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La pénurie du carburant persiste malgré la hausse des prix à la pompe

Le Burundi fait face à une pénurie du carburant sans précédent depuis plusieurs mois. La mesure de revoir à la hausse le prix du carburant à la pompe n’a presque rien changé. Le secteur du transport est touché par une spéculation innommable et tourne au ralenti. Reportage

Il est autour de 9 heures quand nous débarquons au parking dit de Cotebu, au niveau des bureaux des agences de voyage. A cette heure, ce parking grouille de monde comme d’habitude. Ici et là, le regard se porte sur de petits vendeurs ambulants qui proposent à chaque passant une bouteille de jus ou un paquet de biscuit. Ce mercredi, les employés des agences de voyage savourent encore une longue pose forcée. «  Non, nous n’accueillons plus parce que nous ne savons pas s’il y aura encore un bus pour Muyinga. Ce matin, nous avons été obligés de rembourser l’argent qu’ils avaient empoché après avoir échoué à rendre disponible le bus de 11 heures », se désole un employé à qui nous demandons un ticket. 

Selon lui, rien n’a changé avec la décision du ministre ayant l’énergie dans ses attributions de revoir à la hausse le prix du carburant à la pompe. « Peut-être que cela a uniquement favorisé les usagers des petites voitures. Sinon, nous avons besoin de mazout et il n’y en a toujours pas », lance-t-il. 

Au niveau du parking de Cotebu, les voitures probox sont plus nombreuses que  les minibus qui se comptent sur les doigts de la main.  Là, les chauffeurs font la loi sur le coût du transport. Un chauffeur  rencontré sur place nous a raconté combien son boulot est devenu difficile. Il est venu de la ville de Ngozi la veille et a dû passer une nuit à Bujumbura pour prendre de l’essence. « La situation à l’intérieur du pays est plus que catastrophique », résume ce quinquagénaire.     

La mobilité reste un casse-tête pour les Burundais malgré la récente hausse des prix du carburant à la pompe.

La mobilité rendue à jamais difficile

Les voyageurs voulant se rendre à l’intérieur du pays se tournent vers les minibus et les probox reliant la capitale économique Bujumbura à différents points de l’intérieur du pays. Malheureusement, ils doivent faire face à la férocité des chauffeurs qui ont désormais revu à la hausse le prix du ticket de transport parfois jusqu’à plus de trois fois le prix officiel. En guise d’exemple, il faut payer jusqu’à 25000 FBu le trajet Bujumbura-Ngozi et jusqu’à 20 000 FBu le trajet Bujumbura-Gitega. 

Pour ceux qui doivent aller plus loin, il faut suffisamment de préparer. « Il est difficile d’avoir un véhicule qui relie Bujumbura à Muyinga. Il te faut donc faire une escale à Ngozi pour embarquer ensuite pour Muyinga », explique un chauffeur d’une voiture probox résidant dans la ville de Ngozi. Pour le trajet Ngozi-Muyinga, le ticket est de 25 000 FBu. Le prix pour un aller-retour est donc de 50 000 FBu pour le trajet Bujumbura-Muyinga qui avant la pénurie du carburant ne dépassait pas 28 000 FBu à bord d’un minibus ordinaire. Dans l’agence de voyage, le ticket pour le trajet Bujumbura-Muyinga est passé à 17 000 F alors que le prix officiel n’était que de 12 500 FBu. Décidément, les prix officiels sont ignorés. Pour les chauffeurs, le prix du ticket est à prendre ou à laisser.

Dans la capitale économique Bujumbura, la mobilité reste un casse-tête. La marche reste de rigueur. Les gens continuent à faire la queue au niveau des arrêts-bus et les bus sont toujours rares.

Des lamentations qui n’en finissent pas

Parmi les personnes rencontrées au parking des agences à Cotebu, certaines affirment être retournées pour la deuxième fois chercher un ticket. « J’avais déjà manqué un ticket. J’ai eu la chance d’en avoir un aujourd’hui », répond Simon Barakazi qui attend un bus au parking. Une femme rencontrée à l’entrée du Bureau de l’agence Méménto vient de se voir obligée de reporter l’heure de son voyage. Inquiète, elle doit se résigner et attendre. 

D’autres personnes acceptent de se déplacer à bord des voitures probox malgré elles. « J’ai dû payer  18 000 FBu pour arriver à Gitega alors que j’avais échoué à avoir un ticket de 10 000 FBu à l’agence de voyage », confie un jeune fonctionnaire affecté à Gitega qui s’apprête à prendre un bus.

En se référant à la nouvelle hausse des prix des carburants à la pompe intervenue le 28 avril 2022, le ministère en charge du transport a annoncé les nouveaux prix officiels pour les transports ce mercredi 4 mai 2022. Malheureusement, la récente hausse des prix du carburant à la pompe n’a pas pu produire des résultats palpables sur les difficultés qui s’observent au niveau de la mobilité à travers le pays.  

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