Les réserves de devises s’épuisent de plus en plus. Par conséquent, les importateurs font recours au marché parallèle. Ce qui fait monter le taux de change. La valeur du billet vert arrive à un niveau jamais atteint, soit 1 USD pour 3 150 FBu. Les changeurs évoquent la demande en devises de plus en plus croissante comme principale cause de la volatilité du marché de change. La société civile dénonce une mauvaise gestion des devises
Au cours des trois derniers mois, le marché de change est resté volatile. Il s’observe une augmentation du taux de change sur le marché parallèle. Un dollar américain se vend à 3 150 FBu alors qu’il s’échangeait contre 2 800 FBu en avril dernier. A la même période, un Euro qui s’échangeait contre 3 160 FBu se négocie actuellement à 3 550 FBu. Une situation qui s’explique en partie par l’épuisement imminent des réserves de devises à la Banque centrale.
Les avoirs extérieurs de la Banque centrale sont en berne. Par rapport au 2ème trimestre de 2018, les avoirs extérieurs de la Banque de la République du Burundi ont baissé de 16,2% à fin septembre 2018 et de 38,2% par rapport à la même période de 2017. D’après le récent rapport de la Brb sur la politique monétaire, les réserves officielles ont diminué de 19,4% par rapport au trimestre précédent, s’établissant à 59,3 contre 73,6 millions USD. Elles ont baissé de 40,6% en glissement annuel. Les réserves officielles ne couvraient que 0,8 contre 1,6 mois d’importations de biens et de services au même trimestre de 2017, lit-on dans le rapport élaboré par la BRB.
Cependant, la politique monétaire de la Communauté Est Africaine fixe le niveau plancher à 4,5 mois d’importations. C’est-à-dire que le pays doit avoir des réserves de devises pour importer les biens et services pendant au moins 4 mois. Ce qui n’est malheureusement pas le cas pour le Burundi. En 2013, la BRB a réussi à maintenir le niveau des réserves à 3,8 mois d’importations.
Une mauvaise gestion des devises décriée
La BRB doit fournir des devises aux banques commerciales pour stabiliser le taux de change. Les interventions de la BRB sur le marché interbancaire des devises étaient estimées à 60,7 millions USD au troisième trimestre 2018 contre 47,4 millions USD à la même période en 2017, apprend-on des rapports de la BRB.
L’Observatoire de Lutte contre la Corruption et les Malversations Economiques remet en question la gestion des devises. « Les devises déjà rares destinées à l’achat des produits sensibles comme les médicaments, les produits pétroliers et les produits alimentaires ne devraient pas tomber dans les mains des privilégiés ». Ce sont les mêmes devises qui alimenteraient les bureaux de change et le marché noir selon l’OLUCOME.
Le volume des exportations en baisse
Le pays importe presque tout sauf les denrées alimentaires non manufacturées. Les entreprises, les importateurs des biens et services ont besoin de devises pour importer. Ils risquent de se retrouver au bord de l’asphyxie. « Faute de pouvoir obtenir les devises nécessaires auprès des banques commerciales pour réaliser leurs transactions, les opérateurs économiques se rabattent sur le marché noir. Par conséquent, ils exercent une pression sur le marché de change. Les devises se raréfient. D’où la volatilité des cours de change sur le marché », explique un cambiste sous couvert d’anonymat.
La balance commerciale demeure déficitaire, c’est-à-dire que le pays importe plus qu’il n’exporte. En d’autres termes, les importateurs ont un besoin de devises supérieur aux recettes d’exportation. Les rapports de la Banque centrale sur la stabilité financière révèlent que le déficit de la balance commerciale s’est aggravé au troisième trimestre 2018 par rapport au même trimestre de 2017. Il s’est établi à 316.057,3 contre 289.498,6 millions BIF. Cette situation est imputable à une diminution plus importante des exportations (-29.589,6 millions BIF) que celle des importations (-3.030,9 millions BIF). Les exportations ont diminué de 39,2%, s’établissant à 45.815,4 contre 75.405,0 millions BIF, à cause de la baisse des exportations des produits primaires et des produits manufacturés.
La rédaction du journal Burundi Eco est en quête d’économistes et d’autres intervenants sur le marché de change pour expliquer les causes profondes de cette volatilité des cours de change et ses conséquences sur l’économie du pays.