Le raccordement du nouveau poste de transformation de Rubirizi à la ligne de transport 110 kV Gahongore–RN1 est salué comme une avancée majeure dans la modernisation du réseau électrique burundais. Mais derrière les applaudissements, une question persiste : ce projet, aussi ambitieux soit-il, peut-il à lui seul résoudre le problème chronique des coupures d’électricité au Burundi ?
Malgré ce tournant décisif dans le secteur énergétique burundais, ce secteur reste hanté par des défis majeurs que le poste de Rubirizi ne peut résoudre à lui seul.
Les travaux de raccordement du nouveau poste de transformation de Rubirizi à la ligne de transport 110 kV Gahongore–RN1 ont été achevés avec succès, selon la REGIDESO. Dans un communiqué, l’entreprise a précisé que ces travaux devraient améliorer considérablement la qualité de la distribution de l’énergie.
Le poste de Rubirizi permet désormais d’injecter jusqu’à 50 MW dans le réseau urbain, grâce à son interconnexion avec les centrales de Kabu 16, Rwegura et Ruzizi II. Il s’agit de la plus grande infrastructure construite par la REGIDESO depuis sa création en 1962. Ce projet s’inscrit dans le cadre du programme régional Kamanyola–Bujumbura, soutenu par la Banque africaine de développement, visant à renforcer l’intégration énergétique entre les pays de la région des Grands Lacs.
Les autres facteurs en jeu
Malgré ce tournant décisif dans le secteur énergétique burundais, des défis majeurs persistent, que le poste de Rubirizi ne peut résoudre à lui seul. Parmi eux, un réseau vétuste. Les câbles souterrains de Bujumbura, datant des années 1960, ne peuvent plus supporter une puissance accrue sans risque de panne. Dans nos éditions antérieures, le directeur général de la REGIDESO a confirmé que tant que le réseau de transport d’électricité ne sera pas réhabilité, les coupures intempestives dues à la vétusté des équipements continueront.
Sur ce point, le Burundi prévoit, avec l’appui des partenaires comme la Banque Mondiale, de réhabiliter son réseau électrique dans le cadre du projet ASCENT. La REGIDESO a également confirmé que le lancement de ce projet est imminent.
Mais aussi il y a un autre défi : une dépendance excessive à l’hydroélectricité. Plus de 95 % de la production de l’électricité repose sur des barrages vulnérables aux aléas climatiques. En cas de sécheresse ou de faible pluviométrie, la production chute considérablement. L’absence de sources d’énergie alternatives comme le solaire ou thermique prive le pays de solutions de secours. A cela s’ajoute un déséquilibre croissant entre l’offre et la demande, accentué par une urbanisation rapide et un essor industriel qui mettent sous pression un réseau non conçu pour cette charge.
Une urgence sociale et économique
Les conséquences de l’instabilité du courant électrique sont lourdes pour la vie socio‐économique du Burundi. Il est difficile d’atteindre le développement durable dans de telles conditions. Les dix jours de perturbation du 4 au 14 août 2025 en ont dit long: commerces paralysés, hôpitaux sous générateurs, industries contraintes d’utiliser des groupes électrogènes coûteux, freinant la productivité…
Le poste de Rubirizi est une pièce importante du puzzle, mais il ne suffit pas à lui seul. Pour sortir durablement de la crise énergétique, le Burundi doit engager une réforme systémique, alliant modernisation du réseau, diversification des sources d’énergie et gouvernance transparente.