Le ministère de la Fonction Publique, du Travail et de l’Emploi en collaboration avec l’Ong locale CREOP-Jeunes a organisé une séance d’information et de sensibilisation à l’endroit des jeunes chômeurs. C’était dans le but d’éveiller la curiosité des jeunes en situation de chômage pour embrasser la carrière entrepreneuriale. Au cœur des débats, l’entrepreneuriat perçu comme un antidote au phénomène de chômage. Les échanges ont largement rencontré les attentes des participants
Mme Lydie Ndayishimiye, Coordinatrice Nationale de CREOP-Jeunes : « Une stratégie pour appuyer les efforts du gouvernement dans l’employabilité des jeunes a été adoptée ».
Le gouvernement du Burundi est engagé et mène chaque jour un combat pour créer l’emploi en général et celui des jeunes en particulier. La préoccupation du gouvernement est d’autant plus fondée que chaque année, plusieurs milliers de jeunes quittent le banc de l’école et se retrouvent souvent en situation de chômage, a indiqué Mme Lydie Ndayishimiye, Coordinatrice Nationale de l’Ong Création des Opportunités pour les Jeunes au Burundi (CREOP-Jeunes).
Elle appelle toutes les parties prenantes à conjuguer les efforts pour trouver une réponse durable à cette problématique. Le secteur privé et les organisations de la société civile œuvrant au Burundi ont donc un rôle important à jouer.
Pourquoi une séance de sensibilisation ?
La séance de sensibilisation rentre dans la catégorie des activités prévues par le ministère en charge de l’emploi. Il s’agit également de la mise en œuvre de la politique nationale de l’emploi en vigueur, précise M. Benjamin Nkeshimana, Directeur Général du travail au ministère de la Fonction Publique, du Travail et de l’Emploi.
M. Benjamin Nkeshimana, Directeur Général du travail : « Les places disponibles sont très limitées alors que le nombre de chômeurs augmente ».
A travers le monde, les Etats éprouvent d’énormes difficultés pour réduire le taux de chômage surtout chez les jeunes, indique-t-il. Le Burundi ne fait pas exception à la règle. Il explique que dans le temps, les jeunes fraîchement sortis de l’université étaient directement embauchés au niveau de la fonction publique. « Les temps sont révolus. La fenêtre d’opportunités se referme. Le recrutement se limite au remplacement de ceux qui partent à la retraite et les décès. Les places disponibles sont très limitées alors que le nombre de chômeurs augmente. Ainsi, les jeunes doivent impérativement changer de mentalités », relate M. Nkeshimana. L’Etat ne peut pas embaucher tout le monde. Il invite les jeunes à créer leurs propres emplois via les associations et les coopératives. Cela permettra de développer le secteur privé. Ce cadre insiste sur la reconversion professionnelle au moment où certaines filières de formation ne sont pas adaptés aux réalités du pays.
Accroître la compétitivité du pays
Dans son exposé, Mme Nicelate Nibayubahe, directrice de l’administration du travail et des relations professionnelles au ministère ayant la fonction publique dans ses attributions revient sur la culture entrepreneuriale. Elle évoque le déséquilibre entre l’offre et la demande sur le marché de travail. Les demandeurs d’emplois sont plus nombreux que les postes à pourvoir. Ce qui accentue le phénomène de chômage. Dans ces conditions, l’entrepreneuriat devient un impératif pour créer de l’emploi et générer des revenus. Entre autres motivations pour entreprendre : le besoin ou la volonté d’entreprendre, la soif d’être indépendant (être son propre patron), ou encore la passion pour une activité ou un produit.
Mme Niyubahwe relève quelques avantages liés à l’entrepreneuriat. Il permet de générer des profits, d’acquérir de l’expérience, d’assoir et confirmer sont statut au niveau de la société et de donner un sens et valoriser ce que l’on fait, énumère-t-elle. En outre, l’entrepreneuriat stimule la compétitivité et favorise l’esprit d’innovation.
Pour le sénateur Claver Nduwimana, initiateur de la coopérative TUMBAMBIKE, les jeunes doivent saisir la balle au bond pour initier des activités entrepreneuriales. Ce technicien de l’industrie textile dispose d’un Centre de Formation Professionnelle en techniques de couture. Il ambitionne de créer une usine de confection des habits avec 11 000 emplois projetés. Honorable Nduwimana n’a pas fait de longues études, mais il est parvenu à réaliser son rêve d’enfance, à savoir : être couturier professionnel. Il reconnait que son business a connu des hauts et des bas. Cependant, il encourage les jeunes à oser entreprendre puisqu’il s’agit d’une mesure palliative au phénomène de chômage.
Les jeunes appelés à briser les stéréotypes
Mme Evelyne Ndikumana invite les jeunes à briser les tabous et les stéréotypes autour des petits métiers. Elle révèle que le secteur entrepreneurial regorge d’énormes potentialités. Les débuts sont toujours difficiles mais il faut persévérer. Mme Ndikumana est peintre autodidacte en même temps artiste qui évolue dans le secteur de l’artisanat. Elle excelle dans la fabrication des colliers à base des papiers recyclés ainsi que des perles importées. Cette mère de quatre enfants s’est récemment lancée dans la fabrication des emballages biodégradables bon marché. Le business roule plutôt bien d’autant plus qu’elle est débordée par les commandes. D’où l’initiative d’inculquer aux autres jeunes le métier des arts.
Ernest Manirambona est informaticien de formation. Il tire le capital de son entreprise des frais de stage. Avec les 360000 FBu qu’il a gagné lors de son premier stage professionnel, il s’est acheté son ordinateur. Il a démarré son business par l’exploitation d’un secrétariat public avec un ordinateur, une photocopieuse d’une valeur de 1 500 000 FBu (crédit informel contracté auprès de ses connaissances). Les recettes évoluaient en dents de scie. Et il eut l’idée d’étendre ses services vers la fourniture du matériel bureautique. Apparemment, la technique de porte à porte lui a valu des succès. Il a réussi à convaincre les chargés des achats dans plusieurs bureaux de la capitale économique. M. Manirambona s’approvisionnait à crédit pour payer le fournisseur plus tard (après le recouvrement chez ses clients). Il est déterminé à jamais à conquérir le marché sous régional à la recherche de nouvelles opportunités d’affaires.
Les bénéficiaires s’émerveillent
Eric Hakizimana, un des jeunes bénéficiaires de la formation fait part de ses sentiments de gratitude envers les organisateurs. Il salue les initiatives de CREOP-Jeunes pour promouvoir l’employabilité des jeunes au Burundi. Il a rejoint cette organisation pour acquérir l’expérience qui lui permettra d’affronter le marché du travail. Il reste confiant quant aux avantages qu’il va tirer des stages professionnels impulsés par CREOP-Jeunes. Par rapport à la séance de sensibilisation, il a retenu le fait de ne pas attendre tout de l’Etat. Pour lui, il n’y a pas de sot métier pourvu qu’on gagne sa vie. Ce ne sont pas les activités qui manquent mais les jeunes sont moins créatifs. L’activité ouvre les horizons pour ce trentenaire.
Les participants ont invité les responsables de CREOP-Jeunes à multiplier les occasions d’échange sur le secteur entrepreneurial.
Mlle Florence Sengiyumva abonde dans le même sens. Cette pharmacienne de formation fait savoir qu’elle a fréquenté l’Ong CREOP-Jeunes pour maximiser les chances d’avoir un emploi. Elle a été satisfaite par les échanges de la séance de sensibilisation. Elle garde de l’espoir de survivre à, la période de chômage, car elle était à la croisée des chemins. Les témoignages des jeunes entrepreneurs lui ont permis de développer l’engouement de créer son emploi. Ornella Iradukunda n’a pas eu la chance de terminer ses études. Elle a échoué au test national et a décidé de lutter pour sa survie. La séance de sensibilisation a renforcé ses capacités entrepreneuriales. A l’issue de la séance de sensibilisation, elle affirme qu’elle a acquis pas mal de compétences dans le domaine entrepreneurial. Elle a été fortement touchée par le partage d’expériences des jeunes. Bref, l’autonomisation financière est cruciale pour aspirer au développement durable.
Les participants ont invité les responsables de CREOP-Jeunes à multiplier les occasions d’échange sur le secteur entrepreneurial, y compris dans les provinces.
CREOP-Jeunes au chevet des jeunes en situation de chômage
D’après la coordinatrice nationale de l’Ong CREOP-Jeunes, une stratégie pour appuyer les efforts du gouvernement dans l’employabilité des jeunes a été adoptée. Ainsi, CREOP-Jeunes a déjà placé plusieurs jeunes dans entreprises privées pour des stages professionnels et d’autres ont déjà trouvé de l’emploi. Les entreprises réparties dans divers secteurs d’activité accueillent et accueilleront les jeunes pour les aider à acquérir de l’expérience afin que ces derniers soient outillés pour l’auto-emploi, déclare Mme Ndayishimiye. Elle a remercié le ministère du Travail pour la franche collaboration avec ses partenaires dont l’Ong CREOP-Jeunes.
CREOP-Jeunes est une organisation non gouvernementale engagée dans la promotion de l’employabilité des jeunes au Burundi. Elle travaille avec différentes entreprises publiques et privées qui acceptent d’accueillir les jeunes en tant que stagiaires professionnels ou en tant que volontaires pour continuer à renforcer les connaissances acquises à l’école, mais aussi acquérir l’expérience qui leur permettra de se faire embaucher dans les mêmes structures ou ailleurs.