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Nouveau découpage administratif : Des services qui coûtent les yeux de la tête

Le nouveau découpage administratif au Burundi bouleverse l’accès aux services publics, notamment dans la commune de Mugere. Les citoyens doivent parcourir de longues distances et dépenser des sommes importantes pour obtenir les documents essentiels. Les autorités locales reconnaissent les défis et promettent des améliorations à venir.

Certaines zones ne disposent pas encore de bâtiments opérationnels pour accueillir les services administratifs.

Depuis la mise en œuvre du nouveau découpage administratif au Burundi, l’accès aux services publics est devenu un véritable parcours du combattant pour de nombreux citoyens. La réorganisation territoriale a modifié la localisation de plusieurs services, compliquant ainsi la vie des demandeurs comme en témoigne la situation dans la commune de Mugere, province de Bujumbura. Délimitée par le lac Tanganyika et la rivière Muha, la commune de Mugere est aussi limitrophe des communes de Mukaza, Muhuta et Rwibaga. Son chef-lieu se trouve dans les anciens locaux de la commune Kabezi, autrefois rattachée à Bujumbura Rural.

Un calvaire pour les citoyens

Ce nouvel emplacement constitue une véritable entrave pour les habitants des zones éloignées. Guy Fleury Ishimwe, un jeune de 20 ans résidant à Kinindo raconte son périple pour obtenir sa carte nationale d’identité, un document administratif qui ne peut être délivré que par l’administrateur communal. Parti tôt le matin pour se rendre à Kabezi, une destination qu’il découvrait pour la première fois, il a dû prendre un taxi Changa-changa (2 000 FBu) jusqu’à Kanyosha. De là, il a pris sur une moto pour 6 000 FBu jusqu’à Kabezi avant de payer encore 2 000 FBu pour atteindre le chef-lieu de la commune Mugere. « Heureusement que j’avais déjà payé les 3 000 FBu exigés pour obtenir la carte nationale d’identité ; sinon j’aurais dû reprendre une autre moto aller-retour pour aller payer ailleurs. Car, au chef-lieu de la commune, on ne paie pas en espèces et il n’y a pas de banque », explique-t-il.

Une fois sur place, on lui a demandé un cahier de ménage ou tout autre document prouvant qu’il réside bien à Kinindo. Sans cela, impossible d’obtenir sa carte d’identité. Alors qu’il réfléchissait à la possibilité de rentrer chez lui et de revenir avec les justificatifs, il s’est souvenu qu’il avait sur lui sa carte d’électeur. Il l’a présentée et cela a suffi pour continuer la procédure. Mais il fallait encore attendre que les autorités reviennent d’une réunion pour signer les documents. En attendant, il s’est dirigé vers un petit restaurant situé à proximité. Une assiette d’Uburobe accompagnée de sauce lui a coûté 6 000 FBu. C’est là qu’il réalise que ce document, initialement prévu pour 3 000 FBu allait lui coûter plus de 40 000 FBu au total.

Il n’était pas seul dans cette attente. Pascasie, une femme en situation de handicap, cherchait une attestation d’indigence pour ses enfants. Cette résidente de Gomvyi avait marché plus de deux heures pour arriver jusqu’au chef-lieu de la commune Mugere. Elle savait qu’elle ne pouvait pas se permettre de rentrer sans le document au risque de devoir refaire le trajet le lendemain, une épreuve qu’elle ne voulait pas revivre.

Les autorités conscientes du problème

Tous les demandeurs des services administratifs rencontrés sur place partageaient le même sentiment: « Je ne veux pas revenir ici demain. » Une phrase qui en dit long sur le coût non seulement financier, mais aussi en temps et en énergie.

Ces citoyens déplorent que les services administratifs leur coûtent cher, tant en argent qu’en journées de travail perdues. « Pour venir jusqu’ici, il faut sacrifier toute une journée. Et pour celui qui doit revenir? Il ne pourra rien faire d’autre pendant deux jours. Il faut que ces procédures soient simplifiées pour le bien de tous », suggère Guy Fleury Ishimwe.

Lénus Havyarimana, secrétaire exécutif communal de Mugere, reconnait les difficultés rencontrées par la population depuis le nouveau découpage administratif. Il confirme que le problème est connu et qu’il touche également des administratifs de base.  Cette nouvelle commune est issue de la fusion de quatre anciennes communes: Muha, Kabezi, Mutambu, ainsi que deux zones de l’ancienne commune de Kanyosha. « Auparavant, les communes étaient petites, ce qui facilitait la convocation des chefs de zone aux réunions. Mais aujourd’hui, convoquer un responsable venant de la zone Ruyaga ou de Mutambu pour une réunion à Kabezi représente un véritable défi en termes de déplacement », explique-t-il. Un autre défi majeur concerne les infrastructures. Certaines zones ne disposent pas encore de bâtiments opérationnels pour accueillir les services administratifs. Il cite notamment le cas de la zone Ruziba dont le bâtiment prévu pour cela est toujours en chantier. L’entreprise initialement chargée des travaux n’ayant pas pu les achever dans les délais, le marché a dû être attribué à un autre prestataire.

En attendant la fin des travaux, le lycée Ruziba a mis à disposition deux salles pour permettre aux administratifs de la zone de continuer à travailler. Malgré cette solution temporaire, les habitants de Ruziba sont contraints de se rendre jusqu’au chef-lieu de la commune Mugere pour accéder à certains services essentiels. « Les débuts sont toujours difficiles », admet M. Havyarimana, tout en assurant que la situation finira par s’améliorer avec le temps.

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