La mondialisation économique qui entraine le Burundi dans la course vers les exportations exige des efforts supplémentaires de la part de l’Etat et des industriels. Le salon industriel, édition 2021 ouvert le 26 août 2021 a été l’occasion de lever le voile sur les challenges liés au financement de l’industrie locale. L’insuffisance des devises sur le marché, l’inefficience et la règlementation du secteur bancaire sont autant de défis qu’il faut relever pour accroître les exportations
La problématique liée au financement est un des défis auxquels fait face le secteur industriel du Burundi. Alors que le président de l’AIB affirme que le secteur industriel a besoin du financement pour sa croissance, le système bancaire est taxé d’inefficace. « Le système bancaire burundais est carrément incapable de contribuer au développement des exportations », affirme M. Antoine Niyungeko avant d’ajouter que ce sont les banques qui devaient pourtant contribuer au décollage de ce secteur. L’expert épinglera notamment l’incapacité des banques à donner des devises aux industriels qui en ont besoin. Or, selon lui, cette pénurie de devises doit avoir des conséquences directes sur les exportations, car les industriels tombent dans l’incapacité d’importer les matières premières.
De plus, Niyungeko pointe du doigt le taux d’intérêt débiteur pratiqué par les banques Burundaises. « Si le taux d’intérêt débiteur est de 15%, il est de nature à décourager les investissements rentables », souligne Niyungeko. Pour lui, il est difficile d’imaginer un business qui soit rentable au-delà de ce taux d’intérêt débiteur. En effet, ce taux trop élevé serait à l’origine de la croissance du taux des impayés dans les banques.
Oliver Suguru, président de l’AIB : « Il faut penser à une production industrielle qui soit de nature à booster les exportations ».
Aussi, l’inefficience technique des banques burundaises freine leur activité. Cela fait qu’elles ne soient pas capables de jouer efficacement leur rôle. «Les banques ont des problèmes internes qu’elles doivent gérer plutôt que de se lancer dans le financement des exportations», affirme Antoine Niyungeko qui n’oublie pas de critiquer les réglementations bancaires du pays qui limitent les institutions financières en matière octroi des crédits.
Quid des moyens requis pour relancer le secteur industriel ?
Alors que le Burundi a continué à ratifier les accords de facilitation des échanges commerciaux, une politique plutôt appréciée par les industriels Burundais, les inquiétudes ne manquent pas. « Si on ne fait rien, nous risquons de devenir des consommateurs des produits venant d’autres pays », avertit Niyungeko avant de rappeler que la politique de blocage n’est plus possible. Pour cet expert qui affirme connaître parfaitement le fonctionnement et les performances du système bancaire burundais, un fonds d’investissement industriel devrait être mis en place. L’expert a suggéré la stratégie d’alimentation de ce fonds. Pour lui, l’Etat pourrait négocier la transformation des aides en dotation. Ce qu’il considère comme le chemin le plus court pour parvenir à la croissance effective des exportations.
Pour le président de l’AIB qui indique que les moyens de financement à moindre coût et à long terme manquent sur le marché, il est important pour les entreprises de faire d’abord un diagnostic honnête pour faire l’état des lieux de leur santé financière afin de se projeter dans l’avenir. Pour lui, il faut penser à une production industrielle qui soit de nature à permettre à l’industrie locale d’exporter. « Nous devons aller vers l’exportation et nous avons besoin de beaucoup de fonds », a reconnu M. Suguru, président de l’AIB.
L’Etat sollicité sur plusieurs plans
Selon Suguru, il faut une sensibilisation de tous les acteurs concernés pour s’impliquer dans la politique de croissance de la productivité du secteur industriel burundais. Dans l’immédiat, les industriels Burundais demandent à l’Etat de faciliter le commerce industriel et de rendre moins rigide le marché des devises. Alors qu’ils doivent passer à la vitesse supérieure pour se mettre sur le même niveau que l’industrie étrangère, les industriels Burundais parlent des conditions difficiles dans lesquels ils opèrent. Le président de l’AIB affirme qu’il y a des défis qui doivent être levés pour pouvoir stimuler les investissements. Ce responsable rappelle également que le Bureau Burundais de Normalisation et contrôle de la qualité (BBN) a besoin d’être appuyé pour être utile aux industries. Cependant, le président de l’AIB qui plaide pour l’accroissement de la production semble porter son regard sur l’action de l’Etat. Suguru appelle l’Etat à lever les barrières non tarifaires et à encourager les bailleurs de fonds à soutenir le secteur.