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L’endettement intérieur explose, les investissements tarissent

La dette publique intérieure frôle les 2 000 milliards de FBu. Ce basculement du pays vers l’endettement intérieur n’augure rien de bon pour les agents économiques. Les investisseurs privés peinent à mobiliser les financements. Et cela a une incidence sur l’économie nationale toujours fragile 

Le dernier rapport de la politique monétaire paru en juin 2020, montre que le Burundi s’endette davantage en interne. La dette publique intérieure s’élève à 2 444 milliards de FBu, soit une augmentation de 18%, apprend-on du rapport de la Banque de la République du Burundi (BRB). La dette publique intérieure est composée essentiellement des titres du Trésor et des avances de la Banque centrale et elle représente 71,6% de la dette publique totale.

La courbe ascendante de la dette publique inquiète plus d’un. Le surendettement interne a pour conséquence d’alourdir le fardeau de la dette, prévient Dieudonné Nyunguka, expert économiste. L’Etat est en train de se lier les mains. L’encours de la dette est en nette augmentation au fil des années. Le pays sera dans l’obligation de rembourser ses créanciers, rappelle-t-il.

Pourquoi les pays s’endettent ?

La dette publique a deux composantes, à savoir : la dette extérieure et la dette intérieure. Généralement, les pays en voie de développement accusent toujours un déficit budgétaire. Ainsi, ils s’endettent pour financer ce déficit budgétaire. Dans ces conditions, la gestion de la dette publique devient un véritable casse-tête, détaille l’économiste Nyunguka.

Pour le cas du Burundi, à partir de 2014, il s’observe un basculement de l’endettement extérieur vers l’endettement intérieur. Et ce n’est pas pour demain que le Burundi sera à mesure de se débarrasser de la dette publique, analyse Dr Nyunguka, expert économiste.

Un ralentissement des flux d’investissements

L’endettement crée l’effet boule de neige. Ce qui signifie que plus l’encours de la dette augmente, plus les intérêts augmentent aussi. Et les investissements sont handicapés parce que l’Etat va se retrouver encore une fois à court de ressources pour honorer ses engagements ou réaliser ses projets d’investissements publics. Les principales ressources restent dominées par les impôts et les taxes. « Actuellement, les recettes intérieures financent le budget de l’Etat à hauteur de 90 %. C’est un grand pas dont tous les contribuables et les Burundais devraient se féliciter », a déclaré Dr Domitien Ndihokubwayo, actuel ministre des Finances en marge de la célébration de la journée du contribuable.

Le plus grand danger est que 75% de la dette publique sont mobilisés pour assurer les affaires courantes de l’Etat, s’inquiète l’économiste Nyunguka. Il s’agit d’une dette contractée pour les frais de fonctionnement de l’Etat. « Si on investissait, l’espace budgétaire serait élargi à travers la promotion ou l’appui de futurs contribuables », suggère M. Nyunguka.

En conséquence, fait-il remarquer les investisseurs privés éprouvent d’énormes difficultés pour décrocher des crédits. En principe, les ressources financières disponibles sur le marché local se répartissent entre les différents agents économiques du secteur public et privé.

Un effet d’éviction se dessine 

A fortiori, le secteur public dispose du privilège de garantie de la Banque centrale. Cela constitue l’endroit d’investissement le plus sûr pour l’épargnant ou pour l’institution financière qui disposent des ressources financières, révèle M. Nyunguka. Ainsi, les secteurs public et privé se livrent une concurrence acharnée. Comme résultat, le secteur public va évincer le secteur privé. C’est ce qu’on appelle l’effet d’éviction, décrypte notre interlocuteur.

En analysant les encours des crédits du secteur public et ceux du secteur privé, on constate que l’encours de la dette publique augmente alors que l’encours de la dette du secteur privé régresse. Les banques et/ou les institutions financières préfèrent prêter de l’argent au secteur public au détriment du secteur privé. Ce qui entrave le développement du secteur privé, déplore-t-il.

Quel modèle d’endettement pour le Burundi ?

D’après Nyunguka, le choix entre la dette extérieure et la dette intérieure est une question complexe de gestion des finances publiques. La dette extérieure a un effet négatif sur la balance des paiements. Elle se contracte et se rembourse en devises. Si les devises prêtées sont utilisées à bon escient, le remboursement interviendra après avoir généré des ressources propres. Dans le cas contraire, une dette publique est destinée à l’importation des consommables ou autres produits. Cela va créer une pression sur les réserves de change disponibles.

D’où un déséquilibre chronique de la balance des paiements et de la balance commerciale. L’économiste Nyunguka reste prudent quant au type de dette qui conviendrait dans le cas précis. C’est une question d’études et d’analyse pour faire de bons choix, surtout au niveau de la gestion de la dette et des finances publiques dans l’ensemble. Il faut un dosage entre la dette extérieure et la dette intérieure. Cette dose doit être calibrée ou mesurée en tant que gestionnaire des finances publiques. D’ailleurs, conclut-il, il n’y a aucun pays au monde qui peut se passer de la dette. L’Etat demeure un agent économique très important qui a d’immenses projets. Et les ressources intérieures ne permettent pas de réaliser tous ces projets. Le grand souci se retrouve au niveau de la gestion efficace des finances publiques.

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