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Planification familiale : entre droits, culture et croyances

Le Programme National de Santé de la Reproduction (PNSR) a organisé un atelier media portant sur la planification familiale et les normes socio-culturelles au Burundi. L’événement, qui s’est tenu à Bujumbura jeudi le 11 décembre 2025 a réuni des experts et des journalistes afin de sensibiliser le public sur l’importance de la parenté responsable et les pratiques contraceptives.

Yolande Magonyagi, experte en santé de la reproduction à l’UNFPA, souligne que certaines normes culturelles burundaises sont défavorables à la planification familiale.

 

Lors de l’atelier, Yolande Magonyagi, experte en santé de la reproduction à l’United Nations Population Fund (UNFPA), a rappelé que la planification familiale est un droit fondamental. Selon elle, toute personne souhaitant bénéficier de la planification familiale doit pouvoir exercer ce droit en toute connaissance de cause, notamment en choisissant le nombre souhaité d’enfants, l’espacement des naissances, ainsi que le moment de commencer ou d’arrêter d’avoir des enfants. Le droit à la planification familiale joue également un rôle majeur dans l’exercice d’autres droits tels que le droit à la vie, à la liberté, à la sécurité de la personne, à la santé y compris la santé seuelle, à l’éducation ainsi qu’à l’égalité et à la non-discrimination.

Pour l’experte, avoir un enfant doit être un choix réfléchi et non un hasard. Ce qui constitue l’essence de la parenté responsable. Elle a présenté les données relatives à l’utilisation de la contraception moderne au Burundi. Parmi les femmes en union âgées de 15 à 49 ans, 23 % utilisent une méthode contraceptive moderne au niveau national, avec un taux de 29 % en milieu urbain et 22 % en milieu rural.

Les croyances culturelles et religieuses ne favorisent pas la contraception

L’atelier a également mis en lumière les normes et valeurs burundaises influençant la fertilité. Le Burundi est une société pro-nataliste où de nombreux proverbes ou adages traduisent cette culture : Umwana ni itunga (un enfant est une richesse), Subirayo ntihababa (donne naissance sans crainte), Cacanya nk’urucaca (accouche comme de l’oseille qui pousse partout), Umwana umwe nta mwana (un seul enfant n’en est pas un) ou encore accorder plus de valeur au sexe masculin. Ces expressions reflètent l’importance accordée à la multiplication des naissances, à la valorisation du sexe masculin et à la perception sociale du rôle des enfants dans la famille et la communauté.

La religion et les croyances culturelles jouent également un rôle significatif. Des expressions comme Kurondoka nk’umusenyi wo ku kiyaga (être fertile comme le sable du lac) et Vyarira Imana (mets au monde selon la volonté de Dieu) illustrent cette influence. Certaines méthodes contraceptives permanentes souffrent en outre d’une mauvaise compréhension, étant parfois perçues à tort comme une forme de castration. La structure familiale burundaise, pro-polygame et des expressions telles que Umugore umwe ni nyoko (une seule femme c’est ta mère) ou Umwonga umwe wonza inyoni (une seule source amaigrit un oiseau) soulignent aussi l’impact de la culture sur les pratiques reproductives.

Interrogé sur la question controversée de savoir si utiliser des méthodes contraceptives revient à « tuer » un potentiel bébé, Dr Emmanuel Nizigiyimana, directeur général du programme Offre et Accès aux services et aux soins de santé au ministère en charge de la santé a clarifié le débat. Il a expliqué que la vie humaine commence au moment de la fécondation, lors de la rencontre entre un spermatozoïde et un ovule. Les méthodes contraceptives, elles, empêchent cette fécondation et interviennent avant la formation d’un nouvel être humain. Par conséquent, l’utilisation de ces méthodes ne constitue pas un acte de meurtre et ne devrait pas générer de culpabilité, car aucun être humain déjà existant n’est éliminé.

Au Burundi, plusieurs méthodes contraceptives sont disponibles, notamment les pilules contraceptives, les injections, les implants sous-cutanés, les stérilets (DIU) ainsi que les préservatifs masculins et féminins. Certaines personnes utilisent aussi des méthodes naturelles, comme le suivi de la fertilité basé sur le calendrier ou l’observation des signes corporels. Ces options permettent aux couples et aux individus de choisir la méthode la plus adaptée à leur santé et à leur mode de vie, contribuant ainsi à la promotion de la parenté responsable.

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