Depuis 2016, les relations entre le Burundi et l’UE et ses Etats membres se sont détériorées. Ce qui a occasionné la perte d’environ 430 millions d’euros prévus dans le 11ème Fonds Européen pour le Développement (FED). Du 24 avril au 4 mai 2021, le ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération au Développement a effectué une tournée auprès des institutions européennes, donnant ainsi espoir à la levée des sanctions prises par l’UE avant la fin de cette année
La tournée d’Albert Shingiro, ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération au Développement dans les pays membres de l’Union Européenne (UE) fut la première effectuée par une autorité burundaise dans ces pays depuis 5 ans.
En marge de cette tournée, Inès Sonia Niyubahwe, porte-parole du ministère ayant les affaires étrangères dans ses attributions déclare que les discussions entre le ministre et les différentes autorités européennes ont porté entre autres sur les sanctions prises par l’UE contre le Burundi. Celles-ci ont été prises en mars 2016 après la détérioration des relations qui est intervenue depuis 2015. Elles ont causé l’arrêt de l’aide direct au gouvernement.
« Nous avons l’espoir que les sanctions peuvent être levées avant la fin de l’année », fait remarquer Mme Niyubahwe.
La coopération entre les deux parties est régie par les accords de Cotonou signés par 79 Etats membres des pays ACP. Ce qui a fait que le Burundi devrait bénéficier un budget de 430 millions d’euros dans le cadre du 11ème FED. Cela pour la période de 2014 – 2020. Si les relations devraient aller bon train, le pays pourrait peut-être bénéficier non seulement du 11ème FED, mais aussi du 12ème FED.
La tournée d’Albert Shingiro, ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération au Développement dans l’UE et dans ses Etats membres constitue une lueur d’espoir pour la levée des sanctions prises contre notre pays en mars 2016.
L’arrêt de l’aide directe, une des causes de la carence des devises
Bien que l’aide directe ne soit pas le seul facteur qui apporte les devises dans le pays, les 430 millions d’euros ne peuvent pas être passés inaperçus. Ainsi la valeur du dollar qui apparemment est stable n’a cessé d’augmenter si on la compare à la valeur de la monnaie burundaise.
Vers les années 2010, on pouvait facilement changer le dollar au taux officiel à 1100 FBu ou 1200 FBu. En 2016, année du début des sanctions, le dollar se changeait à environ 1580 FBu, en 2018 le dollar se changeait à environ 1780 FBu et actuellement en 2021, un dollar se change à plus de 1900 FBu.
Si la levée des sanctions pourrait avoir lieu, on pourrait espérer un gain des millions d’euros entrant dans le pays. L’augmentation de ces billets permettra de les acheter moins cher. Ce qui valorisera la valeur de la monnaie burundaise. Cela car avec peu de francs burundais, on obtiendra facilement les devises.
Les prêts, un cadeau empoisonné
L’argent reçu en provenance des puissances étrangères est obtenu sous forme de dons ou de prêts. Selon le rapport sur la logique de l’allégement de la dette des pays les plus pauvres du Fonds Monétaire International (FMI), depuis des décennies, les prêts concessionnels par exemple constituent un élément non négligeable de l’aide internationale aux pays en développement qui, souvent pour les plus pauvres, est accordée à un taux d’intérêt égal ou inférieur à 1% sur plus de 30 ans.
« Malgré ces conditions préférentielles, nombre de pays pauvres ont éprouvé de plus en plus de difficultés à rembourser leur dette, essentiellement parce que leur croissance économique n’a pas été aussi rapide que prévu », lit-on dans le rapport.
Plusieurs facteurs ont contribué vers les années 1970 à 1980 à l’endettement des pays pauvres très endettés (PPTE) notamment, les chocs pétroliers, les taux d’intérêt élevés, les récessions dans les pays industrialisés, et la faiblesse des prix des produits de base.
« Les pays ont en partie compensé la dégradation de leurs termes de l’échange par un recours accru à l’emprunt », signale le rapport du FMI.
Les facteurs intérieurs ont aussi joué un rôle important dans cet endettement. De nombreux pays qui vivaient au-delà de leurs moyens (déficits commercial et budgétaire élevés et taux d’épargne faible) ne pouvaient nullement absorber par eux-mêmes les chocs extérieurs. Ils empruntaient alors encore plus massivement, souvent sans modifier leurs politiques afin de réduire leur dépendance à l’égard de ce type de ressources.
Selon une publication de février 2020 du Comité pour l’Abolition des Dettes Illégitimes (CADTM), la Banque Mondiale (BM) et le Fonds Monétaire International (FMI) ont systématiquement prêté à des Etats afin d’influencer leur politique. L’endettement extérieur a été et est encore utilisé comme un instrument de subordination des débiteurs.
La tournée a été également une occasion pour le ministre Shingiro d’échanger sur plusieurs opportunités, notamment l’exploitation du lac, le développement des infrastructures, l’exploitation des mines, le développement du secteur des finances, … La mise en oeuvre de ces opportunités se fait souvent par des contrats sur le long terme dont une grande partie est profitable aux firmes étrangères. Si on pouvait les mettre en oeuvre nous-même afin d’exporter les produits finis !