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La pêche, un métier pénible et à haut risque

21 jours d’aventures dans un lac de plus d’un kilomètre 400 mètres de profondeur et plus de 10 heures chaque jour dans le lac, Vincent Ntirampeba a préféré pratiquer la pêche. Cela en attendant qu’il soit engagé comme enseignant. Pour lui, le métier de pêcheur est dur. Toutefois, vaut mieux le pratiquer que de rester passifs ou marauder

Selon Emmanuel Mvuyekure, patron pêcheur et président de la Coopérative des Pêcheurs et Patrons Pêcheurs au Burundi (CPPBU), la vie d’un pêcheur laisse à désirer. Il mène une vie très difficile. La plupart des pêcheurs n’arrivent pas à satisfaire les besoins de la famille.  Les revenus restent faibles suite à la chute de la production.  Je peux quitter la maison pour rejoindre le débarcadère sans aucun sou. Je m’endette pour avoir de quoi mettre sous la dent. La rémunération est fonction des captures. Plus la moisson est bonne, plus la rémunération est importante. En cas de pénurie de poissons, je ne touche rien et certains patrons pêcheurs limogent tous les membres d’équipage pour confier la tâche à d’autres pêcheurs, s’indigne un pêcheur rencontré à Muguruka en commune Nyanza-lac.

Portrait d’un pêcheur

Il habite la colline Gitunda, zone Gitaza, commune Rumonge, province Rumonge. Célibataire-pêcheur, depuis bientôt une année et demie, Vincent Ntirampeba est lauréat de l’école secondaire, section pédagogique. « J’attends  d’être engagé comme fonctionnaire de l’Etat. Comme je ne peux pas rester bras croisés, j’ai préféré pratiquer la pêche. La rémunération n’est pas fixe et dépend de la quantité des poissons capturés  », explique le vingtenaire. Pour arriver à l’étape d’être rémunéré, il témoigne que ce n’est pas facile. Courageux, il affirme que tout est possible. «D’ailleurs, si le salaire était fixe et si je pouvais prétendre a une indemnisation, je préférerai rester dans le métier que de continuer à tendre la main à l’Etat pour qu’il me donne du boulot», précise M. Ntirampeba.

La rémunération d’un pêcheur est fonction des captures.

Tout commence à la maison

Vincent Ntirampeba indique qu’il part de chez lui à 7 heures du matin vers le site de débarquement de Rumonge. Cela après avoir fait la toilette. « Le trajet dure 1 heure 30 minutes. Je prends un taxi-vélo que je loue 5 mille FBu », informe-t-il.

Arrivé au site de débarquement, M. Ntirampeba annonce que lui et son coéquipier montent à bord du bateau de renfort. Ils vont dans le lac pour ramener le bateau de pêche au bord du lac.

« Nous prenons les caisses dans lesquelles nous conservons du poisson et deux arbres que nous utilisons pour maintenir deux bateaux en équilibre et nous les déposons au bord du lac », fait-il remarquer. Et de marteler : « Nous installons par après le moteur. C’est celui-ci qui fait tourner le bateau. Nous faisons des tours d’essai pendant 20 à 30 minutes. Nous retournons ensuite sur les lieux d’accostage ».

Par après, le capitaine fait l’état des lieux du matériel au patron du bateau. On répare ce qui est à réparer une fois  que cela existe. Les pêcheurs à leur tour prennent le petit déjeuner, fait savoir M. Ntirampeba. Ensuite, il se repose. Le repos se termine, selon toujours lui, à 14 heures.

Les pêcheurs reprennent le même exercice de vérifier si les bateaux sont en bon état. A 15 heures 30 minutes, relate M. Ntirampeba, les pêcheurs prennent le dîner. La ration pour un pêcheur est composée de thé noir et de beignets pour le petit déjeuner, du riz, du haricot, de la viande, du poisson et le foufou pour le diner. La restauration pour un pêcheur émane des cotisations, soit 20 mille FBu par mois et par pêcheur.

L’instant tant attendu

A 16 heures, révèle M. Ntirampeba, les pêcheurs mettent les gilets de sauvetage et les vestes. Et de poursuivre : « Les vestes et les sachets sont utilisés pour se protéger contre la pluie et les intempéries. Les pêcheurs achètent eux-mêmes les gilets de sauvetage à 35 mille FBu et les vestes».

M.Ntirampeba raconte qu’on commence par après à se faire enregistrer au poste de marine avant de prendre le départ. Et puis, notifie-t-il, on se dirige vers le cœur du lac (mw’igezi). Le trajet dure environ 2 heures et on commence par guetter les meilleurs endroits où la prise peut être meilleure. C’est vers 20 heures que la prise du « Ndagalas » et des « Nyamunyamu » est faite et celle des « Mukeke »vers minuit. « En cas d’intempérie, rapporte M. Ntirampeba, le bateau est tourné vers la direction de provenance du vent. « Pas de toit pour se protéger contre la pluie. On se met dans les vestes ou on se couvre par des sachets en plastiques », éclaire-t-il avant de garder silence sur ce qui se passe lorsqu’on veut se soulager. Quant au pêcheur qui tombe malade, il est directement évacuer par les collègues. Et de regretter : « C’est le pêcheur qui se soigner lui-même. Nous ne sommes pas assurés».

Concernant l’insécurité, M. Ntirampeba dit que les pêcheurs sont exposés au vol de moteurs dont la valeur est estimée entre 2 et 6 millions de FBu. « Dans ce cas, nous sommes en position de faiblesse. Les voleurs sont souvent armés de fusils. Nous ne pouvons pas engager un combat étant dans le bateau haut de 80 cm ou de 1 mètre », déplore-t-il.

M. Ntirampeba dit que le retour au bord du lac se fait 6 heures du matin. L’arrivée au site de débarquement est prévue entre 7 heures et 8 heures du matin. On passe au poste de marine pour faire enregistrer notre retour.

«Les patrons nous attendent et vendent la production immédiatement. Après avoir évalué toutes les dépenses, nous partageons l’argent encaissé», apprend-t-on.

Si la production a été bonne, M. Ntirampeba gagne 150 mille FBu par mois. Au cas contraire, il gagne 30 mille FBu. 21 jours de vie dans le lac, il retourne à la maison pour y passer une semaine. «L’argent gagné est utilisé pour aider les parents à se rationner ou à labourer les champs», conclut-il.

Les conséquences se font sentir surtout chez les pêcheurs. Ceux-ci s’endettent auprès de leurs patrons. Et les revenus servent essentiellement à combler les dépenses engagées lors de l’achat du carburant.

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