Les membres de la commission des affaires sociales, de rapatriement, de l’égalité des genres et de la lutte contre le Sida à l’Assemblée Nationale ont effectué du 15 au 17 octobre 2018 une descente dans certaines pharmacies et institutions de santé qui collaborent avec la Mutuelle de la Fonction Publique (MFP). Des manquements à l’égard de ses affilés ont été constatés
Les membres de la commission des affaires sociales, de rapatriement, de l’égalité des genres et de la lutte contre le Sida ont présenté lundi le 21 janvier 2019 dans l’hémicycle de Kigobe un rapport sur la collaboration de la mutuelle de la fonction publique avec certains hôpitaux et pharmacies.
Les anomalies constatées
La commission indique que les agents de la MFP ne rendent pas un bon service à ses affiliés. Tantôt ils ne sont pas à leurs services respectifs, tantôt ils manifestent un certain mépris à l’égard des affiliés. De plus, les pharmacies de la MFP ne disposent pas de médicaments suffisants. Les affiliés qui s’y rendent rentrent souvent bredouille du fait que les médicaments prescrits sur leurs bons ne sont pas disponibles. La mutuelle de la fonction publique ne leur accorde pas les spécialités. Une fois servis, elle leur demande des suppléments sur base du coût des génériques. De plus, lorsqu’on t’autorise d’aller acheter le médicament dans les pharmacies privées, leurs agents sont déjà au courant du secret qui est entre ces deux structures. Une fois qu’ils voient un bon de la mutuelle, ils ne tournent pas autour du pot en disant : « Ce médicament n’est pas disponible »
Selon la commission des affaires sociales de l’Assemblée Nationale, la mutuelle devrait payer 80% pour les génériques et 70% pour les spécialités
De surcroît, la mutuelle ne respecte pas ses engagements. En principe, elle devrait payer 80% pour les génériques et 70% pour les spécialités selon la loi. Néanmoins, le tarif qu’elle applique n’est pas facile à interpréter. A titre d’exemple, cette commission fait savoir qu’un affilié s’est rendu à la pharmacie Salama pour acheter un médicament revenant à 14 630 FBu en totalité. Ce qui a étonné les membres de la commission est que cet affilié a payé 1310 FBu et la mutuelle 13 310 FBu. Le second voulait acheter un médicament qui coûte 11 000 FBu à la pharmacie de la mutuelle. On lui a fait payer 10 000 FBu. Cette commission se demande le pourcentage sur lequel la mutuelle se base pour fixer ces montants. Elle fait remarquer que les textes n’ont pas été respectés. De plus, pendant les week-ends et les jours fériés, les agents de la mutuelle ne sont pas au service. Cette commission précise que cela perturbe les affiliés. Ceux qui ont les moyens sont obligés de se faire soigner à 100 % du fait que les agents de la mutuelle ne sont pas au service. La commission informe aussi que les affiliés de l’intérieur du pays se lamentent du fait qu’ils effectuent un long trajet à la recherche des pharmacies qui collaborent avec cette institution.
Pourquoi ces manquements ?
Selon cette commission, la MFP affirme qu’elle n’a pas de médicaments suffisants dans ses stocks. La raison majeure est qu’elle n’a pas l’autorisation d’arriver sur le marché pour s’approvisionner. Elle fait recours aux marchés publics qui exigent le lancement des appels d’offre afin de choisir les mieux offrants. Les sociétés qui ont le monopole du marché sont ALCHEM et MULTIPHAR. Nonobstant, là où le bât blesse est que ces sociétés vendent des médicaments en gros et en détail en même temps. Par conséquent, ce qui s’observe souvent est qu’elles commencent à servir leurs pharmacies de détail et la mutuelle est servie en dernière position. Ce qui est à l’origine de la pénurie des spécialités. A titre illustratif, la livraison des médicaments dont la commande a été effectuée en 2017 n’était pas encore clôturée en octobre 2018.
En plus du retard constate dans l’approvisionnement de la mutuelle par les sociétés qui gagnent les marchés, Martin Nivyabandi, ministre des Droits de la Personne Humaine, des Affaires Sociales et du Genre ajoute que ces sociétés cherchent un intérêt exorbitant comme toutes les autres sociétés commerciales. Ce qui fait que les médicaments sont chers. A titre d’exemple, un produit peut être vendu à 1000 FBu dans le pays d’origine et, après son arrivée au Burundi, il fait remarquer que ce même produit peut s’acheter à 26000 FBu. Et Nivyabandi de s’inquiéter que ce montant est exorbitant, car ce n’est pas compréhensible que ce produit soit vendu à un tel montant même si on y ajoute les frais de transport, de douane… Il ajoute que certains produits peuvent être étiquetés comme des génériques dans leurs pays d’origine et comme des spécialités au Burundi dans le même objectif d’engranger beaucoup d’intérêts.
Les stratégies pour inverser la tendance
Pour éviter toutes ces embûches, Nivyabandi fait savoir que la mutuelle compte nouer des relations avec la CAMEBU (Centrale d’Achat des Médicaments du Burundi) dans l’importation des médicaments. Dans une descente qui a été effectuée par la CAMEBU dans les pharmacies de la mutuelle, le constat est qu’une fois que cette institution nouerait des relations commerciales avec la mutuelle de la fonction publique, le profit pourra être de 50%. De plus, le problème de la pénurie des médicaments pourra être résolu. Selon toujours lui, on a mis en place le système d’octroyer des primer aux meilleurs agents via le contrat de performance pour encourager ceux qui rendent un bon service aux affiliés de la mutuelle.
La mutuelle de la fonction publique dispose actuellement trois agences: Ngozi, Mwaro et Gitega. Elle a 34 pharmacies au niveau national et compte mettre en place au moins une pharmacie a chaque district sanitaire. Elle collabore avec 55 pharmacies privées, 49 hôpitaux publics, 7 hôpitaux de Caritas, 404 centres de santé, 4 centres optiques, 98 centres de santé relevant des confessions religieuses et 23 centres de santé de Caritas.