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Pourquoi le système éducatif burundais est au bord de la rupture ?

Depuis 2010, le Burundi a transformé son école avec de nouvelles réformes comme l’Enseignement Fondamental et le système BMD. Mais aujourd’hui, le constat est amer : le niveau des élèves chute, les programmes sont mal adaptés et les classes sont surchargées. Malgré différentes propositions pour redresser la barre, leur mise en œuvre peine à être effective.

Dès son introduction, ce nouveau système éducatif a été confronté à de nombreux défis.

 

Depuis 2010, le Gouvernement du Burundi a entrepris une importante réforme du système éducatif à travers, notamment l’instauration de l’École Fondamentale au niveau de l’enseignement primaire et la réforme BMD (Baccalauréat, Master, Doctorat) au niveau de l’enseignement supérieur. Ces réformes visaient, entre autres, la conformité du système éducatif burundais avec ceux de la région. On affirmait aussi que ce système permettrait aux lauréats de créer eux-mêmes leur emploi pour pallier le problème du chômage au Burundi.

Dès son introduction, ce nouveau système éducatif a été confronté à de nombreux défis. La « résurrection » du système éducatif était évoquée dans chaque réunion visant le développement du pays, et avec raison, car l’éducation en est la pierre angulaire. Cependant, au lieu de porter des fruits, des solutions appliquées « à tâtons », ont davantage perturbé les élèves et leurs enseignants.

Un système éducatif mal conçu ?

Des réunions sectorielles, des états généraux de l’éducation et tant d’autres initiatives ont été lancés pour essayer d’inverser la tendance. Malgré tous ces efforts, les résultats obtenus ne correspondaient pas aux attentes. Les parties prenantes se renvoyaient la balle : pour certains, la faute incombait aux enseignants et pour d’autres, aux apprenants, tandis que d’autres encore accusaient le système en soi d’être mal conçu.

Norbert Nijimbere est enseignant depuis plus d’une vingtaine d’années. Il affirme que le système éducatif actuel souffre d’un défaut de conception majeur. S’il est vrai qu’un système doit évoluer pour s’adapter aux mutations du monde, pour le cas du Burundi le problème réside dans l’élaboration des programmes dont la forme et la densité trahissent un manque d’expertise de la part des concepteurs. Il donne l’exemple de l’enseignement des langues où certains textes sont d’une telle complexité que les enseignants eux-mêmes peinent à les assimiler avant de les dispenser.

Il ajoute que cette réforme a également instauré un système de promotion collective au détriment de l’excellence académique. « En supprimant le concours de 6ème année, la priorité semble être passée de la transmission du savoir à la maximisation du taux de passage d’un niveau à l’autre. Cette approche, souvent dictée par les exigences des bailleurs de fonds au détriment de la formation d’une véritable élite intellectuelle, handicape les élèves qui progressent sans bases solides », regrette-t-il.

Des causes profondes

Développant le thème « Le système éducatif burundais: de la démocratisation à l’impasse (1973-2026) », le Professeur Evariste Ngayimpenda a expliqué que le déclin de la qualité de l’éducation au Burundi trouve ses racines dans une première rupture fondamentale liée à la dévalorisation de la fonction enseignante. Le secteur a été dévalorisé en y orientant les élèves faibles, créant un cycle où ceux qui maîtrisent le moins les savoirs sont chargés de les transmettre.

Ce phénomène s’est accentué à la fin des années 90 et au début des années 2000 avec la « mondialisation de l’école » et l’émergence des collèges communaux. Selon lui, cette éducation pour tous, bien que louable dans son intention d’inclusion, a fini par privilégier la quantité sur l’excellence, marquant une rupture nette avec les années 70 et 80 où le système visait avant tout la formation d’une élite intellectuelle rigoureuse.

L’avènement du nouveau régime lors de la rentrée scolaire 2005-2006 a amplifié cette crise avec l’instauration de la gratuité des frais scolaires. Comme il l’explique, si le principe est excellent sur le plan social, l’absence totale de mesures d’accompagnement a conduit à un débordement ingérable des effectifs. Tout comme pour la gratuité des soins de maternité lancée en 2005, cette politique a provoqué une surcharge des infrastructures sans les garde-fous nécessaires, impactant directement la qualité de l’apprentissage.

Parallèlement, l’introduction du système BMD à l’université et du système fondamental au primaire et au secondaire a imposé une mutation profonde marquée notamment par la « kirundisation ». Le professeur s’interroge sur la pertinence de placer le Kirundi au centre de l’apprentissage : « Une langue parlée uniquement au Burundi peut-elle réellement produire des intellectuels capables de rivaliser sur un marché du travail régional ou mondial où la maîtrise des langues étrangères est une barrière infranchissable ? », s’interroge-t-il.

Son analyse pointe aussi une politisation croissante et une forme d’hypocrisie institutionnelle qui menace l’avenir du pays. « Cette hypocrisie est d’autant plus flagrante que les cadres chargés d’implémenter la réforme du système fondamental et la kirundisation choisissent d’envoyer leurs propres enfants dans des écoles privées ou internationales qui ignorent ces contraintes. En agissant ainsi, ils démontrent leur conscience du danger que ce système fait peser sur la jeunesse », estime-t-il.

Que faire pour inverser la tendance ?

Une commission technique a été mise en place au mois de février 2025 à Gitega afin de proposer des solutions visant à améliorer la qualité du système éducatif burundais. Pour cette commission, rétablir la classe de 10ème année serait essentiel pour relever le niveau de l’éducation, car les connaissances des élèves ont drastiquement chuté. Comme l’ont expliqué ces experts, la suppression de cette année scolaire avait entraîné une réduction significative des heures de cours. Alors que les normes de l’UNESCO exigent un minimum de 1 050 heures de cours par an, les élèves ne restent en classe qu’une fraction de ce temps. Ce groupe d’experts a également proposé la suppression de la section des Sciences sociales et humaines.

Par ailleurs, ces experts ont constaté que les étudiants des facultés de l’Université du Burundi, ainsi que de l’Institut de Pédagogie Appliquée (IPA) ainsi que de l’Ecole Normale Supérieure (ENS) manquent de compétences suffisantes dans leurs domaines d’études. Ils ont donc recommandé de prévoir une année supplémentaire à leur cursus afin qu’ils suivent quatre années d’études au lieu de trois. Durant cette année additionnelle, les futurs enseignants auront l’occasion de se familiariser avec le métier à travers un encadrement pédagogique renforcé.

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