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Mémorandum des Syndicats des enseignants : Le test de niveau à l’endroit des enseignants jugé injuste et inefficace

Bourrés de défis, le domaine de l’éducation au Burundi est au centre des débats depuis plusieurs années. Très souvent, le personnel enseignant est pointé du doigt comme étant le principal responsable de la détérioration de la qualité de l’enseignement. Dans leur mémorandum signé le 6 janvier 2022, les syndicalistes ont réagi au projet du ministre de l’Education Nationale et de la Recherche Scientifique d’organiser un test de niveau à l’endroit des enseignants en évoquant l’existence d’autres défis    

A la suite de la réforme du système éducatif, le gouvernement a manifesté ces dernières années un grand souci en ce qui concerne la qualité de l’éducation au Burundi. La mesure prise par le gouvernement de passer au recyclage du personnel enseignant pour redresser la situation fait objet de critiques et est jugée inefficace par les enseignants. «Depuis un certain temps, il s’observe des mesures intempestives qui viennent culpabiliser l’enseignant comme si la détérioration de la qualité de l’enseignement serait imputable uniquement à lui en faisant des facteurs réels qui gangrènent le système», peut-on lire dans le premier paragraphe de leur mémorandum. Pour les auteurs, l’insuffisance des supports pédagogiques, des équipements ou l’absence des laboratoires ou de bibliothèques sont de vrais défis que « certaines personnes » choisissent de passer sous silence.

Dans ce document de cinq pages, les syndicalistes accusent plutôt le ministère de ne pas être aussi prompt quand il s’agit de traiter la question en rapport avec l’amélioration des conditions de vie des enseignants. « Malgré les promesses maintes fois exprimées, les jeux de prolongation s’observent lorsqu’il s’agit de traiter des questions visant l’amélioration des conditions de vie et de travail du fonctionnaire enseignant », mentionnent-ils. Pour les syndicalistes, l’enseignant ne devient que bouc émissaire dans cette situation où, selon eux, certaines personnes prennent des raccourcis et accusent l’enseignant d’être à l’origine de cette situation au lieu d’affronter le nœud de la question. « Des tentatives de solutions non concertées et ne se référant pas à la loi sont envisagées et tout le fardeau est porté par l’enseignant », ont regretté les auteurs du long mémorandum.

La mesure prise par le gouvernement de passer au recyclage du personnel enseignant fait objet de critiques et est jugée inefficace par les enseignants.

Des défis d’ordre organisationnel pointés du doigt par les syndicalistes

Les syndicats s’inscrivent en faux contre l’organisation des examens en réseau scolaire et la mesure du ministère d’organiser un test de niveau à l’endroit des enseignants.  « Organiser un test de niveau à l’endroit des enseignants est une forme de les culpabiliser », s’insurgent les syndicalistes qui dénoncent le non-respect de leurs droits.  « Le fonctionnaire a droit au perfectionnement professionnel et à une adaptation permanente aux besoins nouveaux de l’administration publique. Chaque ministère inscrit, dans la prévision budgétaire annuelle, le financement de ce perfectionnement en fonction de ses effectifs », rappelle le document. D’après les syndicalistes, cette organisation d’un test de niveau constitue une injustice notoire à l’égard de l’enseignant, porte préjudice à sa moralité et à son professionnalisme. « On se demande pourquoi la préconisation de ce test dont nous doutons l’efficacité, la pertinence, la transparence et la finalité », font remarquer les enseignants.

L’organisation des examens en réseau scolaire est également pointée du doigt par les responsables des syndicats comme un des défis aux efforts mobilisés pour assurer une éducation de qualité. Pour eux, les examens en réseau scolaire n’ont pas raison d’être, car l’examen externe devait avoir l’objectif de certification, d’orientation ou de recrutement. En revanche, le ministère est félicité pour avoir accepté de suspendre ce type d’évaluation.

Les bonnes conditions de vie de l’enseignant toujours revendiquées

Quant à l’amélioration des conditions de vie et de travail des enseignants, les syndicats s’inquiètent de la lenteur dans le traitement de la question concernant la politique salariale équitable et au moment où le taux d’inflation ne cesse de grimper. Mais les enseignants affirment reconnaître les efforts du gouvernement sur ce volet.  «Nous reconnaissons les efforts déjà déployés par le gouvernement pour réduire les disparités salariales dans la période d’entre 2016 et 2020», admettent ces fonctionnaires qui déplorent cependant le fait que cette période n’a pas été respectée. Dans cette perspective, la question liée à l’ajustement salarial, au gel des annales, des primes et indemnités a été évoquée. « L’Etat devrait éviter la situation du passé qui a conduit le pays à faire des dépenses énormes pour la régularisation des salariés et cela après des mouvements de grève répétitifs.

Dans ce mémorandum envoyé au ministre de l’Education Nationale et dont la copie a été transmise aux grandes institutions du pays, les syndicalistes ont formulé quelques recommandations. Pour eux, le gouvernement devrait adopter une politique salariale équitable et surseoir à la mesure d’organiser le test conditionnant le perfectionnement des enseignants dans l’attente d’un dialogue entre tous les partenaires sur cette problématique. Tout de même, les syndicats demandent l’organisation d’un débat sur les examens en réseau scolaire dont la nature divise l’opinion. Aux enseignants, les représentants syndicaux demandent loyauté et professionnalisme. 

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