Site icon Burundi Eco

Les actrices burundaises cibles de toutes sortes de préjugés

La société burundaise a du mal à distinguer le rôle d’une actrice dans un film de sa vraie vie. Ces actrices en ressentent souvent les conséquences dans leur relation sociale. Cela constitue une barrière chez certaines filles talentueuses qui avaient les potentialités d’exceller dans ce métier. Pourtant, le métier d’acteur de film constitue un gagne-pain pour ceux qui ont su oser exploiter leurs talents et affronter les préjugés de la société    

« Une fille burundaise qui veut se lancer dans le monde cinématographique doit être plus que déterminée et être prête à en subir les conséquences qu’elles soient bonnes ou mauvaises », fait savoir Alice Niyogakiza, connue sous le nom de « Alice Niyo » dans les séries d’Indundi comedy. Selon elle, une fille burundaise qui se lance dans le cinéma sans conviction est prédestinée à échouer. Car, selon elle, ce métier présente plus de défis pour les filles que pour les garçons.  Dès le début de sa carrière, la fille burundaise affronte différents préjugés. D’abord, dans les yeux de la société, une fille qui passe devant les caméras en train de jouer dans des films fait directement figure de fille impolie. Gare à celle qui sera appelée à jouer un rôle diabolique. 

Il est souvent difficile pour la société burundaise de détacher la vie d’une actrice qui joue dans les films de sa vraie vie.

Quand la société ne détache pas l’actrice de sa vraie vie  

Selon Niyogakiza, il est souvent difficile pour la société burundaise de détacher la vie d’une actrice qui joue dans les films de sa vraie vie. Dans la plupart des cas, on lui colle le rôle joué dans les films et cela peut même lui créer des ennuis. « Quand j’ai commencé à jouer dans une comédie j’ai joué le rôle d’une prostituée. Dès la sortie de cette comédie, j’ai remarqué que l’entourage m’a compris autrement », témoigne-t-elle. Certains l’ont découragé ouvertement. Elle a d’ailleurs été pénalisée à l’église. « Ils m’ont expliqué que le rôle que j’ai joué dans cette comédie n’était pas compatible avec le comportement d’une chrétienne. Heureusement que j’étais prête à tout », fait-elle savoir.

Mme Rose Marie Twagirayezu connu sous le nom de «Muka munwa» dans l’émission Umubanyi niwe muryango et Mafoza dans l’émission « Murikirukuri » témoigne. « Dans toutes ces émissions, j’assurai les rôles des femmes impolies. En tout cas, des rôles que personne n’aurait souhaité tenir. Soit j’étais raciste, soit j’étais une extrémiste. En plus, je savais que parmi les fans de ces émissions, il y en avait beaucoup qui allaient me haïr à cause du rôle que j’ai joué. Mais que faire pour expliquer aux gens que le rôle joué par une personne dans un film ne reflète pas exactement sa vraie vie», se demande-t-elle. Un jour elle s’est retrouvée face à face avec les fans de ces émissions. « Je rigolais, j’échangeais avec eux. Lorsque je me suis présenté comme Mafoza, personne ne m’a cru. Ils me disaient qu’ils avaient en tête que Mafoza ne rigole pas, que c’était une personne inhumaine quoi », indique-t-elle.

Pourtant, on peut vivre de cela

Selon Twagirayezu, une fille burundaise ne devrait pas être victime du rôle qu’elle a joué dans un film. Elle devrait plutôt être soutenue et encouragée. « Être actrice dans les films est un métier comme tant d’autres. C’est d’ailleurs un bon métier. Cela va faire deux ans que je suis à la retraite et que je ne vis que de ce métier », témoigne-t-elle. Elle regrette qu’il y ait beaucoup de chômeurs et que parmi eux, il y en ait ceux qui pouvaient exploiter leurs talents, se faire de l’argent et vivre de cela. Mais, de peur d’être jugés par la société, la plupart peinent à exploiter leurs talents.

Mlle Niyogakiza ne dit pas le contraire. Selon elle, les acteurs jouent des rôles qui ne reflètent pas nécessairement leur vraie vie, juste pour donner des enseignements à partir de ces films. « Les films reflètent les réalités sociales et ces réalités reflètent le bien et le mal. Nous ne pouvons pas tous prendre les bons rôles et à qui seraient réservés les moins bons ? », fait-elle savoir. Selon la psychologue Médiatrice Nibaruta, une personne qui a découvert son talent et qui le met au service de l’humanité devrait être encouragé au lieu d’être déconsidéré. Car, dit-elle, des cours bien maîtrisés ne garantissent pas absolument un job mais un talent bien exploité le fait.

Quitter la version mobile