Le Burundi peine toujours à redresser sa situation économique. La forte croissance enregistrée de 2004 à 2014 a drastiquement chuté jusqu’aux valeurs négatives. La situation est très alarmante d’autant plus que le pays connaît de faibles taux de croissance. Les rapports des institutions de Bretton Woods témoignent d’une situation économique précaire
Au cours des trois dernières années, les statistiques de la Banque Mondiale montrent une croissance qui s’améliore lentement tout en demeurant négative. Alors que les signalisations de cette institution financière indiquaient que la croissance de l’économie burundaise était de -2,6% en 2017, celle-ci sera portée à -1,6% en 2018 pour se stabiliser à -1,3% l’année suivante.
Selon les observations de la Banque Mondiale, la solidité du secteur bancaire s’est améliorée ces dernières années avec des ratios de capitalisation et de liquidité au-dessus des normes réglementaires et des indicateurs de rentabilité en augmentation. Cependant, la même institution indique que le niveau des prêts non performants a atteint 9 % en mai 2019. Dans ses perspectives pour la maîtrise de la démographie, le pays a fait des progrès. Entre 2010 et 2017, le taux de fécondité a baissé de 6,4 à 5,5 enfants par femme en moyenne. De même, la politique nationale de gratuité de l’éducation au niveau des études fondamentales a permis au pays de lutter contre l’analphabétisme.
L’espoir d’atteindre une croissance économique à deux chiffres fait objet de doutes.
Cependant, l’agriculture qui occupe jusqu’à 80% de la population reste moins développée. Ce secteur très prisé contribue seulement à 40% au PIB. Ainsi, la majeure partie de la population burundaise vit dans la pauvreté, surtout en milieu rural et le niveau d’insécurité alimentaire est plus élevé que la moyenne des pays d’Afrique subsaharienne.
Quid des perspectives du Plan National de Développement ?
Dans les perspectives inscrites dans le PND, le Burundi avait prévu d’amorcer son plan décennal de croissance allant de 2018 à 2027. A deux ans déjà de la période promise où le pays devrait traduire sa vision en réalités à travers une transformation structurelle de son économie, plusieurs défis subsistent. L’espoir d’atteindre la croissance économique à deux chiffres fait objet de doutes. Les secteurs porteurs de croissance pataugent. L’agriculture et l’élevage restent des domaines peu développés. L’industrie de transformation est encore embryonnaire et la production reste faible.
La pandémie de Covid-19 viendra empirer la situation d’une économie exsangue. Or, les analystes de l’économie mondiale affirment que la crise économique liée à cette pandémie risque de se prolonger. Les économies de l’Afrique subsaharienne sont données pour les plus menacées par ce fléau humanitaire. Le Burundi n’a pas encore rendu publique son plan de résilience pour amortir le choc.
Evaluation mitigée dans la mise en application du PND
Pour Faustin Ndikumana, consultant indépendant, il est presqu’impossible d’atteindre la croissance prévue par le PND. Il estime plutôt que le Burundi n’a même pas réussi à atteindre une vraie croissance de 2005 à 2015. Pour lui, c’est plutôt à la sortie de la crise que le pays devrait enregistrer une croissance fulgurante. Le Burundi a atteint une croissance moyenne de 4,5% pendant la décennie considérée, niveau de croissance que Ndikumana n’apprécie pas positivement. Selon lui, le pays devrait atteindre une croissance à deux chiffres à la sortie des conflits armés, ce qui n’a pas été le cas pour le Burundi.
Cet économiste rappelle que le programme d’action prioritaire(PAP) prendra fin en 2022 et s’interroge sur l’évaluation qu’on peut en faire jusqu’aujourd’hui. Le PAP est un document qui prévoit les programmes prioritaires du PND s’étendant sur la période allant de 2018 à 2022. Ndikumana trouve qu’il est plutôt très important d’évaluer chaque fois les projets de l’Etat. « Ce qui fait peur, ce n’est pas la situation de pauvreté, mais la façon dont nous la subissons», déplore-t-il.
Ndikumana pense que c’est plutôt urgent de convoquer les Etats Généraux de l’Economie, de prendre conscience de la réelle situation économique du pays et de préparer une nouvelle lancée. Il insiste surtout sur la nécessité pour l’Etat de consulter les experts dans la préparation et la gestion de gros projets nationaux.