Le budget général de l’Etat 2025-2026 présenté par l’économiste Dr Diomède Ninteretse, s’élève à 5 258,6 milliards de BIF, enregistrant une hausse de 11 % par rapport à l’exercice précédent. Cette progression résulte principalement d’une amélioration des recettes publiques estimée à 578,89 milliards BIF. Si cette tendance est encourageante, elle s’accompagne d’une augmentation disproportionnée des dépenses courantes, parfois doublées dans certaines institutions sans que leurs mandats aient été étendus, soulevant des questions sur l’efficacité et la rationalité des allocations budgétaires.
L’économiste Dr Diomède Ninteretse souligne que la réforme territoriale qui a réduit le nombre de communes de 119 à 42 n’est pas reflétée dans le budget.
La lettre de cadrage budgétaire révisée a ramené l’enveloppe globale à 5 037,76 milliards BIF, traduisant un effort officiel de discipline budgétaire. Cependant, le contexte macroéconomique demeure fragile. L’inflation atteint 36 %, bien au-dessus de l’objectif gouvernemental fixé à 20 %, tandis que la croissance économique stagne à 4 %, inférieure à la cible de 5 %. Le déficit budgétaire s’établit à 8 % alors que la norme recommandée ne doit pas excéder 4 %. Les réserves de change couvrent à peine trois semaines d’importations, bien en deçà de l’objectif d’un trimestre minimum, et le taux de change reste dualisé, avec une conversion oscillant entre 3 000 et 6 000 BIF pour un dollar américain. La dette publique dépasse 56,5 % du Produit Intérieur Brut (PIB) et le taux d’intérêt partiqué par les banques commerciales excède 15 %. Ces indicateurs traduisent une vulnérabilité sociale accrue et soulignent la nécessité d’un budget mieux aligné sur les priorités nationales et les réformes structurelles en cours. Cela a été présenté par l’économiste Dr Diomède Ninteretse mardi le 9 décembre 2025 pour le compte de l’Observatoire de lutte contre la corruption et les malversations économiques (OLUCOME).
Des incohérences structurelles ne manquent pas
L’analyse critique du budget 2025-2026 met en évidence plusieurs incohérences structurelles. La réforme territoriale qui a réduit le nombre de communes de 119 à 42 n’est pas reflétée dans le budget. Ce qui engendre des lacunes dans le financement des nouvelles structures administratives et risque d’affecter l’efficacité des services publics locaux. Cette absence de coordination entre planification territoriale et allocations financières compromet l’opérationnalisation de la réforme et dénote un décalage entre la politique de décentralisation et la réalité budgétaire.
Par ailleurs, le budget a été transmis tardivement au Parlement, en violation de l’article 181 de la Constitution du Burundi qui exige que le projet de loi des finances soit soumis au moins trois mois avant l’ouverture de l’exercice budgétaire. Cette transmission tardive réduit la capacité des parlementaires à analyser et amender le texte, affaiblit le contrôle démocratique et nuit à la transparence et à la qualité du processus budgétaire. Le budget révisé risque également de subir le même sort compte tenu de la date de publication de la lettre de cadrage du 20 novembre 2025.
Des propositions pour améliorer la situation
Afin d’optimiser les ressources disponibles et de renforcer l’efficacité des dépenses, plusieurs leviers sont proposés. La stabilisation des dépenses courantes en maintenant les niveaux de 2024-2025 pour la Présidence, la primature, le parlement, l’éducation, la justice et la défense pourrait permettre d’économiser 309,15 milliards BIF sans affecter les missions essentielles de ces institutions. La rationalisation des exonérations et des subventions, notamment par un audit indépendant, permettrait de corriger les exonérations non ciblées et les subventions inefficaces dans le secteur agricole, ainsi que de réévaluer certaines politiques insuffisamment évaluées telles que le charroi zéro et les gratuités de soins, avec un gain potentiel de plus de 555 milliards BIF.
La récupération des fonds publics détournés, incluant ceux du barrage de Mpanda, les devises non rapatriées ou frauduleusement utilisées, ainsi que les fonds identifiés par la justice, renforcerait la transparence et la redevabilité. En outre, la mise en place d’une fiscalité progressive ciblant l’immobilier de luxe, les placements financiers importants et les entreprises à forte rentabilité permettrait d’élargir l’assiette fiscale, de réduire l’évasion fiscale et de générer des recettes supplémentaires sans affecter les ménages vulnérables.
La réorientation stratégique des recettes additionnelles prévues pour 2025-2026, évaluées à 578,89 milliards BIF, pourrait financer des secteurs prioritaires tels que l’énergie, l’agriculture, les routes, l’eau potable, les petites et moyennes entreprises productives, la recherche scientifique et le recrutement d’experts pour soutenir les réformes. En maîtrisant les dépenses courantes, en réduisant les pertes structurelles et en mobilisant des ressources additionnelles, le gouvernement pourrait dégager près de 1 400 milliards BIF. Ces ressources permettraient de stabiliser les indicateurs macroéconomiques, de réduire significativement le déficit budgétaire, d’atteindre une croissance économique durable d’au moins 5 %, de renforcer les infrastructures et d’assurer la sécurité énergétique et alimentaire. L’ensemble de ces mesures contribuerait à aligner le budget sur les priorités nationales et la Vision 2040-2060, tout en garantissant une gestion transparente et efficace des ressources publiques.
Pour Dr Ninteretse, le budget général de l’Etat pour l’exercice 2025-2026 s’inscrit donc dans un environnement difficile caractérisé par une inflation élevée, une croissance faible, un déficit budgétaire supérieur aux normes, des réserves de change limitées et une dégradation persistante des infrastructures routières, énergétiques et hydrauliques. L’endettement intérieur continue de croître, atteignant 67,9 % du PIB. La structure budgétaire actuelle montre que les dépenses courantes absorbent une part disproportionnée du budget au détriment de l’investissement productif indispensable à la croissance et à la stabilité macroéconomique. La note de plaidoyer de l’OLUCOME vise à présenter des marges de manœuvre claires permettant de maîtriser les dépenses courantes, de réduire le déficit, d’accroître l’investissement productif et de mobiliser des ressources additionnelles sans augmenter la pression fiscale sur la population.