Dans la ville de Ngozi, l’eau est devenue un bien rare depuis des mois. Les habitants passent des heures à chercher quelques litres de cette précieuse denrée, parfois au prix de lourds sacrifices financiers. Entre files d’attente interminables et spéculation sur les bidons, la crise risque de prendre des allures d’urgence humanitaire. L’administration tente de prendre des mesures pour rétablir l’accès équitable à cette ressource vitale.
Trouver de l’eau potable dans la ville de Ngozi est un défi quotidien pour différents ménages.
La ville de Ngozi, en province de Butanyerera, traverse une grave crise d’approvisionnement en eau. Depuis plusieurs mois, la pénurie d’eau s’est accentuée, compliquant le quotidien des habitants. Dans les rues, les scènes sont désormais familières : des femmes et des enfants portant des bidons sur la tête, des taxi-vélo transportant des récipients de 20 litres, ou encore des files interminables de jerricans alignés devant un robinet fonctionnel. Trouver de l’eau potable est devenu un véritable parcours de combattant, parfois au prix de plusieurs heures d’attente.
Jacqueline Niyonzima, habitante du quartier Rubuye, explique que dans sa localité, l’eau n’arrive en moyenne que trois fois par semaine. Elle estime pourtant que son quartier figure parmi les mieux desservis. « Les familles doivent toujours avoir des récipients pour stocker de l’eau en cas de coupure. Malheureusement, ce n’est pas une solution durable », déplore-t-elle. Pour de nombreux ménages, le quotidien rime désormais avec privation et improvisation.
Lorsque les robinets restent désespérément secs, les habitants qui en ont les moyens se tournent vers l’achat d l’eau. Un bidon de 20 litres coûte environ 1 000 FBu, une somme considérable pour les familles qui consomment des dizaines voire des centaines de litres par jour. Ceux qui n’ont pas la capacité financière de le faire n’ont d’autre choix que de parcourir de longues distances jusqu’aux vallées en contrebas du centre-ville où l’on trouve encore quelques fontaines fonctionnelles.
La crise touche particulièrement les établissements hôteliers et les maisons de passage. Une gérante de Salvani Hôtel, situé dans la périphérie de Ngozi, témoigne : « Quand les robinets sont à sec, nous devons acheter des dizaines de bidons d’eau pour nos clients. Chacun en utilise deux à trois par jour alors que nous avons une dizaine de chambres. Les coûts deviennent insupportables pour notre établissement. » Pour ces acteurs économiques, la rareté de l’eau n’est pas seulement une contrainte logistique, elle menace directement leur viabilité financière.
Face à l’ampleur du problème, les habitants multiplient les appels à l’administration et aux responsables concernés. Tous réclament une action rapide et coordonnée pour mettre fin à une situation qui affecte la santé, l’économie et la dignité des citoyens.
La situation inquiète les autorités qui tentent d’y apporter des solutions
Le 12 août 2025, une correspondance signée par Lin Bashingwanubusa, coordinateur provincial de l’eau et de l’assainissement a été adressée aux antennes locales de l’Agence Burundaise de l’Hydraulique et de l’Assainissement en Milieu Rural (AHAMR) ainsi qu’aux présidents des Régies communales de l’eau. Dans ce document, l’administration interdit formellement la vente de l’eau par des particuliers. « Il est formellement interdit à tout responsable ou détenteur d’un branchement privé d’eau de vendre cette eau. En effet, certaines personnes stockent l’eau dans des réservoirs en plastique ou en bâche (sheeting) afin de la revendre à un prix exorbitant », lit-on dans la correspondance susmentionnée. « Cette pratique nuit à l’accès équitable à l’eau potable et viole les règles en vigueur », insiste le texte.
Différents observateurs estiment que si cette interdiction constitue une première étape, elle ne règle pas le fond du problème : la faiblesse structurelle de l’approvisionnement en eau à Ngozi. Les habitants attendent désormais que des solutions durables soient mises en œuvre, qu’il s’agisse de la réhabilitation du réseau, de la construction de nouvelles infrastructures ou d’une meilleure gestion des ressources disponibles. En attendant, la population continue de souffrir et d’organiser son quotidien autour de l’eau alors qu’elle devrait être accessible à tous.