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Pénurie d’intrants : une crise de trop pour les caféiculteurs

A Kayanza, cœur de la production caféière au Burundi, les producteurs tirent la sonnette d’alarme. Entre pénurie criante de produits phytosanitaires et absence d’engrais, « l’or vert » burundais se ternit. Privée de soins, cette culture décline en quantité comme en qualité, laissant les agriculteurs avec un sentiment d’abandon malgré le rôle vital du café dans l’économie nationale.

Si ces maladies des caféiers peuvent avoir des effets sur la quantité, ils peuvent aussi impacter la qualité du café à produire.

« Cette année, nous n’avons reçu ni pesticides ni engrais », déplorent la plupart des caféiculteurs rencontrés dans la commune de Kayanza. Pourtant, l’entretien des caféiers répond à un calendrier technique rigoureux : La pulvérisation se fait normalement deux fois par campagne avec un intervalle de 21 jours comme l’explique ces producteurs. On utilise d’abord l’insecticide Lampdalm suivi du pesticide Iron. En parallèle, l’application des fertilisants intervient deux fois par campagne avec l’engrais NPK mélangé à de la fumure organique. Pour la fertilisation, la première application se fait dès l’apparition des cerises pour stimuler leur croissance et la seconde intervient lors de leur maturation.

Une saison particulière

Cette saison a été particulière pour ces caféiculteurs. Comme ils le témoignent, le seul pesticide qui a été plus ou moins disponible a été non seulement distribué tardivement, mais aussi en quantité dérisoire. Beaucoup de caféiculteurs n’ont pas pu traiter leurs champs.  « Pour cette campagne de pulvérisation, nous avons bénéficié d’une quantité de pesticides si dérisoire qu’elle ne peut pas couvrir tous les caféiers. On donnait environ 4 litres à partager par toute une colline alors qu’une colline peut compter jusqu’à 100 000 caféiers », regrette Claver Nzimpora, un caféiculteur de Kayanza.

Pour les quelques caféiculteurs ayant réussi à pulvériser leurs caféiers, ils ont reçu le pesticide tardivement. « Normalement, nous devions pulvériser en novembre et décembre pour terminer début janvier. Mais cette année, nous n’avons commencé la pulvérisation qu’en janvier. Or, les caféiers ont fleuri tôt cette saison. Disponibiliser le produit en janvier ne sert plus à rien », regrette-t-il.

La situation des engrais est encore plus sombre

Ces caféiculteurs regrettent aussi la pénurie des engrais. Comme ils le témoignent, ils ne se souviennent même plus de quelle année date la dernière fertilisation de leurs caféiers, tellement cela fait longtemps. La dernière fois que les fertilisants ont été distribués, après distribution et paiement par les caféiculteurs, ils ont été demandés de les remettre, car il a été prouvé qu’ils étaient périmés. Une situation incompréhensible selon ces producteurs de café.

Ce manque de traitement laisse le champ libre à des maladies redoutables comme Urukara (anthracnose) et Igifushi (Antestiopsis). Donatha Nsabiyumva témoigne de ce désastre : « Dans mon champ, j’ai déjà perdu l’équivalent de cinq grandes charges de caféiers qui ont totalement séché. C’est une maladie qui les ronge parce qu’ils ne sont plus soignés. » Sans engrais, le caféier « s’affame » : les fleurs et les jeunes cerises tombent au sol faute de vigueur. L’attente est unanime pour tous ces caféiculteurs : Le rendement va drastiquement diminuer. Si ces maladies des caféiers peuvent avoir des effets sur la quantité, ils peuvent aussi impacter la qualité du café à produire.

Parfait Nitunga est docteur en sciences et technologies alimentaires avec expertise dans les produits alimentaires d’origine tropicale. Comme il l’explique, le goût du café dépend entièrement de son entretien dès la plantation jusqu’à l’emballage. Tout changement ou erreur dans l’une de ces étapes se ressentira dans le goût du café final. Il souligne que ces maladies des caféiers peuvent aussi impacter la qualité du café final. Il donne l’exemple de l’antestiopsis (Igifushi) qui engendre le goût de pomme de terre dans le café final.

Ces caféiculteurs demandent à l’Etat de leur fournir de l’engrais et des produits phytosanitaires comme avant pour qu’ils puissent produire un café de qualité. « Même s’ils doivent déduire les frais sur le paiement de notre récolte, pourvu qu’on en dispose », demandent-ils.

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