La note minimale d’orientation à l’enseignement post-fondamental a été fixée à 38%. André Nduwimana, doyen de l’Institut de Pédagogie Appliquée à l’Université du Burundi la juge trop basse. Il explique dans ce numéro les raisons de cette situation et les conséquences à long terme. Il se demande si les lauréats qui ont obtenu une note variant entre 38% et 52% estimés à 9420 vont réussir dans l’avenir
Le ministère de l’Education Nationale et de la Recherche Scientifique a publié ces derniers jours la note minimale d’orientation à l’enseignement post-fondamental. On a fait savoir qu’est admis à l’enseignement post- fondamental public et privé, tout candidat ayant obtenu au concours national de certification et d’orientation, édition 2020 une note supérieure ou égale à 76 sur 200, soit 38%. Ces élèves sont estimés à 9 420. Ils ont eu une note variant entre 38% et 52%. Ceux qui ont obtenu une note qui varie entre 52% et 70% sont estimés à plus de 12 948 et seront orientés dans les écoles à régime d’internat.
André Nduwimana, doyen de l’Institut de Pédagogie Appliquée (IPA) à l’Université du Burundi : «Je juge la note de 38% trop basse».
André Nduwimana, doyen de l’Institut de Pédagogie Appliquée (IPA) à l’Université du Burundi juge la note de 38% trop basse. Selon cet expert, cela justifie que plus de 75% des candidats au concours national ont échoué. Il le dit ainsi, car plus de 94 mille élèves étaient attendus à la passation du concours national cette année. Cette situation prouve qu’on a fait avancer des enfants qui n’ont pas de compétences. Nduwimana indique que c’est très grave de faire avancer des élèves d’un tel niveau, car ils ne disposent pas de bagages suffisants pour affronter le post fondamental.
Pourquoi cet échec ?
Nduwimana reconnait que les élèves burundais ne sont pas tous faibles. Il indique seulement qu’ils sont mal encadrés, car il y a certaines écoles de Bujumbura où tous les candidats ont réussi. La majorité des écoles où les élèves ont eu une note médiocre se trouvent en milieu rural. Sur ce, il jette le tort sur la qualité des enseignants, le manque de matériel didactique suffisant et d’encadrement. Il révèle qu’à Bujumbura et dans certaines écoles sous convention des confessions religieuses, les autorités scolaires sont très strictes. Les enseignants et les élèves sont en même temps sommés de travailler assidûment afin que leurs écoles respectives occupent de bonnes places.
L’enseignant de niveau D7, pas performant au 4ème cycle
Quant à la qualité des enseignants, Nduwimana s’inquiète de leur niveau de formation. Dans la majorité des écoles fondamentales de 4ème cycle, les enseignants de niveau D7 se taillent la part du lion dans la dispensation des cours. Et comme on a changé les programmes d’enseignement, ces enseignants ne sont pas à la hauteur de la matière qui leur est proposée. De surcroît, dans la plupart des écoles, il s’observe qu’un seul enseignant se charge de dispenser tous les cours littéraires. Même procédure pour les cours scientifiques. Il se demande comment un enseignant parvient à dispenser en même temps les cours de Français, d’Anglais, de Kirundi et de Kiswahili. Les mêmes doutes planent aussi sur l’enseignant des sciences. Il est contraint de dispenser en même temps les mathématiques, la technologie, la physique et la chimie. Au regard de la matière proposée aujourd’hui dans les écoles fondamentales de 4ème cycle, un D7 ne s’y retrouve pratiquement pas.
L’enseignant exposé souvent aux humiliations
Une enseignante prestant dans une des écoles fondamentales de la province de Bubanza qui s’est entretenue avec Burundi Eco affirme qu’elle dispense tous les cours littéraires. Suite au manque d’enseignants suffisants qualifiés dans tous les cours littéraires, le directeur lui a demandé de dispenser tous ces cours. Néanmoins, elle précise que ce n’est pas de la mer à boire. Elle nous a signifié que le cours qui l’embête c’est le Kiswahili. «Je ne l’ai appris nulle part. Nonobstant, suite à la pression de la direction, j’ai été obligée de le dispenser. Seulement, je suis exposée aux humiliations de la part des apprenants qui le comprennent mieux que moi», s’inquiète-t-elle. Selon cette enseignante, on ne donne que ce que l’on a. Néanmoins, elle fait remarquer que l’Etat commence à recruter des enseignants de niveau universitaire pour s’occuper du 4ème cycle de l’école fondamentale dans l’objectif d’inverser la tendance.
Quid des conséquences ?
A long terme, lorsqu’on fait avancer un élève qui a 38% au concours national, Nduwimana souligne que c’est un échec pour le système éducatif. Des doutes planent s’ils vont réussir au post-fondamental ou pas. Il craint que le pays va se retrouver avec des fonctionnaires ayant un niveau intellectuel très bas, car ce n’est pas au post fondamental qu’on apprend les notions de base.
Ce professeur de l’UB et expert en éducation argue que la pédagogie de la réussite a créé des confusions chez les enseignants. Pour lui, cette pédagogie ne signifie pas que tous les élèves doivent avancer de classe. Il s’agit plutôt de se rassurer qu’à chaque palier les enfants ont la compétence voulue, car la pédagogie de la réussite appelle la pédagogie différentielle. On doit se rassurer que les enfants les plus faibles sont en train d’être remorqués. Pour lui, faire avancer un enfant sans compétence c’est de la supercherie. Si la situation reste ainsi, il craint que le Burundi ait des hommes et des femmes qui ne sont pas compétents pour affronter les problèmes de la vie. Ils ne seront pas à mesure de développer les valeurs qui permettent à la société de bien évoluer.
Pour inverser la tendance, les décideurs doivent faire une introspection. Après avoir détecté cette problématique, il revient à eux de trouver le remède. Si certaines écoles comme les écoles d’excellence gagnent le pari, c’est qu’on attache beaucoup plus d’importance à l’encadrement. Ce n’est pas parce qu’ils sont plus doués que les autres. Ils sont bien encadrés et ils travaillent dans de bonnes conditions. Ils sont traités avec beaucoup plus d’attention. L’expert demande à l’Etat de penser à toutes les écoles, car le Burundi appartient à tout le monde. On devrait leur offrir la chance de compétir dans les mêmes conditions.