend en compte l’amélioration des conditions de vie de la population riveraine parce que, rassure Nzigiyimpa, l’une des causes de la destruction des ressources naturelles c’est la pauvreté.