Le conseil des ministres s’est réuni mercredi le 7 avril 2021. Entre autres projets analysés figurait le document sur la politique enseignante. Néanmoins, il a constaté qu’il n’est pas doté d’un plan d’actions pour sa mise en œuvre. Cette politique vient pour promouvoir la profession enseignante à travers l’amélioration des conditions de vie et de travail de l’enseignant. Le syndicat CONAPES s’en réjouit. Néanmoins, des doutes planent sur sa mise en œuvre
Le conseil des ministres a procédé mercredi le 7 avril 2021 à l’analyse du projet de document de la politique enseignante. On a dit que depuis 2015, la communauté internationale s’est dotée d’un nouvel agenda international pour l’éducation dont la philosophie est «d’assurer une éducation inclusive et équitable de qualité et promouvoir des possibilités d’apprentissage pour tous». Pour gagner le pari, on a précisé que les enseignants doivent prendre le devant. On a fait savoir que depuis 2006, le Burundi n’a cessé de mettre en place des réformes du système éducatif. Ce qui a été constaté est que toutes ces réformes resteraient de faible portée si elles ne se basaient pas sur une politique enseignante efficace. Il apprécie le projet de cette politique. Néanmoins, il a été constaté qu’il n’est pas doté d’un plan d’actions et d’un budget pour sa mise en œuvre.
Pour élaborer cette politique enseignante, Frédéric Bangirinama, secrétaire permanent au ministère de l’Education Nationale et de la Recherche Scientifique indique qu’on a d’abord analysé les défis auxquels le secteur éducatif est confronté. Sur terrain, Bangirinama indique qu’on a constaté que le système éducatif burundais souffre d’un manque de curriculum holistique articulé depuis l’enseignement de base jusqu’à l’université. Selon Bangirinama, on devrait bâtir les programmes comme une maison en étages où il faut maîtriser la fondation et savoir combien d’étages on va ériger au -dessus. Bangirinama fait remarquer que cela demande une bonne planification. L’autre défi est le manque d’un cadre légal bien élaboré dans un contexte financier contraignant. Les finances sont quelquefois limitées. Ce qui fait que cela pose un problème dans le recrutement de nouveaux enseignants.
Frédéric Bangirinama, secrétaire permanent au ministère de l’Education Nationale et de la Recherche Scientifique : « Pour élaborer cette politique enseignante, on a d’abord analysé les défis auxquels le secteur éducatif est confronté ».
Il y a aussi l’exercice du métier d’enseignant qui est confronté à de multiples défis. Au niveau social et économique, l’enseignant a perdu sa dignité suite à ses conditions de vie qui se sont détériorées. A titre d’exemple, on dit que l’enseignant consomme la bière de banane (Urwarimu). Selon lui, la liste des défis dans ce secteur est longue. Il y a les infrastructures qui ne sont pas suffisantes. Leur qualité aussi laisse à désirer. La plupart des écoles n’ont ni portes ni fenêtres. Les bancs pupitres ne sont pas suffisants suite à la massification des classes.
Depuis 2005, Bangirinama indique qu’on avait mis tant d’efforts dans la construction des écoles dans tout le pays. Mais, jusqu’à maintenant, il y a des classes qui contiennent plus de 70 élèves. Avec un tel effectif, il est difficile d’avoir un bon rendement. De surcroît, on a constaté que les cadres ne sont pas bien formés. Leurs cahiers de charges sont diffus. Certains inspecteurs, directeurs et préfets ne savent rien de leurs tâches et leurs fonctions sont quelquefois confondues.
Selon toujours Bangirinama, la carrière enseignante souffre d’un manque de plan de développement évolutif. Si on enseigne en 7ème année, on n’a pas l’espoir de devenir un jour un directeur ou de bénéficier des mêmes avantages que les autres.
Trois axes stratégiques pour la mise en œuvre de cette politique
«Eu égard à ces défis, nous avons proposé trois axes stratégiques qui permettront d’orienter les actions de mise en œuvre de cette politique», indique Bangirinama. Le 1er axe est le renforcement des formations continues et initiales des enseignants afin d’améliorer les compétences et les résultats d’apprentissage, laisse entendre Bangirinama. On a besoin que l’Ecole Normale Supérieure (ENS), l’Institut de Pédagogie Appliquée (IPA) et les facultés qui forment les enseignants puissent améliorer leurs offres de formation pour que demain les lauréats de ces facultés soient bien imprégnés de ce qui est enseigné à l’école. On veut qu’il y ait un organe de coordination, de suivi et de planification des formations continues des enseignants au niveau national.
Le 2ème axe est la rationalisation de la gestion des enseignants pour améliorer la productivité, la discipline, le déploiement et la carrière des enseignants. Pour y arriver, Bangirinama indique qu’il faut agir sur la considération de l’enseignant au niveau social, économique et professionnel. Lui donner les moyens qui lui permettent de s’épanouir et de se développer dans sa carrière pour que, d’ici 10 ans, il puisse bénéficier des acquis de l’expérience.
Selon toujours Bangirinama, le 3ème axe est la standardisation des pratiques des enseignants depuis l’école primaire jusqu’à l’université. Cela va passer par les normes de l’exercice de la profession enseignante et par la mise en œuvre d’une déontologie professionnelle qui créerait la responsabilité et la redevabilité chez l’enseignant. Et enfin améliorer la gouvernance en mettant en place des directeurs ou des responsables d’écoles capables d’assumer leur fonction. Il précise qu’il y a des enseignants qui prestent alors qu’ils n’ont pas de qualifications.
Néanmoins, il y a un grand nombre de lauréats de l’ENS et de l’IPA qui sont au chômage. Bangirinama révèle qu’on a proposé qu’il y ait une cartographie qui indique les enseignants dont on dispose chacun selon sa qualification au niveau national. Cette cartographie va dégager les besoins en termes de personnel enseignant province par province. Cela permettra de gérer de manière rationnelle le peu de personnel dont on dispose. Cette politique a pensé aussi à la mise en place des équipements nécessaires pour pouvoir dispenser les cours tel qu’il est recommandé. Du moins ceux de la section scientifique comme en chimie et en physique pour pouvoir arriver au résultat escompté (on dispense des cours théoriques seulement).
Le CONAPES doute de sa mise en œuvre
Emmanuel Mashandari, président du CONAPES indique que la mise en place de la politique enseignante au Burundi témoigne la volonté du gouvernement de promouvoir la qualité de l’enseignement à travers l’amélioration des conditions de vie et de travail de l’enseignant. Cependant, ce syndicaliste doute de sa mise en œuvre. «Ce n’est pas la première fois que des politiques pareilles sont mises en place même si leurs orientations ne sont pas les mêmes. En 2002, nous avons élaboré et validé un document sur le plan de carrière des enseignants. Nous étions avec l’UNESCO. Malheureusement, ce document a été mis dans les tiroirs», fait savoir Mashandari. Pour cette raison, les doutes sur la mise œuvre de cette politique planent encore.
Emmanuel Mashandari, président du CONAPES : « La mise en place de la politique enseignante au Burundi témoigne la volonté du gouvernement de promouvoir la qualité de l’enseignement à travers l’amélioration des conditions de vie et de travail de l’enseignant. Néanmoins, Je doute de sa mise en œuvre ».
Le CONAPES se réjouit de ce qui a été proposé dans cette politique
Selon Mashandari, on y a même proposé des primes et des indemnités qui ne sont pas prévues dans le statut général des fonctionnaires. Ce sont les primes d’éloignement et de craie. «La poudre de la craie que nous utilisons peut être à l’origine de certaines maladies d’après les études faites par certains experts dans la santé. Raison pour laquelle on a pensé à nous accorder une prime de craie», éclaircit-il. Selon Mashandari, toutes ces innovations montrent qu’on a la volonté d’améliorer les conditions de vie et de travail de l’enseignant pour enfin atteindre l’amélioration de la qualité de l’enseignement.
Rendre le métier de l’enseignant attrayant, principal objectif de la politique enseignante
Mashandari informe que la politique enseignante a pour objectif de rendre le métier de l’enseignant attrayant. Aujourd’hui, un enseignant qui trouve de l’emploi ailleurs n’hésite pas de quitter le secteur éducatif. Cela montre que les enseignants ne sont pas à l’aise. Il est ravi du fait que dans cette politique on a pensé à la prise en charge des petits enfants des enseignantes. Il y en a qui se présentent au travail avec des enfants sur le dos. Selon lui, cette situation constitue un handicap pour leur performance au travail. Si l’enfant pleure, il dérange les élèves. Le pire est que la craie que cette enseignante utilise pour écrire au tableau constitue une menace pour la santé de son enfant. Il éprouve un sentiment de satisfaction du fait qu’on a pensé à la mise en place des garderies spécifiques pour ces enfants afin de permettre à ces enseignantes de travailler en toute quiétude.
Les formations continues, une nécessité
De surcroît, la politique enseignante revient sur les formations continues des enseignants. Cela existe déjà dans les textes, note Mashandari. Cependant, ce n’est pas mis en application. Il s’inquiète du fait qu’un enseignant peut passer 30 ans sans toutefois participer à une seule séance de recyclage alors que le monde évolue avec le temps. Pour l’utilisation des Technologies de l’Information et de la Communication, Mashandari s’en réjouit aussi. Nonobstant, le grand problème réside au niveau des équipements. Très peu d’écoles disposent d’ordinateurs, de l’internet et de l’électricité. De plus, les enseignants ne sont pas formés en la matière. Et de préciser qu’on ne donne que ce qu’on a. Tous ces facteurs montrent que l’objectif visé risque de ne pas être atteint.
Selon toujours lui, le secteur éducatif nécessite des primes et indemnités pour motiver le personnel, car il exige beaucoup. Pendant la journée, l’enseignant se trouve entre les 4 murs en train de prester. Lorsqu’il rentre à la maison, il prépare les leçons et corrige les copies. Pour toutes ces raisons, Mashandari signale qu’on aurait dû allonger la liste des primes et indemnités pour rendre le métier plus attrayant. Cela pour éviter que les meilleurs enseignants qui devraient continuer à prester dans le secteur éducatif ne puissent pas aller chercher du travail ailleurs.
Mashandari signale que la politique enseignante est en cours de validation au moment où le gouvernement a pris d’autres orientations, surtout en matière de calcul des salaires des fonctionnaires. Jusqu’aujourd’hui, il fait savoir qu’on est dans ce qu’on appelle la fonction publique de carrière. Désormais, on veut basculer vers la fonction publique de l’emploi. D’après les orientations des consultants en politique salariale, on ne va pas donner des primes et des indemnités aux fonctionnaires. Elles seront remplacées par le contexte et la complexité du travail. De ces deux politiques, Mashandari se demande laquelle on va appliquer. D’après lui, la politique enseignante va s’ajuster sur la nouvelle politique salariale. Avec toutes ces interrogations et ces défis, le chemin est encore long pour atteindre la qualité escomptée de l’enseignement.