Les organisations de la société civile, l’Etat, les partenaires techniques et financiers, le gouvernement et le monde de la recherche doivent collaborer de façon effective pour aboutir au développement durable. Cela a été proposé dans une table ronde organisée par le consortium CARE-REJA- ACTION AID International en collaboration avec le ministère de l’Intérieur, du Développement Communautaire et de la Sécurité Publique et les autres ministères sectoriels, les organisations de la société civile, la délégation de l’Union Européenne, le groupe de réflexion GRIDDA
Du 10 au 11 février 2021, le consortium CARE-REJA-ACTION AID en collaboration avec le ministère de l’Intérieur, du Développement Communautaire et de la Sécurité Publique et les autres ministères sectoriels, les organisations de la société civile, la délégation de l’Union Européenne et le groupe de réflexion GRIDDA a organisé une table ronde sur le partenariat innovant pour le développement durable au Burundi. Selon le consortium CARE-REJA-ACTION AID, le résultat principal de cette table ronde est l’amélioration de la collaboration effective et le partage sur les innovations émergentes de la société civile, du monde de la recherche et des ministères techniques. La raison est que selon une étude qui a été menée, on a constaté qu’il y a une faible participation des organisations de la société civile (OSCs) dans l’élaboration et la mise en œuvre des politiques publiques. Il est estimé à 15,9%. En termes de soumission, 47,2% des OSCs n’ont effectué aucune proposition de politique depuis leur création. En termes d’adoption, 39% des OSCs qui ont fait des propositions de projets ont observé un taux d’adoption des politiques de 80% et plus. Une OSC sur 4 voit ses propositions de politiques systématiquement non adoptées. Ce qui remet en question la qualité et les approches de soumission. Moins de 35% des OSCs bénéficient d’un financement public que ce soit pour les activités ou le fonctionnement des organisations. Environ ¾ des OSCs collaborent formellement entre elles dans des structures bien organisées. 63,5% estiment que ces réseaux ne sont pas efficaces et n’y trouvent pas une plus-value. En ce qui concerne les financements, dans seulement 4% des cas, les OSCs bénéficient du financement de l’autorité publique.
Christophe Nyabenda, directeur des affaires administratives, Juridiques et politiques au sein du ministère de l’Intérieur, du Développement Communautaire et de la Sécurité Publique : «Le rôle des OSCs dans le développement est incontournable»
Que disent les OSCs sur la collaboration avec l’Etat ?
Julien Ngendakumana, président d’une association dénommée Communauté des Personnes Engagées pour Promouvoir l’Entrepreneuriat et le Développement Durable confirme cette situation. Tantôt la collaboration entre les OSCs et l’Etat est bonne, tantôt elle est mauvaise. Selon lui, les OSCs se réjouissent de la mise en place d’une loi régissant les associations sans but lucratif (ASBLs). Néanmoins, il manque encore les textes de sa mise en application pour que les OSCs contribuent de façon effective au développement du pays. «Vous savez par exemple que ces derniers jours on a suspendu l’enregistrement de nouvelles OSCs au ministère de l’Intérieur, du Développement Communautaire et de la Sécurité Publique. Cela a constitué un défi majeur pour les organisations qui souhaitent contribuer au développement du pays», s’inquiète-t-il. La loi régissant les ASBLs prévoit dans son article 3 la mise en place d’un cadre de concertation entre les OSCs et le ministère de l’Intérieur, du Développement Communautaire et de la Sécurité Publique pour faciliter le fonctionnement des OSCs. Nonobstant, ce cadre n’est pas encore mis en place. Selon Ngendakumana, cela fait que les OSCs ne soient pas accueillies de la même manière dans les communes et les provinces alors qu’elles sont enregistrées au ministère de tutelle. On te demande les documents qui t’autorisent à opérer dans cette localité. Cela inquiète les OSCs, car elles sont déjà connues par le ministère de tutelle. Il arrive même des cas où on t’empêche définitivement de travailler. Avec cette table ronde, Ngendakumana espère que la situation va s’améliorer.
«La collaboration entre les OSCs n’est pas bonne»
Ngendakumana affirme aussi que la collaboration entre les OSCs n’est pas bonne. Certaines OSCs mettent en avant leurs intérêts. Il déplore que les intérêts de la population soient quelquefois relégués aux oubliettes. De plus, ce manque de collaboration fait que les efforts soient concentrés sur les mêmes endroits. Tout le pays n’est couvert. Et de marteler que la collaboration effective entre toutes les OSCs et l’Etat va mettre fin à toutes ces embûches. Le manque de collaboration entre les OSCs et l’Etat constitue un défi majeur pour le développement du pays, laisse entendre Ngendakumana. On n’arrive pas aux résultats escomptés. Il y a risque de concurrence entre les OSCs. Il y a aussi le gaspillage des fonds, car on intervient là où ce n’est pas nécessaire. Et d’ajouter la perte de confiance à l’endroit de l’Etat. Bref, selon lui, c’est le peuple qui devient victime de tous ces dysfonctionnements. Le niveau de pauvreté et les autres formes de vulnérabilité augmentent malgré l’existence des milliers d’OSCs dont la mission est de contribuer à la lutte contre la pauvreté des populations. Il évoque à titre illustratif la mendicité exercée par les personnes vivant avec un handicap et les personnes âgées qui devient criant dans les centres urbains en général et dans la Mairie de Bujumbura en particulier. Au regard de cette situation, on se demande si les OSCs existent.
Le gouvernement prêt à bien collaborer avec les OSCs
Christophe Nyabenda, directeur des affaires administratives, Juridiques et politiques au sein du ministère de l’Intérieur, du Développement Communautaire et de la Sécurité Publique affirme que le rôle des OSCs dans le développement est incontournable. Et d’affirmer que le gouvernement est prêt à bien collaborer avec toute OSC qui souhaite travailler dans le strict respect de la loi dans l’optique de contribuer au développement durable. Il fait savoir que plus de 7000 OSCs sont enregistrées au ministère de l’Intérieur, du Développement Communautaire et de la Sécurité Publique. Néanmoins, il s’inquiète que seulement à peu près 400 OSCs sont à l’œuvre pour appuyer l’Etat dans le développement. Cela ressort des rapports qu’elles fournissent à ce ministère pour évaluation et des informations recueillies auprès des élus locaux. Selon Nyabenda, les OSCs qui ne travaillent pas n’ont rien à donner comme rapport. Cependant, elles n’hésitent pas à crier en arguant que l’Etat ne veut pas collaborer avec elles.
Nyabenda déplore aussi que certaines OSCs peinent à bénéficier des financements. Selon lui, il a été constaté que certains partenaires financent les mêmes OSCs. Avec l’amélioration de la collaboration entre l’Etat et les partenaires techniques et financiers, il espère que le défi de financement sera levé. Cependant, il déplore lui aussi que certaines OSCs mettent en avant leurs intérêts. Le développement de la population est quelquefois sacrifié. Avec la collaboration effective entre le ministère de tutelle et les OSCs, il promet d’inverser la tendance pour que personne ne soit laissé derrière comme le stipulent les ODDs. Il demande à toutes les OSCs de s’atteler aux activités auxquelles elles ont souscrit pour réussir dans leur mission. Dans ce sens, toute personne pourra avoir à manger comme le précise souvent le Président de la République à travers ses discours. Il promet aussi de mettre en place un cadre de concertation entre les OSCs et le ministère de tutelle prévu par la loi régissant les ASBLs pour pouvoir bien collaborer.
Hon. Janvière Ndirahisha demande aux OSCs de se concentrer sur leurs missions et les visions auxquelles elles ont souscrit. Cela leur permettra de contribuer objectivement et positivement au développement socio- économique du pays. Il a été constaté que certaines OSCs dérapent et se lancent dans la politique alors que cela est incompatible avec leur mission. Ce qui altère la collaboration.
Mme Théodora Nisabwe, professeur à l’UB : «Les résultats de la recherche ne cessent d’être produits et cela depuis longtemps. Néanmoins, ils ne sont pas exploités pour le développement du pays».
La mauvaise collaboration a un impact négatif
Alexis Bizimungu, économiste et professeur à l’université du Burundi qui a représenté GRIDDA affirme aussi que la collaboration entre les OSCs, l’Etat et le monde de recherche n’est pas bonne. Ce qui a un impact négatif sur le développement. Selon Bizimungu, les OSCs ont besoin des résultats de la recherche dans leurs missions. Pour mener la plaidoirie, elles ont besoin de partir des problèmes réels identifiés par les chercheurs. Elles peuvent demander aux chercheurs de leur proposer des réponses aux problèmes socio-économiques et environnementaux auxquels fait face la population. De même pour l’Etat et les partenaires techniques et financiers. Ils ont besoin des résultats de la recherche pour pouvoir mener au bon port leurs interventions. Malgré toute cette importance de la recherche pour une prise de décision éclairée, Bizimungu déplore que la collaboration digne de ce nom entre les OSCS et le monde de la recherche n’existe pas. Les décideurs ne valorisent pas les résultats de la recherche. Les réponses des décideurs aux problèmes socio- économiques et environnementaux ne sont pas éclairées par des évidences scientifiques. Les partenaires techniques et financiers (PTF) n’appuient pas convenablement le monde de la recherche. Il n’y a pas une synergie entre le gouvernement, les PTF, les OSCs et le monde de la recherche pour trouver des réponses innovantes aux problèmes socio- économiques.
Mme Théodora Nisabwe, professeur à l’UB fait remarquer que les résultats de la recherche ne cessent d’être produits et cela depuis longtemps. Néanmoins, ils ne sont pas exploités pour le développement du pays. Selon elle, les décideurs sont réticents à l’utilisation des résultats de recherche car, dans les recherches scientifiques, il y a une rigueur méthodologique. Cette rigueur fait que les résultats de la recherche concernent les faits tels qu’ils sont et non tel que les décideurs voudraient qu’ils soient. Selon Mme Nisabwe, c’est un grand problème. Vous faites une recherche. Vous indiquez là où le bât blesse et les décideurs s’y opposent. Ils préfèrent avancer avec leurs propres propositions. Il arrive des cas où on manifeste un certain mépris à l’égard des résultats de la recherche.
Notons qu’on demande aux OSCs, l’Etat, les Partenaires techniques et le monde de la recherche de rectifier le tir en renforçant la collaboration. Le genre devra être pris en compte pour ne laisser personne derrière. Le développement d’une stratégie de communication est nécessaire pour accéder aux résultats de la recherche. Pour ce faire, la mise en place d’une bibliothèque virtuelle a été recommandée. Un des participants à la table ronde a fait savoir que la plupart des résultats de la recherche ne sont pas exploitées, car elles ne sont pas connues du grand public. Elles sont dans les tiroirs.