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L’IFDC renforce la collaboration entre fournisseurs d’équipements agricoles et entrepreneurs semenciers

A Bujumbura, l’International Fertilizer Development Center (IFDC) a réuni les fournisseurs d’équipements agricoles et les entrepreneurs semenciers lors d’un atelier consacré à l’innovation technologique et à la modernisation des pratiques de production. Entre sensibilisation à la culture in vitro de la pomme de terre et présentation des solutions mécaniques avancées, la rencontre a permis d’explorer de nouvelles perspectives pour renforcer le secteur semencier burundais.

L’International Fertilizer Development Center (IFDC) a organisé à Bujumbura, le 25 novembre 2025, un atelier de grande importance pour le secteur agricole burundais. L’objectif principal était de créer un espace d’échanges directs entre les fournisseurs d’équipements agricoles et les entrepreneurs semenciers, deux maillons essentiels de la chaîne de production qui, bien qu’interdépendants, collaborent encore insuffisamment dans le contexte local. En réunissant ces acteurs, l’IFDC souhaitait encourager des partenariats concrets et améliorer l’accès du secteur semencier aux technologies modernes, en particulier dans un pays où les contraintes de productivité, de qualité et de disponibilité des semences constituent toujours des défis majeurs.

L’atelier a débuté par une session consacrée à la présentation de la culture in vitro de la pomme de terre, une technique de multiplication végétative qui suscite de plus en plus d’intérêt dans les pays en développement. Cette culture, encore méconnue de nombreux producteurs burundais, offre pourtant d’importantes perspectives de renouvellement rapide du matériel semencier, de réduction des maladies et d’augmentation de la productivité. Pour un pays où la pomme de terre est une culture stratégique, notamment dans les régions de haute altitude, mieux comprendre ses mécanismes de reproduction constitue un enjeu majeur afin de progresser vers une sécurité alimentaire renforcée.

Le premier volet de l’atelier était consacré à la présentation de la culture in vitro de la pomme de terre.

 

La culture in vitro de la pomme de terre, un levier stratégique pour le Burundi

La présentation technique a été assurée par Forgione Giovanni, spécialiste de l’IITA basé à Yaoundé, qui a longuement exposé les caractéristiques biologiques de la reproduction de la pomme de terre. Il a rappelé que cette plante se reproduit essentiellement par voie végétative, un mode de multiplication qui présente un avantage de fidélité génétique, mais qui comporte également des risques importants de dégénérescence. Au fil des cycles de reproduction, les virus, les bactéries et les champignons s’accumulent progressivement dans les tubercules, entraînant une baisse inexorable des rendements. Cette réalité est particulièrement visible dans de nombreux pays africains où, faute de renouvellement régulier du matériel semencier, les producteurs utilisent des tubercules dégénérés, responsables de pertes de productivité considérables.

L’expert a expliqué que les pratiques traditionnelles de renouvellement du matériel semencier, basées sur la sélection positive de quelques plantes dans un champ de multiplication et la reproduction clonale qui s’ensuit, ne suffisent plus pour répondre aux exigences actuelles. La sélection généalogique permet certes de maintenir une certaine qualité, mais elle reste lente et expose constamment les cultures au risque de contamination pathogène. Giovanni a ainsi présenté la culture in vitro comme une réponse moderne à ces limites. Il s’agit d’une technique fondée sur la micropropagation des plantules dans un environnement totalement contrôlé, exempt de maladies et garantissant une multiplication rapide et fidèle au type variétal.

Le Burundi, comme d’autres pays de la région, est confronté à des difficultés d’accès au matériel semencier de pré-base, souvent importé à des coûts élevés et soumis à de nombreux risques logistiques. Dans ce contexte, la production locale de vitroplants apparait comme une alternative crédible pour réduire la dépendance extérieure, sécuriser les approvisionnements et renforcer l’autonomie des agriculteurs. Giovanni a insisté sur le fait qu’un laboratoire fonctionnel, même de capacité modeste, peut produire en quelques mois plusieurs centaines de milliers de plantules. Ce qui serait impossible avec les techniques conventionnelles. L’indépendance vis-à-vis des saisons, la maîtrise totale du processus de croissance et la qualité sanitaire impeccable figurent parmi les atouts majeurs de cette technologie.

Les avantages et limites d’une technologie en pleine expansion

Si la culture in vitro de la pomme de terre présente des avantages indéniables, Giovanni a également rappelé qu’elle comporte certaines limites auxquelles les décideurs et les producteurs doivent prêter attention. Le coût initial de production reste relativement élevé. Ce qui se reflète dans le prix du vitroplant ou dans celui des semences de pré-base obtenues durant la première année. L’installation d’un laboratoire fonctionnel exige par ailleurs une expertise technique pointue, notamment pour l’étape délicate de l’acclimatation des plantules qui consiste à les transférer du milieu contrôlé du laboratoire vers un environnement naturel où elles doivent s’adapter progressivement.

Ces contraintes n’annulent toutefois pas les bénéfices considérables de la technologie. Le spécialiste a souligné que la production locale par in vitro limite les risques de perte liés au transport ou aux longues procédures administratives d’importation, tout en offrant une solution adaptée aux variétés locales et aux variétés africaines, souvent indisponibles sur les marchés internationaux. Dans de nombreux pays africains, la production locale de plantules a déjà démontré sa capacité à transformer profondément la filière pomme de terre. En permettant d’obtenir dès la fin de la première année des tubercules de pré-base de haute qualité, cette technique contribue à la multiplication rapide des semences certifiées, améliorant ainsi les rendements des agriculteurs et donc leurs revenus.

Giovanni a conclu en rappelant que la pomme de terre est l’une des cultures capables d’apporter une réponse rapide aux défis alimentaires du Burundi. Sa productivité, sa courte durée de maturation et sa forte valeur nutritionnelle en font une culture stratégique dans la lutte contre l’insécurité alimentaire. Le recours à la culture in vitro doit donc être considéré non pas comme une option secondaire, mais comme un outil moderne incontournable pour assurer une disponibilité continue des semences de qualité.

L’offre technologique d’AKSHAR Group pour moderniser l’agriculture au Burundi

Après cette session consacrée aux techniques de multiplication des semences, les participants ont été introduits au second volet de l’atelier centré sur la présentation de l’offre d’AKSHAR Group, une entreprise spécialisée dans la fabrication des produits bio-organiques et d’équipements agricoles. Cette société se distingue par son engagement à promouvoir une agriculture durable utilisant des ressources locales et reposant sur un minimum d’intrants chimiques. Ses représentants ont expliqué que leur mission est d’accompagner la transition du Burundi vers une agriculture moderne, fondée sur des approches scientifiques et sur l’intégration des technologies de précision.

L’entreprise propose une vaste gamme d’équipements agricoles allant des systèmes d’irrigation avancés aux machines de travail du sol, en passant par des outils destinés à l’élevage. Parmi les solutions emblématiques, l’irrigation goutte à goutte occupe une place centrale. Ce système permet d’économiser l’eau en la dirigeant directement vers les racines. Ce qui réduit l’évaporation et améliore la disponibilité en nutriments. L’uniformité de l’irrigation et la réduction des pertes en eau rendent cette technique particulièrement adaptée aux zones rurales du Burundi où l’accès à l’eau devient un défi croissant.

Les représentants de l’entreprise ont également présenté le canon à pluie, une solution capable d’irriguer de vastes surfaces grâce à une pression élevée de l’eau qui reproduit l’effet d’une pluie naturelle. A cela s’ajoutent les géomembranes utilisées pour le revêtement des bassins de stockage d’eau, outil indispensable dans la gestion de l’irrigation et la résilience face aux variations climatiques.

Parmi les machines destinées au travail du sol, le motoculteur a été largement mis en avant. En permettant de labourer, de semer ou de désherber sur de petites comme sur de moyennes superficies, cette machine constitue une alternative accessible pour les agriculteurs qui n’ont pas les moyens d’acquérir un tracteur. L’entreprise propose également des équipements destinés à la fabrication d’aliments pour bétail, des coupes-balles semi-automatiques, des semoirs manuels et plusieurs autres machines spécialisées qui contribuent à augmenter l’efficacité du travail agricole. Selon les représentants d’AKSHAR Group, l’objectif est de rendre l’agriculture burundaise plus compétitive tout en améliorant les conditions de travail des agriculteurs et en renforçant leur autonomie.

Les participants à l’atelier ont eu l’occasion de visiter AKSHAR Group, une entreprise qui produit des matériels agricoles, pour observer le fonctionnement des machines et évaluer leur adéquation avec leurs besoins.

 

Une initiative saluée par les producteurs burundais

Les participants à l’atelier ont exprimé un grand intérêt pour les technologies présentées, soulignant qu’elles permettent de réduire la dépendance à une main-d’œuvre devenue coûteuse et difficile à mobiliser. Beaucoup d’entre eux ont affirmé qu’un accès plus direct aux fournisseurs constitue un atout pour l’ensemble du secteur. A l’issue des présentations, une visite guidée des installations d’AKSHAR Group a été organisée afin de permettre aux entrepreneurs semenciers d’observer concrètement le fonctionnement des machines et d’évaluer leur adéquation avec leurs besoins.

Richard Hatungimana, représentant légal du Collectif des Producteurs de Semences du Burundi (COPROSEBU), a salué l’initiative et estimé que cet atelier aurait dû être organisé bien plus tôt. Selon lui, les producteurs sont souvent confrontés à des difficultés pour identifier où se procurer des équipements fiables. En les mettant directement en contact avec une entreprise disposant d’une large gamme de solutions adaptées, l’IFDC leur offre une opportunité de gagner en efficacité.

M.Hatungimana a insisté sur le fait que la visite des installations d’AKSHAR Group a été particulièrement utile, car elle leur permet désormais d’effectuer des achats sans avoir recours à des intermédiaires. « Cette technologie constitue une alternative à une main-d’œuvre devenue à la fois plus coûteuse et de moins en moins facile à gérer », estime-t-il

Cet atelier s’inscrit dans le cadre du Projet de Soutien au Secteur Semencier au Burundi, phase II. C’est un programme destiné à renforcer la filière semencière à travers des actions ciblées de formation, d’appui technique et de modernisation des pratiques.

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