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Le pays face aux fraudeurs et aux corrupteurs

 

Tous les secteurs souffrent de la fraude et de la corruption. Cela  est ressorti  d’une réunion tenue à Bujumbura le 5 mars 2016 à l’intention des services de l’Etat et du secteur privé. D’où la demande de changement de mentalités pour éradiquer ces fléaux.

« Aussi longtemps qu’on ne change pas de mentalités, aussi longtemps que les responsables du pays sont toujours corrompus, la fraude ne sera jamais éradiquée», déclare Ir Serge Ndayiragije, ministre à la présidence chargée de la Bonne Gouvernance et du Plan. Il demande à l’Office Burundais des Recettes (OBR) d’amener  directement le fraudeur devant la justice sans attendre les enquêtes. « Il paiera étant sous les verrous », ajoute-t-il. Ir Ndayiragije regrette qu’au moment où le trésor public frôle la faillite, certains cherchent à s’enrichir illicitement. Il avoue qu’il y a des burundais qui au lieu d’être des patriotes sont devenus des ventriotes. Ir Ndayiragije déplore par exemple qu’à peu près 76 milliards de FBu ont été détournés sur les exonérations de 2015. Cependant, Dr Domitien Ndihokubwayo, commissaire général de l’OBR indique que les 76 milliards de FBu détournés au niveau des exonérations résultent du rapport provisoire. « Par ailleurs, cette somme a été gonflée par les amendes. La valeur des exonérations avoisine 10 milliards de FBu », informe-t-il. Néanmoins, Dr Ndihokubwayo ne situe pas le problème  sur les exonérations, mais plutôt quand les bénéficiaires changent de destination. Ce qui ne facilite pas le suivi.

Les secteurs les plus corrompus

Selon le ministre Ndayiragije, les secteurs comme les marchés publics, la justice et la police sont les plus gangrenés par la corruption. Par exemple, d’après toujours Ir Ndayiragije, il est arrivé que dans la passation d’un marché, plus précisément au ministère de la Santé Publique,  le soumissionnaire qui avait eu la deuxième place a gagné le marché. « Cela avec une différence de 300 millions de FBu », s’indigne-t-il. Ir Ndayiragije reconnait également que le traitement des dossiers au ministère de la Justice est souvent conditionné par des pots de vin. Pour ce qui est des marchés publics, Edouard Nzigamasabo, directeur général de l’Autorité de Régulation des Marchés Publics (ARMP) ne nie pas l’existence de la fraude au sein de cette institution. Il jette le tort sur le code des marchés publics. M.Nzigamasabo signale que ce code favorise l’autorité contractuelle au détriment du soumissionnaire. Il témoigne que les sanctions s’appliquent indirectement au premier tandis qu’elles sont directes pour le second. M.Nzigamasabo revient par ailleurs sur l’incompétence des travailleurs et sur le fait que la prestation des marchés se fasse aujourd’hui au niveau des communes. D’après Dr Joseph Butore, deuxième vice-président de la République, il n’y a pas de fraude sans corruption.  Avant donc que ces secteurs ne soient ciblés, Dr Butore  avait cité à son tour les secteurs les plus corrompus. C’est notamment dans le commerce transfrontalier, dans les appels téléphoniques entrant de l’extérieur du pays, dans le domaine agricole où les engrais sont importés sur des faux documents, dans la circulation routière…

Les constants ne suffisent pas

Dr Joseph Butore déclare alors qu’il ne suffit pas de constater l’existence de la fraude et de faire des critiques interminables. Il affirme que la maladie est déjà là. « Ce qui importe le plus c’est que tous les citoyes conjuguent les efforts afin d’éradiquer la fraude. Le gouvernement est prêt à disponibiliser les moyens légaux, humains et matériels pour faciliter ce travail », conclut-il.

La deuxième réunion a été projetée au mois de juillet.

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