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Les investisseurs appelés à appuyer le secteur agricole

La majorité des agriculteurs Burundais (90%) pratiquent l’agriculture de subsistance. Pourtant, certains investisseurs dans le secteur s’en sortent bien. C’est le cas de Charles Mbonankira qui a réussi à transformer les exploitations agricoles en un véritable business. Il a déjà créé 200 emplois directs. La production augmente en flèche et le surplus est commercialisé. Il invite les pouvoirs publics et les investisseurs privés à s’impliquer davantage pour satisfaire le marché local

Depuis bientôt 10 ans, M. Charles Mbonankira, un agri-éleveur de la province de Kayanza pratique l’agriculture de marché. Il exploite près de 100 ha dans deux provinces du Nord du pays, à savoir : Kayanza et Ngozi. Les principales cultures qu’il développe sont notamment : les pommes de terre, le riz, le maïs, les haricots et le manioc.

Charles Mbonankira, agri-éleveur : « Le pays ne peut pas se développer sans que les secteurs de l’agriculture et de l’élevage soient rentabilisés »

M. Mbonankira est reconnu par le ministère de tutelle comme multiplicateur de semences sélectionnées.Pour  ce faire, il dispose d’un Centre de Multiplication des Semences au Burundi (CMSB en sigle). Burundi Eco l’a rencontré dans ses exploitations agricoles à Ngozi. Il parle de son expérience mais aussi des défis qui hantent le secteur agricole.

Les conditions de vie des ménages s’améliorent

L’agri-éleveur Mbonankira exploite les sites agricoles de Mivo, Cigumije et Nemba dans la province de Ngozi et Kabarore dans la province de Kayanza. Il se réjouit du pas déjà franchi. Le surplus de la production est commercialisé et l’autre partie est réservée aux semences.  « L’agriculture m’aide à subvenir aux besoins de la famille. J’ai fait de l’agriculture mon métier et ma principale source des revenus », s’émerveille M. Mbonankira. En outre, les travaux champêtres font vivre les familles de mes ouvriers agricoles (entre 150 et 200-dont la majorité sont des femmes). Chaque ouvrier gagne de 1500 FBu par jour.

Les ouvriers agricoles affirment qu’en plus des revenus, ils acquièrent de nouvelles techniques agricoles. « J’ai appris comment on fait le semi en ligne, les avantages de la fertilisation ainsi que l’importance des courbes de niveau sur les terrains de forte pente », témoigne M. Damascène Bucumi, un des ouvriers rencontré sur les lieux. Mbonankira les encourage à travailler en association. Les plus démunis d’entre eux ont un accès gratuit aux intrants agricoles et à un espace arable pour faire face à l’insécurité alimentaire, affirme-t-il.

La gestion et la transformation des récoltes, un challenge

La production de maïs peut dépasser 40 tonnes par saison tandis que celle de pommes de terre oscille entre 50 tonnes et 100 tonnes par an. Mbonankira dispose actuellement d’un stock de 12 tonnes de prébases de pommes de terre. D’ici le mois de septembre, il aura au moins 50 tonnes de prébases.  L’année passée, la capacité de stockage des hangars a été dépassée au cours de la saison culturale B en 2018.  Certes la production augmente d’années en années, mais elle n’est pas stable. C’est d’ailleurs ce qui explique en partie la réticence des investisseurs envers les activités agricoles, dit-il. A ce titre, il appelle les Burundais surtout les intellectuels à en découdre avec les mentalités selon lesquelles celui qui est riche prend des distances avec l’agriculture « Uwukize akira isuka ». Sous d’autres cieux, les fermiers sont des personnes instruites qui pratiquent l’agriculture industrielle, constate-t-il.

En évoquant l’expérience vécue dans les autres pays en matière de stockage des produits agricoles, Mbonankira estime que la construction des hangars ne suffit pas. Pour ce faire, l’intérieur doit être aéré, la température doit être constante durant la période de stockage et les produits doivent être bien étalés.

L’accès au financement, une embûche

Selon Mbonankira, le secteur agricole fait face à de nombreux défis. Ce sont entre autres l’accès au financement pour les agri-éleveurs. Malgré l’existence des institutions financières, le financement du secteur agricole reste minable. Les établissements financiers octroient des crédits agricoles à court terme avec des taux d’intérêts élevés. Les autres agriculteurs de la sous-région contractent des crédits à un taux d’intérêt de 4% alors qu’au Burundi il est de 19%, regrette-t-il. Le gouvernement devrait mettre en place un fonds de garantie agricole pour faciliter l’accès au crédit à des taux d’intérêts raisonnables.

L’assurance agricole est également indispensable pour indemniser les agriculteurs en cas de catastrophes naturelles liées aux changements climatiques. L’autre défi est lié au marché d’écoulement. La surproduction entraine la chute des prix sur le marché. Les agriculteurs ont du mal à écouler leurs produits, car le prix de revient reste faible, déplore-t-il.

Comment booster le rendement agricole ?

La production agricole du pays ne parvient pas à satisfaire à la consommation locale. Pour lui, la mécanisation couplée à des techniques agricoles modernes est impérative pour espérer atteindre une auto-suffisance alimentaire. Le travail manuel ne favorise pas la production à grande échelle. Pour lui, le pays ne peut pas se développer sans que les secteurs de l’agriculture et de l’élevage soient rentabilisés. Si réellement 90% étaient des agriculteurs, il n’y aurait pas de famine. Car la majorité de la population serait capable de produire pour les 10% restants.

Dans ses perspectives, Mbonankira ambitionne investir davantage dans le secteur agricole pour migrer de l’agriculture de subsistance vers l’agrobusiness. Il projette l’achat des tracteurs pour améliorer le rendement et la mise en place d’un centre de transformation agroalimentaire.L’histoire retiendra de lui quelqu’un qui a révolutionné le secteur agricole au Burundi. Il ne se décourage pas et il semble déterminé pour réaliser ses rêves.

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