L’errance des personnes âgées pour s’adonner à la mendicité en vue de trouver de quoi mettre sous la dent est toujours une réalité au Burundi. La cause majeure de cet état de fait est la pauvreté qui les guette malgré qu’ils aient beaucoup contribué au développement du pays. Le gouvernement est à l’œuvre pour alléger leurs souffrances. Néanmoins, le chemin est encore long pour remédier à cette situation combien déplorable. Les détails dans ce numéro
Le gouvernement est à l’œuvre pour alléger les souffrances des personnes âgées. Néanmoins, le chemin est encore long pour remédier à cette situation combien déplorable.
Nous sommes lundi le 8 juin 2020 au centre-ville de Bujumbura précisément au parking des bus desservant le Nord de la ville. Le soleil est au zénith. Il fait chaud. Une noria de bus est garée sur ce parking. Un mouvement de va et vient d’une flopée de gens aussi. Les commerçantes des arachides, les mendiants, etc. Parmi ces derniers se trouvent les personnes âgées. Maman Juma est l’une d’elles qui s’est entretenue avec Burundi Eco. Cette sexagénaire apparemment fatiguée par les épreuves de la vie indique qu’elle habite la zone Buterere de la commune Ntahangwa. Elle fait la mendicité pour trouver de quoi mettre sous la dent. «J’ai trois enfants. Ils sont tous mariés. Néanmoins, aucun d’entre eux ne travaille pour me prendre en charge. Je suis sommée de sortir de la maison pour ne pas mourir de faim », indique-t-elle. Elle révèle que l’état de santé qui n’est pas bon met de l’huile sur le feu.
Mme Eugénie Kanyana, âgée de 71 ans abonde dans le même sens. Burundi Eco l’a rencontrée dans un cabaret situé dans la zone Ngagara, quartier 4. Elle fait le tour de toutes les tables en demandant aux cabaretiers de l’aider. Notre constat est que la plupart des clients lui donnent 100 FBu, 200 FBu, 500 FBu, etc. Ils sont pris par les émotions liées aux conditions de vie dans lesquelles cette grand -mère est en train de vivre. Kanyana fait savoir qu’elle habite le quartier Kinama. Elle mendie depuis 4 ans, car elle n’a pas quelqu’un pour rester à son chevet. Elle fait remarquer que ses enfants n’ont rien pour l’aider. Raison pour laquelle elle vit dans de telles conditions.
La pauvreté, cause majeure de cette situation
Selon Pierre Ndahayo, retraité rencontré au quartier Mutakura, c’est dommage que certaines personnes âgées vivent dans des conditions déplorables alors qu’elles ont contribué beaucoup au développement du pays. Il indique qu’elles devraient être prises en charge par leurs enfants. Nonobstant, la plupart de ces derniers sont confrontés au chômage et bonjour la pauvreté. Il témoigne. «J’ai huit enfants : quatre garçons et quatre filles. Je me suis donné corps et âme pour assurer leur scolarité. Quatre de ces enfants ont déjà terminé leurs études universitaires. Deux sont à l’université des Grands Lacs quand les deux enfants qui restent sont encore à l’école secondaire», retrace Ndahayo. Il s’inquiète du fait que même ceux qui ont termine leurs études universitaires n’ont pas d’emploi. Actuellement, toute sa famille compte sur lui alors qu’il ne travaille pas. Il touche seulement une pension de 200 000 FBu. Il se demande comment il va parvenir à satisfaire toute sa famille. Il est sommé de leur payer les frais scolaires, de leur acheter de quoi manger, de quoi se vêtir, etc. Il précise que l’errance des personnes âgées n’est pas liée à leur délaissement par leurs enfants. Elle est plutôt liée à la pauvreté qui s’observe d’amont en aval. De son temps, le proverbe rundi disait « Urukwavu rurakura rukonka umwana qui se traduit en français par : quand le lièvre vieillit, il est allaité par sa progéniture ». Aujourd’hui on ricane en disant : « Urukwavu rurakura rugapfa,». Ce qui se traduit en français par une fois vieux, le lièvre meurt.
Les personnes âgées ne constituent pas une malédiction, mais une bénédiction pour la famille
Au moment où dans certains pays, les personnes âgées sont prises en charge par des structures spécialisées, Ndahayo fait savoir que les Burundais devraient comprendre que les cultures diffèrent. Les personnes âgées sont une bénédiction pour la famille. On ne devrait pas s’en débarrasser. Selon lui, leurs progénitures devraient les prendre en charge avant qu’elles ne décèdent. C’est une façon de les aider à bien terminer leur parcours sur terre. Elles sont vieilles et impuissantes. «Nous devrions au moins être reconnaissants envers eux et s’en préoccuper », insiste-t-il. La plupart de ces personnes âgées ont besoin d’espaces où elles se sentent comme chez elles. Elles ont besoin de parler à leurs petits enfants, de leur transmettre les valeurs et l’éthique de la société burundaise. Mais, elles en auront de rares occasions si elles sont gardées dans des hospices. Toutefois, certaines personnes âgées ont besoin de soins intensifs. Il faut une assistance rapprochée dans des endroits appropriés. Malgré cela, ceux qui ont leurs vieux parents à la maison soutiennent qu’il vaut mieux engager une personne qui prend soin de son parent cloué à la maison.
Les personnes âgées exposées à pas mal d’embûches
L’association pour la défense des droits des personnes âgées (ADDPA) affirme que les personnes âgées sont confrontées à une pauvreté extrême. Elles n’ont pas droit à l’héritage de leurs biens. Elles sont souvent malmenées par leurs enfants parce qu’elles ont voulu vendre une partie de la récolte pour survivre. S’il s’agit de la vente d’une parcelle, c’est la descente aux enfers. Elles ont le problème de se faire soigner. Et Nijimbere de se lamenter que les personnes âgées ne sont pas toujours respectées par les jeunes. Elles sont souvent bousculées lors de l’entrée ou de la sortie des bus. On a dévalorisé la culture burundaise car, autrefois, cela ne se faisait pas. Pourtant, ce sont en principe les jeunes qui devraient prendre les vieux en charge.
La plupart de ces personnes âgées ont besoin d’espaces où elles se sentent comme chez elles. Elles ont besoin de parler à leurs petits enfants, de leur transmettre les valeurs et l’éthique de la société burundaise.
Que fait le gouvernement à l’endroit des personnes âgées ?
Le ministère des Droits de la Personne Humaine, des Affaires Sociales et du Genre reconnaît qu’il y a des personnes âgées qui vivent encore dans des conditions très critiques au Burundi malgré les mesures prises pour les protéger. Certaines d’entre elles se retrouvent dans la rue pour mendier et cela par manque de nourriture. D’autres dorment à la belle étoile avec des problèmes liés à leur santé au moment où d’autres encore restent dans l’isolement total et n’ont plus d’affection alors qu’elles en avaient tellement besoin, indique Félix Ngendabanyikwa, secrétaire permanent à ce ministère à l’occasion de la Journée internationale des personnes âgées. Et de promettre que le gouvernement du Burundi ne ménage aucun effort pour toujours leur prêter mains fortes. Il rappelle le rôle crucial qui doit être joué par la famille et la communauté toute entière dans le domaine de protection. Parmi les mesures déjà prises par le gouvernement à l’endroit des personnes âgées, le secrétaire permanent a cité la signature des conventions de partenariat avec les centres et les associations œuvrant dans le domaine de la protection des personnes âgées avec comme corollaire l’octroi des subsides annuelles, le paiement des factures de l’eau et de l’électricité et l’exonération de taxes pour les biens et services en provenance de l’étranger. Il a indiqué que le gouvernement leur rend aussi des visites et fait des distributions des vivres et non vivres à leur endroit, accorde une assistance médicale aux personnes âgées vulnérables d’une part et une pension ainsi qu’une carte de la mutuelle aux retraités d’autre part.
Effectif des personnes âgées bénéficiaires du programme de financement des soins de santé par province
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Provinces |
2017 |
2018 |
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Kayanza |
225 |
225 |
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Bujumbura |
225 |
254 |
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Bujumbura Mairie |
75 |
459 |
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Rumonge |
125 |
125 |
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Gitega |
275 |
293 |
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Karusi |
175 |
175 |
|
Ngozi |
225 |
225 |
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Mwaro |
150 |
150 |
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Muramvya |
125 |
125 |
|
Makamba |
150 |
150 |
|
Muyinga |
175 |
196 |
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Rutana |
150 |
150 |
|
Bubanza |
125 |
152 |
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Kirundo |
175 |
196 |
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Cankuzo |
125 |
125 |
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Bururi |
150 |
150 |
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Ruyigi |
175 |
175 |
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Total |
2975 |
3325 |
En outre, le gouvernement s’est doté en 2012 d’une Politique Nationale de Protection Sociale. Une stratégie nationale pour sa mise en œuvre a été déjà mise en place de même qu’un fonds d’appui à la protection sociale. Cette stratégie et ce fonds d’appui accordent une attention particulière aux groupes vulnérables en général et aux personnes âgées en particulier. Félix Ngendabanyikwa a également fait savoir qu’une étude de faisabilité pour la gratuité des soins de santé à toutes les personnes âgées est en cours et que le gouvernement a déjà recommandé aux institutions de sécurité sociale de voir dans quelle mesure améliorer la pension liée à la retraite.
Notons que d’après le dernier recensement général de la population et de l’habitat de 2008, l’effectif des personnes âgées ayant plus de 65 ans était de 221.925 sur une population de 8.053.574 habitants, soit 2,8% avec une prédominance masculine de l’ordre de 95,2%.
