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L’Orge, une culture reléguée aux oubliettes

Occasionnant une dépense de plus de 7 millions de USD pour son importation annuelle, la culture de l’orge utilisée dans la fabrication de la bière reste moins développée au Burundi. A l’ISABU, on informe que des variétés d’orge adaptées au Burundi sont disponibles. Actuellement, la Brarudi veut relancer cette culture qui est très utile pour sa production    

Introduite du temps de la Tutelle belge, l’orge reste quasiment inexistante alors que les expérimentations réalisées montrent que cette culture est possible dans la zone écologique favorable au blé. Cette culture utilisée dans la fabrication de la bière coûte aux importateurs une somme non négligeable. Les importations annuelles nationales de cette culture avoisinent 7 mille tonnes représentant une valeur de 7,5 millions de USD, selon la Stratégie Agricole Nationale 2008-2015. 

La culture de l’orge peut être très bénéfique au pays en général et aux agriculteurs en particulier. Néanmoins, malgré les recherches faites sur cette culture, elle reste moins développée au Burundi. Espérance Habindavyi, chercheur et cheffe du programme « Céréale » à l’Institut des Sciences Agronomiques du Burundi (ISABU) évoque le manque de moyens financiers et techniques.

Des recherche sur des variétés brassicoles d’orge sont en cours depuis 2020. Deux variétés d’orge sont déjà diffusées dans les régions de Bututsi et Mugamba.

Des recherches depuis la période coloniale

La cheffe du programme « Céréale » à l’Institut des Sciences Agronomiques du Burundi informe que les recherches sur la filière orge date de l’époque coloniale. Les essais comparatifs se rapportant à la sélection et à l’amélioration des méthodes culturales de l’orge ont été menés depuis 1950 dans la colonie du Rwanda-Urundi, en station et au centre agricole de Ruhunde sur le territoire de Byumba au Rwanda actuel.

En 1959, des recherches se sont faites à la collection de Gisozi sur 82 variétés brassicoles et 11 variétés fourragères. « Malheureusement, elles n’ont pas continué faute de moyens alloués à la recherche », explique Mme Habindavyi.

En 1986-1987, des tests d’adaptabilité de l’orge ont repris dans les zones de haute altitude de Mugamba et de Bututsi par l’ISABU. Par manque de financement et suite à la crise de 1993, la recherche sur cette culture fut suspendue. « Les résultats ont été atteints, mais il y a eu défaut de moyens pour financer la suite ». 

En 2005-2006, les activités de recherche ont pu redémarrer dans le cadre du Projet de Productivité et de Développement des Marchés Agricoles (PRODEMA) financé par la Banque Mondiale. « Avec les essais, nous avons eu des variétés de l’orge adaptées au Burundi, mais les financements pour la vulgarisation ont manqué ». 

Vers de nouvelles productions

Selon la cheffe du programme « Céréale » à l’ISABU, ce n’est qu’avec 2020 que la Brarudi a relancé la recherche sur des variétés brassicoles d’orge pour faire face à l’importation des matières premières. Depuis, des essais sont en cours dans trois provinces à savoir : Munanira dans la commune et province de Kayanza, Nyakararo dans la commune de Rusaka en province de Mwaro et Mahwa dans la commune Ryansoro en province de Gitega. Deux ans après, deux variétés d’orge sont déjà diffusées dans les régions de Bututsi et Mugamba, confirme le chercheur sur les céréales à l’ISABU. Les premières productions commencent à être récoltées. « On est dans la première phase de la récolte », révèle Mme Habindavyi. 

Les essais de l’ISABU donnent actuellement 3 à 4 tonnes d’orge par hectare. C’est encore peu comparativement aux pays européens où on enregistre plus ou moins 10 tonnes par hectare, selon Mme Habindavyi. Malgré l’absence des recherches sur les fertilisants (faute de moyen) utiles pour l’orge, elle explique que cette culture nécessite énormément d’engrais. L’ISABU recourt au fertilisant couramment utilisé pour le blé ajoutant que les études sur l’engrais ne sont pas encore faites. 

La cheffe du programme «Céréale» à l’ISABU indique le programme «Céréale» rencontre des défis liés à l’insuffisance des chercheurs. Trois anciens chercheurs sont allés poursuivre leurs études à l’étranger.  Les chercheurs actuellement disponibles sont nouveaux, d’autres sont des stagiaires. Ce programme rencontre également des défis liés au manque de moyens alloués aux recherches.

Toutefois, Espérance Harindavyi se dit confiante que la culture de l’orge pourrait être développée en cas d’une volonté manifeste des différentes parties prenantes, notamment en encourageant la population à y souscrire. En cas d’injection de fonds dans la filière, il pourrait y avoir de grandes productions d’orge dans le pays.

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