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Médicaments de rue : un commerce qui échappe encore au contrôle sanitaire

Dans les marchés et certains espaces publics de Bujumbura, des vendeurs proposent ouvertement des produits présentés comme pouvant soigner la mycose des pieds, la teigne, les boutons ou encore d’améliorer l’apparence de la peau. Vendus hors des circuits pharmaceutiques habituels, ces produits soulèvent des interrogations sur leur qualité, leur sécurité et leur contrôle.

La vente de médicaments et de produits présentés comme thérapeutiques dans les espaces publics de Bujumbura, en dehors des circuits pharmaceutiques officiels, constitue un problème de santé publique lié au risque de circulation de produits non contrôlés et potentiellement dangereux pour les consommateurs.

« Ya miti ivura ibimeme, ibisekera… ntimutangwe hano irahari » (« Les médicaments qui peuvent soigner la mycose du pied, la teigne du cuir chevelu… sont disponibles ici, dépêchez-vous »). Cette phrase est devenue familière pour de nombreux habitants de Bujumbura. Elle résonne régulièrement dans les marchés, au centre-ville et dans d’autres endroits très fréquentés de la capitale économique. Des haut-parleurs installés à proximité des points de vente diffusent en continu des messages publicitaires pour attirer les clients. Les vendeurs vantent les mérites de différents produits thérapeutiques ou cosmétiques censés résoudre divers problèmes corporels. Parmi eux figurent des produits annoncés comme capables de soigner les mycoses des pieds, les affections du cuir chevelu comme la teigne, ou encore d’éliminer les boutons et autres imperfections de la peau.

A côté de ces produits, certains commerçants proposent également des insecticides destinés à éliminer les puces ou autres parasites et des crèmes et savons de différentes marques présentées comme permettant d’obtenir une peau plus claire, plus douce ou plus lisse.

Ce commerce ne se fait pas discrètement. Les vendeurs exposent leurs produits au grand jour et les clients intéressés les achètent publiquement. Toutefois, l’origine, la composition et l’efficacité réelle de certains de ces produits restent difficiles à vérifier. Leur présence dans des espaces publics pose également la question du respect des normes sanitaires, car ils sont distribués en dehors des pharmacies et autres structures officiellement reconnues pour la vente des médicaments.

L’OMS alerte sur la vente illicite des médicaments au Burundi

La circulation des médicaments en dehors des circuits officiels constitue un défi reconnu par les autorités sanitaires internationales. Dans la Stratégie de coopération OMS–Burundi 2024-2027, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) identifie la vente illicite des médicaments comme l’une des difficultés persistantes du secteur pharmaceutique burundais.

Selon ce document, malgré les progrès enregistrés dans l’amélioration du système de santé, plusieurs problèmes demeurent, notamment les ruptures de de stock de médicaments essentiels, la faible capacité de contrôle de la qualité des médicaments, la vente illicite des médicaments ainsi que l’absence d’une industrie pharmaceutique locale. Cette analyse montre que le phénomène ne constitue pas un problème isolé, mais plutôt un enjeu important pour la sécurité sanitaire.

Pour renforcer la surveillance du secteur, le Burundi a mis en place en 2021 l’Autorité burundaise de régulation des médicaments à usage humain et des aliments (ABREMA). Cette institution est chargée de contribuer à l’amélioration de la réglementation et du contrôle des produits de santé. Son action vise notamment à limiter la circulation des produits non conformes ou vendus en dehors des circuits réglementés.

La stratégie de l’OMS souligne également l’importance d’améliorer la disponibilité des médicaments essentiels. Les ruptures de stock des médicaments fréquentes dans les structures officielles peuvent, selon une analyse journalistique, favoriser le recours à des sources alternatives d’approvisionnement, y compris certains circuits parallèles. Toutefois, l’OMS ne présente pas directement ce lien comme une cause unique de la vente illicite des médicaments.

Face à ces défis, l’organisation recommande un renforcement du système pharmaceutique burundais à travers une meilleure réglementation, l’amélioration de l’accès aux médicaments essentiels et le renforcement des capacités des institutions nationales. Ainsi, derrière les messages publicitaires diffusés dans les rues de Bujumbura se cache un enjeu plus large de santé publique : garantir que les produits utilisés par la population soient contrôlés, sûrs et accessibles dans des circuits conformes aux exigences sanitaires.

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