Depuis 2019, Marie Josée Niyinyitoreye, employée de l’ODAG-Caritas Gitega, produit le biogaz. A la fois chercheuse et praticienne, elle souligne que cette énergie renouvelable, bien qu’écologique, reste encore inaccessible à une grande partie de la population en raison de son coût élevé. Selon elle, la mise en place d’un centre de production du biogaz permettrait de répondre efficacement aux enjeux de protection de l’environnement et de fertilisation des sols.
Marie Josée Niyinyitoreye, productrice de biogaz : « Le biogaz est une énergie renouvelable saine ».
« J’ai commencé mes recherches lorsque j’étais étudiante à l’Université Polytechnique de Gitega (UPG), à partir des cours sur les changements climatiques et la valorisation des déchets. En utilisant les déchets agricoles, alimentaires, les excréments humains et la bouse de vache, j’ai constaté qu’après fermentation anaérobie, on pouvait produire du gaz », explique Marie Josée Niyinyitoreye, actuellement chargée de la recherche, de l’élaboration et de la planification des projets à l’Organisation pour le Développement de l’Archidiocèse de Gitega (ODAG-Caritas Gitega).
Une expérimentation réussie à la clinique de Murayi
Mme Niyinyitoreye affirme avoir réussi à installer un digesteur à la clinique de Murayi gérée par l’ODAG-Caritas Gitega dans le cadre d’un projet environnemental de cette organisation. Aujourd’hui, la bouse produite par deux vaches de cette clinique est valorisée. Elle permet de produire une énergie renouvelable utilisée sur place, tandis que les champs de bananes et de maïs appartenant à la clinique sont fertilisés grâce aux résidus organiques.
Une ressource encore peu exploitée
Trentenaire, mère de quatre enfants et habitante du quartier Nyabututsi au centre-ville de Gitega, Marie Josée Niyinyitoreye rappelle que le biogaz est une énergie renouvelable, propre et bénéfique à plusieurs niveaux. Dans le digesteur, le gaz méthane (CH₄) est séparé de la matière solide, qui devient un excellent engrais riche en azote, phosphore et potassium. Le gaz sert à l’éclairage et à la cuisson, tandis que le fumier enrichit les sols.
« Le biogaz est une solution efficace pour préserver l’environnement. Il remplace avantageusement le bois de chauffage et le charbon de bois, et peut permettre de réduire de 80 % les dépenses liées à l’achat du charbon de bois », affirme-t-elle.
Elle ajoute que le fumier obtenu après fermentation est particulièrement bénéfique pour les cultures, car il est libéré du gaz méthane, un puissant gaz à effet de serre.
Cependant, elle déplore le coût élevé de l’installation d’un digesteur, qui dépend de sa taille. Le ciment, le sable, le gravier et les autres matériaux nécessaires rendent ce dispositif difficilement accessible aux familles à faibles revenus.
Une vision : démocratiser le biogaz
Pour rendre le biogaz accessible au plus grand nombre, Mme Niyinyitoreye propose la création d’une entreprise spécialisée dans sa production et sa distribution. Une telle structure permettrait aux utilisateurs d’acheter le gaz en fonction de leurs besoins, que ce soit pour la cuisson ou l’éclairage.
« Il faudrait un capital d’environ un milliard de francs burundais pour démarrer une telle entreprise », estime-t-elle.
Elle signale qu’au sein de l’ancienne province de Mwaro, 14 ménages ont déjà installé des digesteurs. Le coût moyen de leur installation varie entre 4 et 6 millions de FBu.
Elle suggère que ces digesteurs soient prioritairement installés dans des lieux très fréquentés comme les écoles, les hôpitaux, les camps militaires et policiers, les camps de déplacés, voire même dans les foyers.