Les mariages précoces sont devenus monnaie courante à Gasanda dans la commune et province Bururi. Les raisons en sont multiples, entre autres le chômage surtout pour ceux qui échouent la 9ème année. L’administration provinciale de Bururi rappelle que le droit au mariage n’est réservé qu’à ceux qui ont atteint 21 ans pour les garçons et 18 ans pour les filles
Même s’il n’y a pas de statistiques récentes, les mariages précoces sont une réalité sur la colline Burunga de la zone Gasanda, commune et province Bururi. Plus d’un parmi nos interlocuteurs ont témoigné avoir assisté ou être eux-mêmes objet de mariage précoce. Pour la plupart d’entre eux, le processus est simple. Ils se marient à bas âge et attendent qu’ils atteignent l’âge prévu par le code des personnes et de la famille (18 ans pour la fille et 21 ans pour le garçon) pour se faire enregistrer à l’Etat civil.
E.N qui s’est marié à 17 ans : « Il y a des habitudes infantiles qui se manifestent toujours à cet âge alors que vous êtes supposés être des adultes ».
Les victimes témoignent
E.N est un jeune père de famille vivant dans cette localité. Il a 24 ans et il est père de 3 enfants. Il avait 17 ans quand il s’est illégalement marié. Sa femme avait le même âge. Il nous a partagé le calvaire qu’il a vécu pour pouvoir enfin atteindre le minimum de stabilité que connait actuellement sa petite famille. « Cela m’a pris beaucoup de temps et d’efforts pour être à mesure de nourrir ma famille. Nous étions tous encore enfants et nous avions besoin d’être éduqués par nos parents. Ma femme était sans emploi et de surcroît citadine. Elle n’était pas capable de cultiver », regrette-il. Selon lui, devenir père ou mère de famille à cet âge n’est pas toujours évident. « Il y a des habitudes infantiles qui se manifestent toujours à cet âge alors que vous êtes supposés être des adultes », fait-il savoir. Il conseille aux autres jeunes de ne pas courir derrière les mariages, mais plutôt de continuer les études pour ceux qui étudient encore et de chercher la stabilité financière pour ceux qui n’étudient plus.
Hélène Habonimana est mère de 4 enfants. Tous ses deux fils et ses deux filles ont tous contracté des mariages illégaux. Ses deux fils ont tous épousé des mineurs. « Quand mes fils se sont mariés, je ne pouvais rien changer. J’ai pris ces belles filles et je les ai élevés comme mes propres enfants. Ce qui est important pour moi, c’est qu’elles soient capables de cultiver », fait-elle savoir. Selon elle, le problème c’est quand la vie devient dure sinon, si le couple est heureux, il n’y a rien d’alarmant.
Le chômage au cœur de ce phénomène
Même si beaucoup de jeunes de cette région s’adonnent aux mariages précoces, il y en a d’autres qui se donnent la peine de terminer les études avant de se marier. C’est le cas de Léoncie Buntubwimana. Elle s’est mariée à 27 ans après avoir terminé les études secondaires. Son but était de terminer ses études universitaires. Malheureusement, elle n’a pas eu la note requise pour accéder à l’Université. « Personne ne comprenait ce que je cherchais encore dans les études. Beaucoup de filles de mon âge ont actuellement 5 ou 6 enfants », fait-elle savoir. Elle a passé 3 ans à la maison dans l’espoir de pouvoir fréquenter une université privée avant de décider de se marier. Son seul regret est qu’elle n’a pas pu fréquenter l’université. Elle est convaincue qu’elle a une meilleure vie par rapport à ses anciennes camarades qui ont abandonné l’école pour se marier illegalement. Comme elle l’a témoigné, la plupart des victimes de ces mariages précoces sont souvent ceux qui ont échoué le concours de 9ème année. Après un ou deux ans à la maison, certains préfèrent se marier malgré leurs bas âges.
Juvent Ndayikeza est chef de cabinet du gouverneur de Bururi. Il nous a fait savoir que les mariages précoces sont une réalité dans la région naturelle des Mirwa même si le chef de ladite colline nous a rassuré qu’ils ont pu éradiquer ce fléau. Selon Ndayikeza, les mariages précoces ont des impacts négatifs tant sur le plan social que sanitaire. Si une fille se marie précocement, elle atteindra la ménopause ayant plus de dix enfants. Dans la plupart des cas, ces parents sont incapables de les élever et cela constitue une charge pour le gouvernement Il regrette que la plupart de ces jeunes se marient sous le toit parental. Il rappelle cependant que le droit de mariage n’est réservé qu’à ceux qui ont atteint 21 ans pour les garçons et 18 ans pour les filles. Ils appellent les administratifs à la base à être vigilants face à ce phénomène et à dénoncer les cas de mariages précoces. Et aux parents, il leur demande de sensibiliser leurs enfants.