Les jeunes vivant avec le VIH subissent encore la stigmatisation et la discrimination que ce soit en milieu scolaire, au travail, dans les milieux sanitaires et dans les communautés. Le RNJ+, le gouvernement et les partenaires techniques et financiers déplorent cette situation. Ils demandent à tout le monde de faire preuve de sagesse
Le Réseau National des Jeunes Vivant avec le VIH/Sida (RNJ+) a organisé du 4 au 5 septembre 2019 le deuxième forum des jeunes vivant avec le VIH/ Sida. A cette occasion, Fabien Ndikuriyo, représentant légal de ce réseau s’est inquiété du fait qu’il s’observe encore des cas de discrimination et de stigmatisation des jeunes vivant avec le VIH que ce soit à l’école, au travail, dans les hôpitaux et dans les communautés.
A titre illustratif, Ndikuriyo a fait savoir qu’il y a un adolescent qui est enfermé dans une maison d’accueil et qui n’a pas le droit de sortir même pour s’approvisionner en ARV. De plus, il y a une jeune fille de la commune Buraza en province Gitega qui a abandonné l’école parce que son directeur a tenu une réunion avec tous les délégués de classe en leur disant que dans son établissement il ne veut pas de séropositifs. Ce directeur demande que ces élèves aillent ailleurs, car son établissement n’est pas un hôpital. Un autre cas concerne une jeune fille qui a été chassée par un prestataire de soins à l’hôpital, car elle est séropositive. Une autre jeune fille a indiqué qu’elle est née avec le VIH. Après la mort de sa mère, elle fait savoir que son père l’a abandonnée et qu’elle a été récupérée par sa tante. Et de noter que sa tante n’a pas tardé à vendre son lopin de terre. Elle lui disait qu’il ne lui reste que quelques jours pour trépasser. Suite à cette mauvaise situation, il ya quatre ans qu’elle a abandonné l’école. Cette jeune fille a maintenant le cœur ulcéré du fait qu’elle voit les autres en train de poursuivre leurs études.
Jocelyne Nsanzerugeze, secrétaire permanent au ministère de la Santé Publique et de la Lutte contre le Sida : «J’invite les prestataires de soins à traiter les jeunes vivant avec le VIH /Sida comme les autres»
Selon toujours Ndikuriyo, les jeunes et les adolescents constituent une proie facile du VIH pour plusieurs raisons. Ils sont très actifs dans la sexualité. Ce qui fait que 11% des adolescents (15-19ans) ont déjà commencé leur vie procréative.7% ont déjà eu au moins un enfant et 3% des adolescentes enceintes d’un premier enfant. La majorité d’entre eux est toujours sur le banc de l’école. Et le problème des grossesses en milieu scolaire prend des proportions inquiétantes. Les statistiques montrent que 1355 cas de grossesses en milieu scolaire ont été identifiés uniquement en 2015. Selon lui, la prise en charge médicale des jeunes et des adolescents reste problématique. Ce qui fait que leur charge virale est toujours détectable.
Le taux de séroprévalence du VIH est de 0,9%
En plus de la stigmatisation et de la discrimination faites à l’endroit des jeunes et adolescents vivant avec le VIH/ Sida, les statistiques ne sont pas négligeables. Paraphrasant l’enquête EDSB-III 2016-2017, Tiemoko Richmond, représentant de l’UNFPA au Burundi précise que les jeunes du Burundi sont plus affectés par le VIH que la population en général. Le taux de séroprévalence du VIH est de 0,9% dont 1,2% chez les femmes contre 0,6% chez les hommes alors que chez les jeunes la séroprévalence reste très élevée pour la tranche d’âge de 15 à 24 ans, soit 4,5%.
Les jeunes filles de 15 à 19 ans sont informées sur les moyens de prévention du VIH/Sida à 46,3%
Concernant la connaissance des moyens de prévention du VIH/SIDA, selon le même rapport, les jeunes filles de 15 à 19 ans sont informées là-dessus à 46,3% contre 50,2% chez les jeunes garçons du même âge. Plus de la moitié des filles et garçons adolescents sexuellement actives ont plus de deux partenaires sexuels. Les résultats de ce rapport décrivent la situation sanitaire des jeunes. Les mêmes résultats montrent que les adolescents sont à haut risque d’infection au VIH et ont des difficultés d’accès à l’information et aux soins de santé sexuelle et reproductive. A cela s’ajoute les problèmes liés à l’inobservance et à la perte de la vue chez les jeunes sous traitement ARV.
Traiter les jeunes vivant avec le VIH en milieux de soins comme les autres, une nécessité
Jocelyne Nsanzerugeze, secrétaire permanent au ministère de la Santé Publique et de la Lutte contre le Sida invite les prestataires de soins à traiter les jeunes vivant avec le VIH /Sida comme les autres. «Ce sont des bénéficiaires de soins de santé comme les autres. Ils ont le droit de se faire soigner comme les autres. Le prestataire de soins qui l’évince lors de l’octroi des soins viole l’éthique et la déontologie médicale et mérite une sanction une fois attrapée», indique Nsanzerugeze. Et d’ajouter que les prestataires de soins ont besoin de séances de sensibilisation et de renforcement des capacités pour inverser la tendance. Nsanzerugeze demande aussi aux ménages de changer de mentalités quant à la stigmatisation et à la discrimination de cette catégorie de gens qui représente plus de 60% de la population burundaise. Selon elle, le jeune vivant avec le VIH/Sida a besoin de jouir de ses droits.
Marie Jeanne Ntakirutimana, assistante du ministère de l’Education, de la Formation Technique et Professionnelle abonde dans le même sens. Elle déplore le comportement de certains directeurs et enseignants qui manifestent une certaine discrimination à l’égard des jeunes vivant avec le VIH/ Sida. Selon elle, c’est un comportement à bannir. Elle a profité de cette occasion pour appeler tous les jeunes qui ont abandonné l’école pour l’une au l’autre raison depuis 2017 de regagner le banc de l’école. Elle demande à tous les directeurs communaux de l’enseignement de faciliter cette tâche.
Plus de 250 jeunes et adolescents vivant avec le VIH/ Sida venus de toutes les communes du pays ont participé à ce forum. Ils demandent au gouvernement de les autoriser à être parmi les corps de défense et de sécurité comme les autres jeunes car ils ont la capacité d’en faire partie. Sinon, il s’agit d’une discrimination.